Un an après son élection
Le général Baré doit faire face à de multiples contestations,
y compris au sein de son armée.
Le Front de l'opposition ne désarme pas

(juillet 1997)

Un an après l'élection présidentielle des 7 et 8 juillet 1996, remportées "à la hussarde" par le général Ibrahim Baré Maïnassara, la crise politique, qui lui avait permis de justifier son coup d'Etat de janvier 1996, n'est pas encore stabilisée. Le général-président ne peut même pas se targuer aujourd'hui d'avoir mis le pays au pas. Il a au mieux réussi à unir les frères ennemis d'hier, regroupés maintenant dans le Front de restauration et de défense de la démocratie (FRDD*).
Pratiquement aucune personnalité politique d'envergure n'a rejoint le "nouveau régime" issu du putsch, alors que des leaders que l'on crut hésitants se seraient résolument rangés du côté des opposants. C'est le cas, par exemple, de Namata Amadou, le secrétaire général de la Convention démocratique et sociale (CDS) de l'ancien président (civil) Mahamane Ousmane.

Aussi, pour célébrer l'anniversaire de ce scrutin contesté, l'opposition avait-elle annoncé son intention de manifester dans l'ensemble du pays. Le régime n'a pas dérogé à ses habitudes en procédant à des interpellations d'opposants (Falké Bacharou, ancien secrétaire général de la présidence et Ousmane Oumarou, ancien ministre de l'Intérieur, tous deux militants de la CDS), ou en faisant encercler par l'armée et la gendarmerie les sièges des partis politiques à Niamey, en prévision d'éventuelles manifestations, préalablement interdites par le gouvernement. La police a fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser des groupes d'opposants. A Zinder (est), deuxième ville du pays, des manifestants auraient été sérieusement blessés selon l'opposition.
Pour marquer à sa manière l'anniversaire de son élection, le général Maïnassara s'est rendu dans les champs de mil des environs de la capitale où il s'est mêlé à un groupe de paysans pour travailler la terre au moment où les premières vraies pluies, attendues depuis deux mois, tombaient sur la capitale.

Des syndicats toujours actifs

Sur le front syndical, le général Baré n'a pas non plus réussi à faire baisser la tension, une donnée absolument nécessaire s'il veut mener à bien et sans douleur le Programme d'ajustement structurel. Après avoir fait condamner et emprisonner 22 syndicalistes qui avaient été arrêtés à la suite d'une grève déclenchée le 20 mars par les agents de la Société nigérienne d'électricité (NIGELEC), le pouvoir, par le biais de la cour d'appel vient de les faire bénéficier d'un non-lieu. Une manière de souffler le chaud et le froid, comme il l'avait fait avec les "politiques" en faisant arrêter les principaux leaders de l'opposition et en les menaçant de passer devant la cour de sûreté de l'Etat, avant de relâcher tout ce beau monde. Autant de gestes qui montrent à l'évidence que la justice n'est qu'à la solde de l'humeur du président. Le NIGELEC est l'une des douze entrepris publiques qui seront privatisées ou restructurées avant la fin de l'année. Fin juin, un mouvement de grève des transporteurs pétroliers a entraîné une sévère pénurie d'essence à Niamey.

Début juillet, deux syndicats du secteur de la santé, le Syndicat unique de la santé et de l'action sociale (SUSAS) et celui des pharmaciens, médecins et chirurgiens dentistes (SYMPHAMED) ont observé un mouvement de grève pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail, notamment des baisses importantes de salaires auxquelles s'ajoutent des arriérés. Ces syndicats craignent que le secteur ne développe la terrible pratique de corruption qui veut que l'on ne soigne plus que ceux qui "payent". Après des journées de grève avec service minimum, ces deux syndicats se sont promis de lancer des actions "sans service minimum", si leurs revendications ne sont pas prises en compte.

Sur le front des toubous

Des incidents violents ont eu lieu à N'guigmi (extrême est du Niger près de la frontière avec le Tchad) où le bureau des douanes a été attaqué le 23 juin par un commando armé des rebelles du Front démocratique du renouveau (FDR, qui regroupe des toubous). Bilan : 4 morts, deux policiers et deux douaniers. Le lendemain, c'est le camp même de la Garde républicaine de cette ville qui était à nouveau attaqué.
L'armée n'a guère réagi avec nuances. Des témoignages font état d'exécutions sommaires (quatre personnes au moins) et surtout, les populations locales ont pu assister au dynamitage spectaculaire de la maison d'un commerçant local, Issoufou Kollemy. Une pratique qui n'a pourtant guère réussi à l'armée israéliennež
Le FDR est implanté dans le sud-est du pays, près du lac Tchad, point de jonction des frontières entre le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun.
Depuis le coup d'Etat de décembre 1990 à N'Djaména, plusieurs milliers de Tchadiens, parmi lesquels une majorité de partisans du président déchu Hissein Habré, d'ethnie toubou eux aussi, se sont réfugiés au Niger dans cette région.
Depuis quelques temps, l'armée tchadienne mène des actions conjointes avec l'armée nigérienne dans cette région, au cours desquelles les militaires des deux camps ne font pas dans la mesure. Le village de Danjouma, par exemple, aurait été complètement rasé. Bilan, selon la presse nigérienne : 29 morts.
Si le ministre de l'Intérieur du Niger se borne dans ses communiqués à parler d'actes de banditisme pour qualifier l'action du commando de N'guigmi, tout le monde sait bien dans la région que ce sont des toubous du FDR qui réagissent aux opérations de "nettoyage" de l'armée.

Sur le front de l'armée

Le 20 juin, le général Baré a nommé un nouveau chef d'état major des forces armées, le lieutenant colonel Moussa Moumouni Djermakoye (ancien préfet de Niamey), en remplacement du colonel Amadou Moussa Gros.
Cette nomination n'est que la consécration de l'influence de l'ethnie djerma au sein de l'armée. Le chef de l'Etat n'a pu imposer son "candidat" à ce poste, le colonel Abou Oumarou (préfet de Zinder et haoussa). Ce changement est aussi une des conséquences des mutineries de l'armée après les attaques de l'ex-rébellion touarègue à Agadez. Ainsi en quelques mois, le général Baré a dû procéder à d'importants changement au sein de la hiérarchie militaire, signe d'un certain malaise. Le général Issoufou Maïga, haut commandant de la gendarmerie nationale, qui avait été limogé de son poste en mars, puis "nommé" ambassadeur du Niger en Algérie, n'aurait d'ailleurs toujours pas rejoint sa nouvelle "affectation" selon de bonnes sources.

Sur le front des étudiants

Fin juin, une centaine d'étudiants nigériens ont fait un sit-in dans l'enceinte de leur ambassade à Abidjan pour exiger le paiement de trois mois d'arriérés de bourses". Ils réclamaient également la "régularisation" de leur situation administrative, notamment le paiement de leur carte de séjour d'un montant annuel de 5.000 FCFA (50 FF).
Ce même scénario s'est reproduit, début juillet, à Cotonou, au Bénin, où là aussi une centaine d'étudiants nigériens de l'Université nationale du Bénin (UNB) réclamaient leurs arriérés de bourse qui leur sont dus.

* Le Front de restauration et de défense de la démocratie (FRDD). Cette coalition de huit formations politiques regroupe notamment :

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