N° 250
du 24/05/2002

Mali


L’étrange voyage express
d’Amadou Toumani Touré à Libreville et Abidjan

Qu’avait donc de si urgent à faire à Libreville et Abidjan, Amadou Toumani Touré qui s’est rendu dans ces deux capitales entre les deux tours pour y rencontrer les présidents Omar Bongo et Laurent Gbagbo ?
Ce voyage qualifié d’urgent par l’entourage d’ATT a eu lieu le mardi 7 mai, alors que la cour constitutionnelle n’avait pas encore proclamé les résultats du premier tour du 28 avril, et l’ancien Premier ministre malien Ibrahim Boubacar Keïta (“IBK”) , lui aussi engagé dans cette compétition électorale ne décolérait pas d’être “positionné” en troisième position selon des résultats provisoires.
Le samedi 4 mai, devant plusieurs milliers de partisans, quatre des candidats à la présidentielle, Ibrahim Boubacar Keita (“IBK”) du Rassemblement pour le Mali (RPM) , Choguel Maïga du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) , Almamy Sylla du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), et Me Mountaga Tall du Congrès national d’initiative démocratique (CNID) , tous membres de la coalition Espoir 2002, avaient qualifié le premier tour de “pure mascarade qui n’avait pour ambition que de procéder à la nomination d’un homme à la présidence de la République”.
A cette heure, IBK, tout en appelant ses militants au calme, n’avait pas encore choisi : laisser courir ce qu’il considère comme un hold-up électoral ou faire descendre ses partisans dans la rue, au risque d’être cataloguer pour longtemps par la bien pensante communauté internationale comme un faiseur de troubles.
A peine rentré du Gabon et de Côté d’ivoire, Amadou Toumani Touré s’est donc tout “naturellement “ entretenu avec Ibrahim Boubacar Keita, qui, dès le lendemain, appelait ses militants à voter pour le général au second tour. Envolée comme par miracle une éventuelle contestation.
Effacés les griefs à l’égard d’un futur président “nommé” !
Ainsi va le Mali démocratique. L’histoire veut qu’en 1992, Amadou Toumani Touré, déjà tenté de se présenter à la présidentielle de 1997, n’y aurait renoncé que sur l’insistance expresse d’Omar Bongo, à charge pour
le président Alpha Konaré de lui faciliter le passage du témoin en 2002. Aujourd’hui, l’histoire - ou la rumeur, c’est selon - veut qu’une sorte de deal similaire ait été conclu entre ATT et IBK. Un accord non écrit mais cautionné par les deux amis d’IBK que sont Bongo et Gbagbo, selon lequel ATT se serait engagé à ne pas se représenter en 2007, à ne pas créer son propre parti politique et à choisir son Premier ministre dans la majorité qui sortira des urnes après les législatives.. en échange de quoi, IBK a tu sa colère.
De là à penser qu’au Mali, on a tendance à se “transmettre” le pouvoir entre gens de bonne compagnie ...


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