- Assis à l'ombre
d'un jujubier, entouré de ses lieutenants, Ali
Assan, célèbre trafiquant d'essence de
Birni Gaouré, une bourgade au sud de Niamey, est
encore sous le choc.
- Ses deux véhicules, transportant une vingtaine
de fûts d'essence, viennent d'être
interceptés par la douane sur une piste perdue
dans la multitude de vallées de la région:
"C'est la déchéance, cela ne m'est pas
arrivé depuis 15 ans".
- Face à la recrudescence du trafic de carburant
dans les régions proches du Nigeria (premier
producteur africain de pétrole), le Niger vient de
lancer une ambitieuse campagne de lutte.
- Le prix officiel du litre d'essence est de 423 CFA
alors qu'au marché noir il ne vaut que 250 CFA
environ (0,65 et 0,38 euro).
- "On ne peut pas laisser faire des gens qui portent
atteinte à l'intérêt
général", tonne le directeur
général des douanes, Youba Diallo, qui
estime que ce trafic fait perdre plus de 8 milliards de
CFA (12,2 millions d'euros) par an au Niger, un des pays
les plus pauvres du monde.
- Directeur général de la
Société nigérienne des produits
pétroliers (SONIDEP), Dioffo Amadou
s'inquiète de son côté de la baisse
du volume des ventes. En 2001, sur les 188 millions de
litres de carburant placés sur le marché,
seuls 149 millions ont été vendus.
- Dans ce contexte, la SONIDEP n'a pu verser à
l'Etat que 10 millions de CFA (15.245 euros) de droits et
taxes diverses, selon M. Dioffo qui mise sur le
succès de la lutte contre la fraude pour augmenter
le volume des ventes et donc des taxes reversées
au trésor.
- Pour garantir le succès de la campagne, 20
millions de CFA (30.500 euros) ont été
débloqués pour équiper la douane en
motos tout-terrain afin de renforcer les patrouilles sur
les mauvaises pistes le long des 1.500 km de
frontière avec le Nigeria.
- Des spots sont aussi diffusés à la
radio pour mettre en garde les populations sur les
dangers de la contrebande, et des peines d'emprisonnement
et des amendes alourdies sont également
prévues.
- Pour maintenir la pression, les autorités
régionales multiplient les réunions avec
les commerçants pour les informer des nouvelles
mesures décidées par le gouvernement.
- M. Dioffo estime que cette campagne ne marchera
qu'avec un soutien politique "ferme". De nombreux
Nigériens expliquent en effet la persistance de ce
trafic par "la couverture" dont jouissent les trafiquants
auprès de membres influents des partis au pouvoir.
- "Certains candidats promettent de fermer les yeux sur
le trafic s'ils sont élus", affirme un dirigeant
du syndicat des douanes qui explique que les douaniers
"ont les mains liées" dans certaines zones
où ils doivent en plus faire face à des
soulèvements populaires après les
opérations coups de poing.
- Des agents zélés sont vite mutés
sur injonction de politiciens, ajoute-t-il.
- Dans quatre des huit régions du Niger, Maradi,
Zinder, Tahoua (est) et Dosso (sud), le trafic est roi.
Les stations-service sont rares et l'essence de
contrebande est vendue à la criée comme
à Maradi, par des dizaines de vendeurs munis de
tuyaux et de grands entonnoirs.
- Baptisés Bagdad, Koweït ou le Golfe, les
entrepôts informels d'essence sont légion,
causant parfois des incendies mortels.
- Sans compter les risques pour les véhicules,
en raison de la mauvaise qualité du carburant
vendu au noir. "J'ai dû refaire tout mon moteur",
se lamente ainsi Garba Hassane, un transitaire.
- Selon des témoignages d'habitants de Maradi,
la campagne semble enregistrer ses premiers
succès: l'essence se fait de plus en plus rare au
marché noir et est désormais vendue
-presque- au prix officiel. (afp)
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