- Le premier tour de
l'élection présidentielle au Mali, qui a eu
lieu le 28 avril, a révélé une fois
de plus l'incapacité du régime, et celle du
président sortant Alpha Oumar Konare,
à organiser le moindre scrutin qui réponde
à un minimum de sérieux et donc de
crédibilité. La pagaille, quoi qu'en disent
les autorités en charge des élections, a
commencé avant le vote, pendant, et après.
-
- Avant, d'abord. Le recensement des
électeurs pour établir les listes
électorales ne s'est pas fait sur la base du
volontariat, mais d'office, par des équipes
souvent incompétentes. Résultat de ce
système incongru, il était bien difficile
de pouvoir vérifier l'existence réelle de
certains électeurs.
- Résultat encore, des milliers de cartes n'ont
pas été retirées par leur
présumés destinataires dans les commissions
de distribution des dites cartes électorales. Le
problème est apparu si inquiétant que la
Direction générale des élections
(DGE) a dû faire de la publicité pour
inciter les citoyens à retirer leurs cartes. La
DGE a même cru bon de donner tous les
renseignements utiles pour ce faire sur son site
Internet. Procédure louable mais qui fait sourire
vu le niveau de développement du Mali.
Imagine-t-on un instant la vendeuse de légumes du
grand marché de Bamako, rentrer chez elle le soir
et se connecter tranquillement à Internet pour
savoir où elle peut aller retirer sa carte
d'électrice ?
- In fine, quelques 5 746 202 Maliens et Maliennes se
sont retrouvés inscrits sur la liste
électorale nationale, mais l'administration, la
veille du vote, était bien incapable de dire
précisément combien de ces inscrits
étaient en possession de leur carte pour aller
voter le lendemain, le dimanche 28 avril.
-
- Ce stock de cartes non distribuées a tout
naturellement donner lieu à un trafic dont
personne n'a pu mesurer l'ampleur. Des individus ont en
effet retiré des lots importants de cartes dans
les Commission de distribution, parfois, en toute bonne
fois, pour leur propre famille, parfois pour une fraude
manifeste. Certains furent arrêtés en
possession de dizaines de cartes indûment entre
leurs mains. Combien ne furent pas pris? Ainsi, au matin
du 28 avril, des centaines de milliers de cartes
d'électeurs n'étaient toujours pas dans les
mains de leurs destinataires, un réel
problème même si l'administration avait
assuré que les électeurs pourraient retirer
leur carte le jour du vote, au bureau où ils
étaient inscrits. Dans les faits, cela ne se fit
pas. La plupart des bureaux de vote de la capitale se
sont retrouvés chacun avec un stock d'environ 200
à 300 cartes non distribuées, sur un total
d'à peu près 700 inscrits par bureau, et
une fois le scrutin clos, la plupart de ces cartes
n'avaient pas été retirées.
- Autre anomalie criarde qui ne manque pas
d'étonner. Les Maliens étaient-ils si
occupés ce dimanche 28 avril, que des milliers
d'entre eux ont voté par procuration? Le
comportement de l'électeur malien est un
véritable concentré de paradoxe: d'un
côté, l'on ne vient pas chercher sa carte
d'électeur, mais par ailleurs, des milliers de
citoyens ont un tel sens du civisme, que, se sachant sans
doute pris par d'autres tâches incontournables le
jour du vote, ils firent d'eux-mêmes des
démarches fort compliquées pour pouvoir
voter par procuration. Bravo !
-
- Quand au déroulement du scrutin
lui-même, s'il ne donna pas lieu à des
incidents majeurs, la pagaille d'avant le scrutin, ne fit
qu'empirer. Même si d'aventure, un citoyen voulait
récupérer sa carte au bureau de vote
où il était inscrit, cette démarche
fut souvent bien difficile, voire impossible. Les cartes
non distribuées le restèrent. Ailleurs, des
électeurs, bien qu'en possession de leur carte
électorale, ne purent voter faute de
détenir une carte d'identité encore valide.
D'autres, bien en règle avec la procédure,
ne retrouvaient tout simplement pas leur nom sur les
listes électorales affichées devant chaque
bureau de vote. Facile de penser qu'ils n'avaient
qu'à faire le tour des autres bureaux pour trouver
leur nom, mais quand on sait - désolé de le
rappeler - qu'une grande majorité des Maliens
restent illettrés, il leur fallait alors
l'assistance d'un proche, courageux s'il en est, capable
d'accepter de parcourir toute la ville, de bureau en
bureau, pour trouver un nom après en avoir lu des
milliers d'autres sur des dizaines de listes
collées au mur, le tout sous une chaleur
accablante.
- Quant aux partis politiques, ils ont dû adopter
un profil bas le jour du vote, la plupart d'entre eux
ayant été incapables d'avoir des
représentants dans l'ensemble des 12.004 bureaux
installés dans tout le pays.
- Une multitude de petits problèmes comme disent
les observateurs, dont personne, en toute bonne fois, n'a
osé dire s'ils ont été de nature
à remettre en cause la validité du scrutin.
-
- Et arriva le morceau de bravoure, le dernier
volet de cette cacophonie, le décompte des
suffrages.
- La Commission nationale de centralisation des votes,
chapeautée par le ministre de l'Administration
territoriale, Ousmane Sy, a été
pendant plus d'une semaine le théâtre d'une
incroyable pagaille, un lieu étrange où
l'on centralisait des résultats transmis le plus
souvent par des agents de l'administration, par
téléphone ou par fax, mais qui ne venaient
pas des procès verbaux établis dans les
bureaux de vote après le décompte des
suffrages.
- Lieu étrange s'il en est car, bien qu'au coeur
de la capitale, le ministère et cette Commission
ne reçurent les résultats de Bamako qu'en
dernier alors que les résultats des villages
reclus dans l'extrême-nord leur étaient
déjà parvenus. L'enjeu était de
taille puisque l'un des trois principaux candidats,
l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita
("IBK") revendiquait lui de très bons scores
dans la capitale. La polémique enfla tant et si
bien au fil des jours, que la Commission
électorale nationale indépendante
(CENI) a cru bon de taper du point sur la table, le
jeudi 2 mai pour mettre en garde l'administration et son
ministre de tutelle sur les irrégularités
de procédures qu'ils étaient en train de
commettre. La CENI indiquait dans un communiqué au
vitriol que, après avoir effectué "une
mission de supervision et de suivi des opérations
de centralisation des résultats provisoires
auprès du ministre de l'Administration
territoriale et des collectivités locales", elle
avait relevé que "la totalisation des
résultats par la commission nationale de
centralisation s'effectue en l'absence des procès
verbaux récapitulatifs des commissions de
centralisation devant provenir du district, des cercles,
ambassades et consulats en violation de l'article 141 de
la loi électorale".
- La CENI notait aussi "le traitement
inéquitable réservé par le
ministère de l'administration territoriale et des
collectivités locales aux résultats
partiels provisoires du district de Bamako par rapport
aux résultats partiels provisoires
déjà diffusés".
- Fort de constat "indépendant", Ibrahim
Boubacar Keïta pouvait qualifier de "fraude
grossière et grotesque" les résultats
officiels partiels le plaçant en 3è
position derrière l'ancien chef d'Etat Amadou
Toumani Toure et le candidat du parti au pouvoir
Soumaïla Cissé.
- Peu importe ce qui sortira finalement de ce
décompte, car tout semble avoir été
programmé pour que se retrouve au second tour, la
général Amadou Toumani Toure et
Soumaïla Cissé. Le premier sans doute ravi de
ne pas avoir à affronter au second tour IBK, et le
second, tout autant ravi de ne pas être
définitivement mort politiquement, malgré
un enterrement programmé de son parti
l'ADEMA.
- Etrange processus aussi quand on sait que
l'épouse du ministre de l'Administration
territoriale était la directrice de campagne de
Soumaïla Cissé ou que le président
sortant, Alpha Konare, en ne soutenant même pas du
bout des lèvres le candidat désigné
par son parti, confirmait ainsi sa
préférence pour ATT.
- A l'heure où nous mettions sous presse, les
seul résultats partiels provisoires portant sur
près de 70% des suffrages exprimés
plaçaient en tête le général
Amadou Toumani Toure, avec 28,32% des voix, suivi de
Soumaïla Cissé (26,10%) et d'Ibrahim Boubacar
Keïta ("IBK", 19,44 %).
- A cet instant, les représentant du groupe
Espoir 2002 (coalition politique de soutien à IBK)
qui siégeaient au sein de la commission de
centralisation des résultats avaient d'ores et
déjà indiqué qu'ils se
"désolidarisaient" des résultats de la
commission.
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