N° 250
du 24/05/2002

Mali


Amadou Toumani Touré,
vainqueur (programmé?) de l’élection présidentielle

L’on disait que le président sortant Alpha Oumar Konaré souhaitait que lui succède à la présidence celui qui lui avait permis d’accéder au pouvoir en 1992, l’ancien général Amadou Toumani Touré. Le souhait présidentiel semble donc se réaliser. Selon les résultats complets proclamés le 16 mai par le ministère de l’Administration territoriale - provisoires jusqu’à leur validation par la Cour constitutionnelle - M. Touré, appelé “ATT” par les Maliens, a obtenu au deuxième tour de l’élection, disputé le 12 mai, 1.099.653 voix soit 64,35 % des suffrages exprimés.
Son adversaire Soumaïla Cissé, candidat de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) , le parti d’Alpha Konare, au pouvoir ces dix dernières années, a recueilli 609.320 voix (35,65 %). la participation au second tour a été encore plus faible qu’au premier : 30,17 % des quelque 5,7 millions d’inscrits, contre 38% au premier tour, disputé le 28 avril.

Tous contre l’ADEMA

Cette élection a donné lieu à de multiples paradoxes, dont le moindre n’aura pas été l’absence totale de soutien du président sortant en faveur du candidat de son parti, l’ADEMA. Soumaïla Cissé s’est battu quasiment seul, non sans bénéficier toutefois d’importants moyens financiers. Un des pilliers de l’ADEMA, le ministre de la Défense, Soumeylou Boubeye Maiga, ne l’a lui aussi, soutenu que du bout des lèvres, ne cachant qu’à peine sa sympathie pour le général Amadou Toumani Touré dont il fut conseiller spécial lors de la période de transition en 1991-92.
Plus que la victoire d’Amadou Toumani Touré, les Maliens ont semble-t-il voulu signifier par ce vote leur rancoeur ou leur désillusion de dix ans de régimes ADEMA. Au premier tour de l’élection, disputé le 28 avril, “ATT” était arrivé en tête des 24 candidats en lice, avec 28,7% des voix. Il avait ensuite reçu le soutien de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta (“IBK”) , arrivé troisième avec 21% des suffrages. Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), en appelant à soutenir “ATT”, bien qu’il eut estimé avoir été écarté injustement du deuxième tour, a lui aussi montré qu’il était pressé d’en finir avec l’ère Konaré. Comment expliquer sinon un tel soutien, alors que pendant la campagne du premier tour, les militant du parti d’IBK, le rassemblement pour le Mali n’avaient pas de mots assez ironiques à l’égard du général Touré, un “militaire qui ne connaît rien à la chose politique”.
Comment expliquer aussi cet étonnant soutien à ATT du MPR, le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, parti dirigé par Choguel Maïga qui se réclame de l’héritage du président Moussa Traoré , délogé du pouvoir par ATT en 1990 ?
Ces retournements de la classe politique malienne ne favoriseront surement pas un regain d’enthousiasme pour la chose politique de la part des Maliens qui ont , pour beaucoup, bien du mal à comprendre ces retournements d’alliances incongrues.

C’est donc un président sans parti, sans majorité parlementaire (les législa-tives sont prévues en juillet), qui accède au pouvoir dans un pays désespérément pauvre, et dont la seule richesse, le coton (voire l’or) semble avoir sur-tout bénéficié à la nomenklatura de l’ADEMA.
Le futur président devra répondre à une très forte demande sociale des habitants, dont 64%, selon l’ONU, vivent dans la pauvreté.


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