Le couvre feu instauré à Zinder (sud du Niger) a
été levé et toutes les personnes
interpellées dans la région ont été
libérées.
Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre avaient
fait 16 blessés à Zinder, ville natale de l'ancien
président Mahamane Ousmane, au lendemain de l'annonce de la
victoire du général Ibrahim Baré Maïnassara
au scrutin présidentiel des 7 et 8 juillet.
Le chef de la junte avait obtenu 52,2% des suffrages devant l'ancien
président Mahamane Ousmane, deuxième avec 19% des voix.
Le général Maïnassara s'est entretenu avec deux
des candidats "battus, l'ancien président Ousmane et Mamadou
Tandja, pour les inviter " participer à la formation d'un
gouvernement d'union nationale en vue d'¦uvrer à la
défense des intérêts vitaux du Niger".
Un autre candidat "malheureux" Moumouni Djermakoye Adamou,
arrivé cinquième avec 4,7% avait fait montre
d'allégeance au nouveau président dès l'annonce
de sa victoire.
Seul Mahamadou Issoufou (7%), leader du parti nigérien pour la
démocratie et le socialisme (PNDS) avait refusé de
rencontrer le général Maïnassara Barré, et
avait déposé de nouveaux recours en annulation devant
la cour suprême. Ces recours ayant été
rejetés, le PNDS a appelé à de nouvelles
manifestations dans le pays. Dans le week-end du 28 juillet, les
locaux du parti ont été investis par la police et M.
Mahamadou Issoufou s'est à nouveau retrouvé en
résidence surveillée, avec ligne
téléphonique coupé.
Le parti de l'ex-président Ousmane devait se réunir en mini-congrès pour arrêter sa décision quant à une possible collaboration avec le nouveau régime. De bonne source, on indiquait que Mahamane Ousmane faisait partie des opposants à toute compromission avec le général Maïnassara Barré, alors que certains hauts cadres de son parti voyaient d'un mauvais ¦il, la perspective de passer les cinq années à venir dans l'opposition.
Parmi les messages de félicitations reçus par le
nouveau président, l'opposition nigérienne a
relevé l'absence de réactions du Mali, du
Sénégal et du Bénin, alors que le
général Maïnassara a été
félicité par le président ivoirien Henri
Konan Bédie et le chef de l'Etat iranien Ali Akbar
Hachemi Rafsandjani ou encore le général
Eyadéma, chef de l'Etat togolais.
La France a pris "acte" de la victoire du général
Ibrahim Baré Maïnassara, a déclaré Jacques
Rummelhardt, porte-parole du ministère des Affaires
étrangères à Paris.
Le déroulement de ce scrutin, a rappelé Jacques
Rummelhardt, avait "suscité des interrogations",
l'opposition nigérienne ayant pour sa part fait état de
"fraudes massives".
"Nous continuons à nous concerter avec nos
différents partenaires, notamment ceux de l'Union
européenne, à propos des résultats de ces
élections", a ajouté le porte-parole. Les
Etats-Unis, quant à eux, ont d'ores et déjà mis
en doute la régularité du scrutin et
décidé de suspendre leur coopération avec le
pays. L'Allemagne et le Canada pourraient adopter une attitude
similaire, a-t-on appris de bonne source.
Fort de son investiture par la Cour suprême, à
défaut d'avoir été applaudi par la
communauté internationale, le général Ibrahim
Baré Maïnassara a demandé à être
jugé "sur ses actes" . "Il faut que la communauté
internationale nous fasse confiance, et je veux qu'elle me juge sur
mes actes et non sur des clichés", a-t-il affirmé,
dans un entretien accordé à deux journalistes de la
presse étrangère, dont l'AFP.
Les Etats-Unis et une organisation non gouvernementale
américaine, le NDI, ont mis cause la crédibilité
du scrutin. "Il faut avoir une attitude objective. Il ne faut pas
voir la démocratie dans le concept importé et
transposé au Niger. Cette démocratie a montré
ses limites", elle n'était "pas adaptée aux
réalités de notre pays", a-t-il dit.
Selon lui, les manifestations qui ont éclaté au
lendemain de la proclamation des résultats notamment à
Zinder, sont "des agissements qui ne se passent que dans les
villes, la situation est toute autre à la campagne". "Le
passé m'a servi de leçon", a encore assuré
le président, interrogé sur la relance de
l'économie, durement frappée par les crises politiques
internes. "Les autres (NDLR ses
prédécesseurs) se sont plus préoccupés
de leurs intérêts. Si nous devons continuer avec les
mêmes recettes, nous sommes partis pour également
échouer lamentablement", a-t-il fait valoir.
Le chef de l'Etat a sollicité l'apport de tous les
Nigériens pour bâtir le pays et a estimé que le
redressement du Niger passait d'abord par "un redressement moral
des mentalités même s'il faut prendre des mesures
impopulaires".
Le général a déclaré vouloir "remettre
les Nigériens au travail, combattre la corruption, le
détournement de fonds publics et la fraude fiscale".
Au nombre des autres dossiers importants, il a cité celui de
la rébellion touarègue. "Il y a eu une
évolution positive ces dernières semaines et nous
envisageons l'avenir avec plus de sérénité",
a-t-il conclu.
Reporters sans frontière (RSF) a condamné "les intimidations qui pèsent actuellement sur les correspondants des médias étrangers", dans une lettre adressée au chef de l'Etat. Dans cette lettre, RSF fait état de plusieurs interpellations de journalistes étrangers pendant la période de l'élection présidentielle, dont deux journalistes de Radio France internationale (RFI) et l'envoyée spéciale d'AITV. Le 10 juillet, la police a saisi le matériel de l'un des deux correspondants de RFI, qu'il n'a pu récupérer qu'après une "vive altercation avec les forces de l'ordre", tandis que l'autre, avait été "détenu" pendant 24 heures. RSF rappelle que la radio privée Anfani est fermée depuis le 7 juillet après avoir diffusé l'interview d'un des candidats à l'élection alors que la campagne électorale était close. Les partis d'opposition, les syndicats et les associations n'auraient plus accès, selon RSF, à la radio et la télévision nationale. Enfin, le ministre de l'Intérieur, Idi Ango Omar, s'exprimant à la radio nationale nigérienne, a, selon RSF, qualifié les correspondants de RFI et de la BBC, "d'apatrides". Il a également mis en garde les représentants de la presse internationale dans "un dernier avertissement", selon l'organisation.
Le gouvernement et le Front de la résistance armée
touarègue (ex-rébellion) ont signé un accord sur
l'intégration des ex-combattants de la rébellion, dont
1400 seront recrutés par l'armée ou les corps
paramilitaires.
Le nombre exact des ex-combattants n'a pas été
précisé officiellement. De source touarègue, on
précise que 5.300 ex-combattants seront recrutés, dont
1.400 dans l'armée et les corps paramilitaires, 1.500 dans des
projets de développement rural et 2.000 dans divers autres
emplois de l'Etat. Le reste, environ 400, devra
réintégrer des écoles professionnelles ou
l'université. Cet accord a été conclu
conformément au traité de paix signé en avril
1995 par les deux parties.
Ce traité prévoit également la
démobilisation et le désarmement des rebelles. Ces deux
points seront discutés lors d'une rencontre des deux parties
prévue en août prochain à Niamey.
Le Front de la résistance armée touarègue
est composé de l'Organisation de la résistance
armée (ORA, organe central de l'ex-rébellion) de
Rhissa Boula et de la Coordination de la résistance
armée (CRA), dirigée par Mano Dayak
jusqu'à sa mort en décembre dernier dans un accident
d'avion au dessus du Ténéré.
A noter que des responsables de l'ORA et de la CRA ont
présenté leurs félicitations au chef de la junte
pour son élection à la présidence.
Après le coup d'Etat du 27 janvier, les fronts touaregs
avaient été parmi les premiers à se
réjouir de l'arrivée de l'armée au pouvoir.