N° 254
du 02/09/2002

Niger


Une mutinerie a secoué le régime pendant quelques jours

Alors que la Coordination des forces démocratiques (CFD, coalition de 11 partis d’opposition) a estimé que le gouvernement nigérien était le seul responsable de la mutinerie qui a sévi durant dix jours, début août, dans le sud-est du pays, le Premier ministre nigérien, Hama Amadou, a estimé lui que cette mutinerie “n’était que la partie visible de l’iceberg, une sorte de diversion tactique destinée à détourner notre attention (...) alors qu’à Niamey quelque chose se tramait”, a-t-il dit.
Tout en se refusant à toute conclusion pour ne pas gêner l’enquête en cours, le Premier ministre a néanmoins relevé la coïncidence entre la mutinerie et la tentative d’insurrection d’un groupe de militaires dans trois garnisons de Niamey opérée quelques jours après le début de la mutinerie.

Selon M. Amadou, les insurgés de la capitale avaient prévu de s’emparer de pièces d’artillerie lourde pour libérer les quatre officiers arrêtés après le début de la mutinerie et leur confier “la direction des opérations”.
“Si nous n’avions pas pris des mesures, nous serions peut-être en train de condamner un coup d’Etat”, a-t-il estimé.
M. Amadou a imputé cette “tentative de déstabilisation” du régime à “des esprits malintentionnés”, qui “jouent sur le registre de la division de l’armée en vue de l’instrumentaliser et de la ramener sur la scène politique”.
Le Niger a connu deux coups d’Etat en 1996 et 1999.
Les partis politiques au pouvoir ont déjà dénoncé une tentative de coup d’Etat et réclamé la cour martiale pour juger les mutins, provoquant une vive réaction dans la société civile, qui parle de “retour de la dictature”.
Le Premier ministre a écarté l’éventualité d’une cour martiale et expliqué qu’un comité a été chargé d’élaborer des textes juridiques militaires calqués sur ceux des Etats africains et de la France. Les coupables seront jugés conformément à ces textes qui seront d’abord adoptés par l’Assemblée nationale avant leur application, a-t-il assuré.
Fin août, 268 militaires ont été arrêtés pour leur implication présumée dans ces mouvements de protestation.

Le président de la LNDDH inculpé de “"diffusion de fausses nouvelles”

Conséquence indirecte de cette mutinerie, le président de la Ligue nigérienne de défense des droits de l’Homme (LNDDH), Bagnou Bonkoukou, a été inculpé pour “diffusion de fausses nouvelles” et placé sous mandat de dépôt. M. Bonkoukou a été incarcéré à la prison civile de Niamey, après avoir passé deux jours en garde à vue à la Police judiciaire (PJ).
Il a été interpellé trois jours après la publication d’un communiqué de la LNDDH faisant état “de nombreux civils et militaires tués” lors des combats entre des soldats mutins et l’armée loyaliste.

Selon un bilan du ministère de la Défense, ces combats n’ont fait que deux morts, tous militaires - un sergent et un soldat - et parmi les civils, un enfant habitant à Diffa (sud-est) a été blessé par une balle perdue. La LNDDH, qui de son côté n’a pas fourni de bilan chiffré, a demandé au président nigérien, Mamadou Tandja, de permettre à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) d’enquêter à Diffa “pour faire la lumière sur ces graves événements”.
Me Amina Balla Kalto, présidente du Collectif d’organisations de défense des droits de l’Homme (CODDH), a aussi été interpellée à deux reprises par la police qui lui a demandé de “tempérer” ses déclarations à propos de la mutinerie.


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