N° 285
du 06/01/2004

Mauritanie


L’ancien président Ould Haidalla
dépose un recours en annulation de la présidentielle

L’ancien président Mohamed Khouna Ould Haidalla candidat à la présidentielle du 7 novembre a déposé le 30/12 un recours devant le Conseil constitutionnel pour protester contre les résultats de ce scrutin, a annoncé son avocat Moloud Vall Seyed, soutenant que son client avait «réuni toutes les preuves sur la fraude massive et vulgaire constatée durant le vote». Selon les résultats officiels de la présidentielle annoncés par le Conseil constitutionnel, Ould Haidalla avait obtenu 18,67% contre 67,02% de voix pour l’actuel président Maaouiya Ould Taya.
Arrêté au lendemain de la publication des résultats, M. Haidalla a été jugé et condamné le 28/12 à 5 ans de prison avec sursis et à la privation de ses droits civiques et politiques.
Les avocats d’ Ould Haidalla ont confirmé avoir reçu de leurs clients l’instruction de se pourvoir en cassation devant la Chambre pénale de la Cour suprême. Ils estiment que, selon la loi, Ould Haidalla et ses collaborateurs continuent de jouir de leurs droits civiques et civils durant la période de la procédure de cassation.
Outre, M. Haidalla, trois autres prévenus dont son fils aîné, ont été condamnés à 5 ans de prison avec sursis et à la privation de leurs droits civils et civiques pendant cinq ans.
Quatre autres accusés, également membres de l’équipe du candidat, ont été condamnés à 2 ans de prison avec sursis et 200.000 ouguiyas d’amende (625 euros), tandis que six autes personnes ont été acquittées.

La Raddho dénonce une liquidation politique

La Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho) a dénoncé dans un communiqué «la liquidation politique pure et simple d’Haidalla et de ses compagnons». «Avec ce verdict Haidalla perd tous ses droits civiques et politiques et se trouve sous la menace d’une incarcération sous n’importe quel prétexte», a souligné la Raddho.
«C’est inacceptable! Le verrouillage politique qui bloque toute possibilité de conquête du pouvoir par des voies démocratiques et pacifiques en Mauritanie constitue une bombe à retardement», a encore estimé l’Organisation.
La Raddho a recommandé «que Haidalla et ses compagnons, tous victimes d’un procès politique (...) soient purement et simplement acquittés afin qu’ils recouvrent tous leurs droits civiques et politiques» dans la perspective de compétitions électorales.
De son côté, le porte-parole du ministère de la Justice, Sall Aliou Moussa, a estimé que la Cour criminelle «a tranché souverainement» dans ce procès. «La Cour a tranché souverainement, conformément à ses convictions, ce qui démontre que la Mauritanie est un pays démocratique où règne le droit et où la liberté et l’indépendance de la Justice sont une réalité vécue sur le terrain», a déclaré Aliou Moussa dans un point de presse.
Selon lui, le procès qui a été suivi au plan national et international dans la transparence totale, a permis à toutes les parties «d’agir dans la liberté, conformément à la constitution et aux lois en vigueur».
Pas vraiment l’avis des organisations mauritaniennes de défense des droits de l’Homme qui continuent à protester contre la condamnation de leur ancien président. Dans un communiqué conjoint, l’ONG SOS-Esclaves et l’Association mauritanienne pour la défense des droits de l’Homme (AMDH) ont dénoncé le «caractère purement politique» du procès, estimant qu’il n’avait «aucun fondement juridique».
Ces condamnations visent «à écarter, sans raison juridique valable, des citoyens de l’échiquier politique en les privant de leurs droits civiques», ont estimé les deux ONG dans ce texte.
Dans une précédente déclaration, l’AMDH et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) s’étaient déclarées «extrêmement préoccupées» de la condamnation de l’ancien président mauritanien.
M. Ould Haidalla a dirigé la Mauritanie de 1980 à 1984.


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