Droits de l'Homme
Amnesty accuse le régime du général Baré Maïnassara

Amnesty International a dénoncé le "sérieux pas en arrière" enregistré sur le plan des droits de l'Homme depuis le coup d'Etat de janvier grâce auquel le général Baré Maïnassara s'était emparé du pouvoir, et la remise en cause de libertés acquises avec l'avènement du multipartisme en 1990.

Amnesty relève une "grave dégradation de la situation" cette année, consécutive à "l'instauration de l'état d'urgence, à l'interdiction des partis, à la torture et aux mauvais traitements", ainsi qu'aux atteintes à la liberté de la presse. Une dégradation "particulièrement sensible lors de l'élection présidentielle de juillet" qui a vu l'élection de l'auteur du coup d'Etat, le général Ibrahim Baré Maïnassara, "en dépit de flagrantes irrégularités dénoncées sur les plans national et international".
Amnesty note que si les Etats Unis et l'Union européenne ont "immédiatement" mis en doute la crédibilité des élections, la France, après avoir évoqué des "interrogations", a "pris acte de la victoire du général Maïnassara".

Autour des élections de juillet, "des centaines de personnes ont été arrêtées alors qu'elle ne faisaient qu'exercer leur droit à la liberté d'expression et d'association", des membres et responsables de partis ont été "détenus au secret, battus", ou "placés en résidence surveillée".

Amnesty mentionne en particulier le cas d'une quarantaine de personnes arrêtées après une manifestation de partis d'opposition à Niamey, le 11 juillet. Les personnes arrêtées, parmi lesquelles un ancien secrétaire d'Etat, Ibrahim Maman, ont été déportées au ranch d'Ekrafane, camp militaire à 300 km au nord de Niamey, où elles ont subi "une série de tortures et mauvais traitements".

A l'approche des élections législatives prévues fin novembre, Amnesty International lance un appel au général Maïnassara et aux futurs députés pour que le Niger "observe les sauvegardes inscrites dans sa Constitution ainsi que ses engagements internationaux en matière de droits de l'Homme".

Amnesty réclame en particulier "que soit instamment mis un terme à l'impunité dont jouissent les forces de sécurité depuis le coup d'Etat de janvier" et que soient en mises en place "de nouvelles sauvegardes en matière de contrôle judiciaire des arrestations et détentions, pour prévenir d'autres violations des droits de l'Homme".

Interpellation d'un opposant

Comme pour ajouter une petite touche de vérité à ce rapport, un responsable d'un parti d'opposition, M. Bello Tchousso Garba, a été arrêté et retenu le 14 octobre durant quelques heures par la police de Niamey.
Il a été libéré après "que tous les leaders de l'opposition se soient constitués prisonniers" par solidarité avec lui, selon Hassoumi Massaoudou, membre du Bureau politique du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS- opposition).
Parmi ces leaders figuraient l'ancien président renversé Mahamane Ousmane, Mamadou Tandja du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), et Mahamadou Issoufou, ancien président de l'Assemblée nationale dissoute après le coup d'Etat de janvier et leader du PNDS.
Dans un récent entretien à la presse privée, M. Garba avait qualifié "de faucons et de grands comploteurs" certains officiers supérieurs du Conseil de salut national (CSN, junte militaire).
Une association de défense des droits de l'homme, Démocratie liberté et développement (DLD), a pour sa part "condamné toute forme d'intimidation ou d'interpellation contraire aux droits l'homme et aux libertés des citoyens". DLD a "interpellé" le gouvernement sur "ces restrictions" faites à certains leaders de l'opposition et demandé au général Ibrahim Baré Maïnassara, "d'user de ses prérogatives pour que cessent les menaces et les intimidations à caractère politique".
M. Tchousso Garba est le responsable de l'Union pour la démocratie et le progrès (UDP) une petite formation membre du Front de défense et de restauration de la démocratie (FRDD) qui regroupe huit partis d'opposition.

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