N° 251
du 18/06/2002

Mali


L’ancien président Moussa Traoré
gracié au nom de la réconciliation

Au nom de la réconciliation nationale l’ancien président malien Moussa Traoré a été gracié le 29 mai 2002 par le président Alpha Oumar Konaré, après plus de dix ans de détention. Officiellement, l’ancien chef d’Etat, 65 ans, et son épouse Mariam, ont été libérés par souci de cohésion nationale et à titre humanitaire.
Porté au pouvoir en novembre 1968 par un coup d’Etat qui avait renversé le régime de Modibo Keita, le général Moussa Traoré a régné sans partage sur le Mali pendant plus de 22 ans. Le 26 mars 1991, après un soulèvement populaire réprimé dans le sang et parachevé par un coup d’Etat, lui et son épouse étaient arrêtés.
En 1992, il était condamné à mort pour crimes “politiques”, puis de nouveau condamné à la peine capitale en 1999 pour crimes “économiques”. Son épouse Mariam était également condamnée à mort pour crimes économiques.
Entre-temps, un des putschistes de 1991, Amadou Toumani Touré (“ATT”), était porté à la tête de l’Etat et organisait la transition vers la démocratie.
En 1992, Alpha Oumar Konaré qui, hostile à la peine de mort, devait ensuite commuer la peine des époux Traoré en prison à perpétuité, était élu président.
Il y a deux ans, M. Konaré avait gracié des proches de l’ancien chef d’Etat, dont Sékou Ly, un ancien ministre, et “Ramos”, frère de Mariam.
Avant le procès engagé en 1999 pour “crimes économiques”, la vox populi disait que Traoré avait “détourné des milliards de dollars”. Par la suite, il a plutôt été question de quelques centaines de millions de F.CFA.
Les conditions de détention du couple ont elles aussi évolué, à chaque étape de la réflexion de Konaré en vue de leur élargissement.
Séparés l’un de l’autre, ils avaient été réunis en 1999, à la veille de leur procès pour “crimes économiques”. Leur première résidence commune de Markala (270 km au nord de Bamako) était délabrée, la dernière en date avait téléphone, radio, télévision.
Moussa Traoré, devenu très religieux, a également changé, parlant ces derniers temps de “pardon” et de réconciliation. Au plan politique, un parti d’opposition se réclamant de Moussa Traoré, le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, opposition), est maintenant devenu incontournable, bien que son leader, Choguel Maïga ait réalisé un très faible score lors de la dernière présidentielle..
La plupart des 24 candidats à cette élection présidentielle avait également, avec plus ou moins de fermeté, promis la libération de Moussa Traoré, comme gage de leur volonté d’oeuvrer à la réconciliation nationale, un des grands thèmes de la campagne électorale.

Interrogé après l’annonce de sa libération, Moussa Traoré a dit qu’il ne savait pas s’il allait “refaire de la politique” et que sa première tâche serait d’aller s’incliner sur les tombes de ses parents. A la question de savoir s’il était “heureux de cette libération?”, l’ex-chef d’Etat a répondu: “Libération! libération! Je dis de toutes façons que c’est mon corps qui était privé de liberté, mais mon esprit ne l’était pas”.


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