N° 248
du 18/04/2002

Niger


Le Niger déclare la guerre à la fraude sur l'essence

Assis à l'ombre d'un jujubier, entouré de ses lieutenants, Ali Assan, célèbre trafiquant d'essence de Birni Gaouré, une bourgade au sud de Niamey, est encore sous le choc.
Ses deux véhicules, transportant une vingtaine de fûts d'essence, viennent d'être interceptés par la douane sur une piste perdue dans la multitude de vallées de la région: "C'est la déchéance, cela ne m'est pas arrivé depuis 15 ans".
Face à la recrudescence du trafic de carburant dans les régions proches du Nigeria (premier producteur africain de pétrole), le Niger vient de lancer une ambitieuse campagne de lutte.
Le prix officiel du litre d'essence est de 423 CFA alors qu'au marché noir il ne vaut que 250 CFA environ (0,65 et 0,38 euro).
"On ne peut pas laisser faire des gens qui portent atteinte à l'intérêt général", tonne le directeur général des douanes, Youba Diallo, qui estime que ce trafic fait perdre plus de 8 milliards de CFA (12,2 millions d'euros) par an au Niger, un des pays les plus pauvres du monde.
Directeur général de la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), Dioffo Amadou s'inquiète de son côté de la baisse du volume des ventes. En 2001, sur les 188 millions de litres de carburant placés sur le marché, seuls 149 millions ont été vendus.
Dans ce contexte, la SONIDEP n'a pu verser à l'Etat que 10 millions de CFA (15.245 euros) de droits et taxes diverses, selon M. Dioffo qui mise sur le succès de la lutte contre la fraude pour augmenter le volume des ventes et donc des taxes reversées au trésor.
Pour garantir le succès de la campagne, 20 millions de CFA (30.500 euros) ont été débloqués pour équiper la douane en motos tout-terrain afin de renforcer les patrouilles sur les mauvaises pistes le long des 1.500 km de frontière avec le Nigeria.
Des spots sont aussi diffusés à la radio pour mettre en garde les populations sur les dangers de la contrebande, et des peines d'emprisonnement et des amendes alourdies sont également prévues.
Pour maintenir la pression, les autorités régionales multiplient les réunions avec les commerçants pour les informer des nouvelles mesures décidées par le gouvernement.
M. Dioffo estime que cette campagne ne marchera qu'avec un soutien politique "ferme". De nombreux Nigériens expliquent en effet la persistance de ce trafic par "la couverture" dont jouissent les trafiquants auprès de membres influents des partis au pouvoir.
"Certains candidats promettent de fermer les yeux sur le trafic s'ils sont élus", affirme un dirigeant du syndicat des douanes qui explique que les douaniers "ont les mains liées" dans certaines zones où ils doivent en plus faire face à des soulèvements populaires après les opérations coups de poing.
Des agents zélés sont vite mutés sur injonction de politiciens, ajoute-t-il.
Dans quatre des huit régions du Niger, Maradi, Zinder, Tahoua (est) et Dosso (sud), le trafic est roi. Les stations-service sont rares et l'essence de contrebande est vendue à la criée comme à Maradi, par des dizaines de vendeurs munis de tuyaux et de grands entonnoirs.
Baptisés Bagdad, Koweït ou le Golfe, les entrepôts informels d'essence sont légion, causant parfois des incendies mortels.
Sans compter les risques pour les véhicules, en raison de la mauvaise qualité du carburant vendu au noir. "J'ai dû refaire tout mon moteur", se lamente ainsi Garba Hassane, un transitaire.
Selon des témoignages d'habitants de Maradi, la campagne semble enregistrer ses premiers succès: l'essence se fait de plus en plus rare au marché noir et est désormais vendue -presque- au prix officiel. (afp)


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