- Le gouvernement
mauritanien a décidé le 2 janvier de
dissoudre le parti d'opposition Action pour le
Changement (AC), l'accusant de
développer un discours "raciste et
antidémocratique".
- Messaoud Ould Boulkheir, leader
"Haratine" (descendant d'esclaves) de AC, devenu
le premier parti d'opposition depuis les élections
législatives et municipales d'octobre, a quant
à lui jugé "injuste et injustifiée"
cette décision.
- Selon lui, elle prouve "l'absence de
démocratie dans un régime dictatorial, qui
ne tolère pas l'avis contraire" et vise aussi
à écarter un parti qui "inquiète" le
président Maaouya Ould Taya dans la
perspective de l'élection présidentielle
prévue dans deux ans.
- Pour le ministre de la Communication,
Cheyakh Ould Ely, la dissolution de AC "est le
résultat inévitable du comportement" de ce
parti, qui développe selon lui "un discours
raciste et antidémocratique".
- Les dirigeants de AC tiennent au Parlement des
"discours violents et racistes, qui cherchent à
nous ramener à la situation de 1989, où des
centaines de milliers de nos compatriotes ont perdu vies
et biens, matérialisant leurs objectifs de sape
des fondements de l'unité nationale et des bonnes
relations que nous avons avec notre voisinage
immédiat", a affirmé le ministre.
- Le 24 décembre, le Premier ministre,
Cheikh El-Avia Ould Mohamed Khouna, avait
déjà accusé un "groupe politique
connu" d'être responsable de la crise de 1989 entre
le Sénégal et la Mauritanie et de
"planifier un nouveau crime".
- Déclenchés par un incident frontalier a
priori mineur, les affrontements de 1989, à
caractère ethnique, avaient fait plusieurs
centaines de morts.
- Durant la campagne pour les législatives
d'octobre, M. Ould Boulkheir avait estimé que "la
communauté négro-mauritanienne avait
frôlé l'extermination et se devait
d'être réhabilitée".
- Le leader de AC et d'autres députés de
son parti ont aussi abordé le problème de
l'esclavage qui, selon eux, "existe toujours", ajoutant
à la colère des dirigeants du Parti
républicain démocratique et social
(PRDS, au pouvoir), pour qui ce problème,
comme celui de la crise de 1989, appartient au
passé.
- M. Ould Boulkheir s'est défendu des
accusations du gouvernement, estimant que son parti "ne
met pas en danger l'unité nationale et ne
constitue pas non plus les germes d'un éclatement
social". Il a promis de continuer "la lutte contre la
dictature" qui, a-t-il dit, sera "décriée
à l'intérieur comme en dehors d'AC".
- Action pour le Changement a quatre
députés et préside le groupe
parlementaire de onze élus formé par les
quatre partis d'opposition représentés
à l'Assemblée nationale depuis les
élections d'octobre dernier.
- Le ministre de la Communication a indiqué que
la dissolution du parti ne touchait pas ses élus,
qui demeurent dans leurs fonctions. Mais il a averti que
leur avenir dépendrait de leurs comportements
futurs.
- En octobre 2000, le gouvernement avait dissous un
autre parti d'opposition radicale, l'Union des forces
démocratiques (UFD) d'Ahmed Ould
Daddah, qu'il accusait d'"incitation à la
violence".
-
- Les réactions pour
- Le président : pas de liberté
sans responsabilité
- Le président Maaouiya Ould Taya a
déclaré que "les libertés
démocratiques ne sauraient être acquises
sans esprit de responsabilité des
différents partenaires politiques", dans un
discours prononcé le 13/01/2002 à
Sélibaby dans le sud du pays. Il faisait ainsi
allusion pour la première fois à la
dissolution du parti AC, estimant encore que
"l'irresponsabilité politique transforme la
liberté en anarchie qui se nourrit de haine et de
guerre fratricide".
- Action pour le Changement a gagné la mairie
de la Sélibaby ainsi que deux des trois
sièges de députés aux
élections législatives et municipales
d'octobre dernier. Son maire, l'opposant Mohamed Vall
Ould Mekhallé, a salué le
président Ould Taya en des termes élogieux
et a "reconnu en toute honnêteté" les
grandes réalisations à son actif dont,
a-t-il dit, la transparence qui a marqué les
dernières élections.
-
- Le président de l'Assemblée
fustige "les visions sectaires" de
députés
- Le Président de l'Assemblée nationale,
Rachid Ould Saleh, a quant à lui
fustigé "les visions sectaires et les motivations
personnelles" de certains députés, dans une
allusion à Action pour le Changement .
-
- Le PRDS au pouvoir : "un appui à la
démocratie"
- Le Parti Républicain démocratique et
social (PRDS, au pouvoir) a salué la dissolution
d'AC, dissolution qui, selon lui, constitue "un appui
à la démocratie qui ne saurait
tolérer l'atteinte aux intérêts
supérieurs de la Nation".
- Le PRDS, qui promet de rester vigilant face "à
toutes les formes d'extrémisme", a qualifié
les réactions outrées de l'opposition de
"vision sectaire et égoïste de la
démocratie."
-
- Les réactions contre
- Les FLAM critiquent le " régime raciste
de Nouakchott "
- Les Forces de libération africaines de
Mauritanie (FLAM, opposition en exil) ont
dénoncé de Dakar "le régime raciste
de Nouakchott (qui) vient pour la énième
fois de commettre une entorse à la
démocratie en procédant à la
dissolution du principal parti d'opposition".
- Appelant les Mauritaniens à "s'unir pour
mettre fin aux dérives de l'une des
dernières dictatures racistes et esclavagistes de
la planète", les FLAM, composées
principalement de négro-mauritaniens vivant
à l'étranger, accusent le régime du
président ould Taya d'être "le seul et
unique responsable des événements de 1989".
- Les FLAM, "condamnent énergiquement cette
mesure discriminatoire", et avertissent que cette
"nouvelle escalade (...) pourrait avoir des
conséquences incalculables sur l'avenir de la
Mauritanie", selon leur communiqué.
-
- Les partis d'opposition : une mise en cause du
multipartisme
- Les dirigeants des quatre partis d'opposition
représentés au Parlement ont
condamné cette décision et exigé le
rétablissement d'Action pour le Changement. La
décision du gouvernement "met en cause le
multipartisme et va à l'encontre de la
Constitution et des lois garantissant la liberté
d'expression aux élus nationaux et
l'immunité des parlementaires", ont estimé
les opposants au cours d'une conférence de presse,
en présence du président de AC, Messaoud
Ould Boulkheir.
-
- SOS-ESCLAVES : une " très grave
décision "
- Dans un communiqué signé de son
président, Boubacar Messaoud, l'ONG
SOS-ESCLAVES, qui lutte contre la persistance de
l'esclavage en Mauritanie, a estimé que la
dissolution d'AC était une "très grave
décision". SOS Esclave estime encore que "la
dissolution de ATTALIA et de l'UFD/EN de
même que le refus de reconnaître les
organisations de défense et droits humains vont
à l'encontre de la constitution en ce qu'elles
portent atteinte aux droits fondamentaux d'organisation
et d'expression, garantis par la loi fondamentale."
- Ces décisions constituent pour l'ONG de
"graves violations des libertés publiques,
contraires aux conventions internationales
ratifiées par la Mauritanie, notamment la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la
Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et
le Pacte International relatif aux Droits Civils et
Politiques."
- " A l'évidence les questions
incriminées, à savoir la pratique de
l'esclavage traditionnel, le passif humanitaire des
années 1989-91 : la déportation, les
exécutions extrajudiciaires de cinq cent trois
négro africains sont, pour tous les observateurs
de la situation en Mauritanie, des problèmes
pendants non encore résolus et des points
saillants du programme politique de AC sur la base duquel
il a été enregistré en 1995 au
Ministère de l'Intérieur et des Postes et
Télécommunications et obtenu son
récépissé ", souligne enfin
SOS-Esclaves dans son communiqué.
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