Les ambitions présidentielles d'Ibrahim Baré Maïnassara

On le murmurait à Niamey, et d'aucuns voient dans le nouveau code électoral une porte ouverte à ce dessein. En effet, le nouvel avant-projet de code électoral offre la possibilité de présentation de candidatures indépendantes pour l'élection présidentielle qui se fera sur le principe du scrutin majoritaire à un tour. Pas besoin donc d'être présenté par un parti politique.
Il restera au colonel Baré Maïnassara a réunir 10.000 signatures dans au moins cinq des huit régions du pays, et à verser une caution de 10 millions de FCFA. Une misère.
Au regard des visites régionales en série qu'effectue le colonel, des satisfecits que lui distribuent ses hôtes, ce "climat" favorable pourrait très bien l'inciter à une candidature indépendante, "bien vue" de l'extérieur.

Seule fausse note dans ce concert d'éloge, les doutes de Washington. Si le colonel Ibrahim Baré Maïnassara a déjà réussir à convaincre Paris de ses bonnes intentions, il lui restait à faire un "geste" en direction des Etats-Unis. Fin mars, George Moose, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux affaires africaines, s'était en effet déclaré "sceptique" quant à la volonté du pouvoir militaire nigérien de rétablir la démocratie dans ce pays, dans une interview à Jeune Afrique.
Un peu amer, le diplomate américain soulignait aussi que "le gouvernement américain est dans l'impossibilité légale de fournir quelque aide que ce soit à un régime issu d'un coup d'Etat".
Beau jour joueur, Baré Maïnassara a avancé de quelques semaines l'échéancier électoral. Mais une élection présidentielle se gagnant aussi à l'intérieur du pays (ça arrive parfois), il fallait au chef de la junte mettre un peu de baume sur les points chauds du pays. L'ex rébellion touarègue et les syndicats. Avec la puissante Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), le gouvernement du colonel vient de réussir un formidable tour de passe passe.

Le gouvernement a renoncé à réduire de 30% les salaires des fonctionnaires, en échange de quoi le syndicat a accepté l'institution d'un nouvel impôt, l'Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS), un impôt que la centrale syndicale dénonçait pourtant violemment il y a peu de temps encore.

Côté touaregs, le chef de la junte s'en est allé fêter le premier anniversaire du traité de paix (signé le 24 avril 1995 ) à Agadez, en pleine zone touarègue. Il s'est même payé le luxe d'arriver à bord de l'avion présidentiel en compagnie de l'ancien président Ali Saïbou (1987-1993) et des trois anciens dirigeants destitués lors du coup d'Etat de janvier, l'ancien président Mahamane Ousmane, le président de l'ancienne Assemblée nationale dissoute Mahamadou Issoufou et l'ancien Premier ministre Hama Amadou.

Innocemment, le colonel Baré Maïnassara faisait annoncer par son entourage que les trois anciens dirigeants civils du Niger, étaient à nouveau libres de leurs mouvements.
Seul journal à avoir condamné le coup de force des militaires, l'hebdomadaire le Républicain titrait il y a peu à la Une :"Aidons-les à partir". Il y a fort à parier que bientôt d'autres journaux vont supplier le colonel d'endosser des habits civils pour conquérir une présidence de la République qu'il n'aura plus qu'a cueillir comme un fruit mûr.

 

Rretour au sommaire Niger