N° 242
du 02/01/2002

Mauritanie


Evénements de 1989
Le premier ministre accuse un groupe de l'opposition

Le Premier ministre Cheikh El-Avia ould Mohamed Khouna a publiquement accusé le 24 décembre "un groupe de l'opposition" d'avoir été responsable des événements tragiques ayant opposé le Sénégal et la Mauritanie en 1989.
Ces propos, prononcés à l'Assemblée nationale, ont suscité une réaction immédiate du groupe parlementaire de l'opposition qui a décidé de se retirer des discussions.
Faisant allusion à l'opposition, le Premier ministre a dénoncé "un groupe directement responsable de la grande épreuve dont avaient été victimes en 1989 un demi-million de Mauritaniens au Sénégal."
Selon M. ould Mohamed Khouna, les Mauritaniens "victimes de cette crise de 89 avaient perdu leur vie et leurs biens, pillés durant les événements qui ont également détruit le bel exemple de relations qui existaient entre le Sénégal et la Mauritanie".
Le Premier ministre a accusé "ce groupe" qu'il n'a pas nommé, "de planifier un nouveau crime, maintenant que la sagesse des deux présidents mauritanien et sénégalais a su ramener ces relations à un niveau exemplaire".
L'opposition, dont notamment les 4 députés de Action pour le Changement (AC), souvent accusée d'un extrémisme dont elle se défend, s'est bien évidemment sentie visée.
Le leader harratine (descendant d'esclaves noirs) qui préside AC, Messaoud Ould Boulkheir, a estimé que "ces propos sont inadmissibles". Il a déclaré qu'il croyait à "une volonté effective du gouvernement (mauritanien) de dissoudre" son parti, Action pour le Changement (AC, opposition).
M. Ould Boulkheir et d'autres députés de son parti avaient posé le problème de l'esclavage qui, selon eux, "existe toujours" et celui des "victimes des événements de 1989 qui attendent d'être réhabilitées", suscitant la colère du Premier ministre et des responsables du Parti républicain démocratique et social (PRDS, au pouvoir), pour qui ces problèmes sont dépassés.
L'opposant Mohamed Mahmoud Ould Lemmatt, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), a de son côté demandé que le Premier ministre "retire ses propos, pour le bien de la démocratie".
 
Rappel : déclenchés par un incident frontalier a priori mineur entre la Mauritanie et le Sénégal, les affrontements de 1989 avaient fait plusieurs centaines de morts.
Durant la campagne pour les législatives d'octobre dernier, M. Ould Boulkheir avait estimé que "la communauté négro-mauritanienne avait frôlé l'extermination et se devait d'être réhabilitée".
Qualifiant le discours de l'opposition radicale "d'incendiaire", le PRDS avait alors accusé ses leaders d'"appeler à la violence".


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