Le gouvernement sur les nerfs
Fouilles aux frontières, aux aéroports et sur les grands axes routiers

Le gouvernement a décidé le 15 octobre (1996) d'imposer "des fouilles drastiques" aux frontières et à l'aéroport international de Niamey en vue de lutter contre la circulation de "matériel de subversion".
Dans une déclaration lue à la radio, le ministre de l'Intérieur, Idi Ango Omar, a affirmé que ces mesures font suite à une saisie le 11 octobre par les services de sécurité nigériens "de matériels extrêmement sophistiqués dans le domaine des attentats et d'actions nocives" sans préciser la nature de ce matériel.
"Le dispositif de contrôle sera mis en place aux frontières, dans les aéroports et sur l'ensemble des axes routiers du pays", a-t-il annoncé. Les véhicules de transport ou de particuliers seront également soumis à des contrôles rigoureux notamment à la sortie et à l'entrée des villes sur l'ensemble du territoire.
M. Ango Omar a demandé aux populations et aux usagers "d'être extrêmement compréhensifs pour ces fouilles et contrôles qui entraîneront des désagréments". "Cela relève de la sécurité publique et de l'Etat", a-t-il indiqué. Il a ordonné à "l'ensemble des autorités administratives et coutumières de veiller scrupuleusement à l'application des ces mesures" et a enfin invité "tous les citoyens à la vigilance" et leur a demandé "de dénoncer toute anomalie constatée dans le cadre du trafic des armes, d'explosifs ou détonateurs".

A la suite d'une plainte des transporteurs, le gouvernement avait allégé il y a plusieurs mois les barrages et autres postes de contrôle sur les axes routiers, ce qui avait provoqué une recrudescence des embuscades tendues par les "coupeurs de route".
Pour tenter de lutter contre la circulation des armes de guerre, le gouvernement a, après le coup d'Etat militaire de janvier, suspendu la délivrance des licences de port d'armes et demandé aux éventuels propriétaires d'armes illégales de les remettre aux autorités.

Depuis près de cinq ans, la circulation d'armes de guerre inquiète les Nations unies qui avaient annoncé le lancement d'opérations de récupération et contrôles de ces armes au Niger. Dans l'extrême est du pays, un fusil d'assaut Kalashnikov se vend environ 15.000 F CFA (30 dollars). Tout récemment, une alerte à la bombe a causé l'annulation de l'escale à Niamey d'un vol de la compagnie Ethiopian Airlines, et Air Afrique vient de prendre des mesures de sécurité exceptionnelles pour sa liaison sur Niamey.

Refus des législatives
Le pouvoir accuse l'opposition de faire du "divertissement"

Le Conseil de salut national (CSN, junte militaire) et le gouvernement ont accusé l'opposition politique de vouloir "divertir le peuple" en tentant de "bloquer" la tenue des élections législatives du 23 novembre prochain.
Les huit partis d'opposition regroupés au sein du Front de défense et de restauration de la démocratie (FRDD) ont en effet annoncé qu'ils ne participeraient pas au scrutin (Afrique Express N° 122). Ils exigent, entre autres, la réhabilitation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dissoute au deuxième jour de l'élection présidentielle des 7 et 8 juillet, et une recomposition de la chambre constitutionnelle.
"Nous refusons de verser dans un jeu de ping-pong et de délation", a déclaré au cours d'une conférence de presse le porte-parole du CSN, le colonel Abdoulrahamane Seydou, également ministre de la jeunesse, des sports et de la solidarité nationale.
Au terme d'une semaine de négociations avec l'opposition, le gouvernement avait réhabilité la CENI, en la modifiant profondément. Selon le FRDD ces modifications "procèdent d'une grossière duperie altérant gravement le caractère indépendant de la CENI".
Pour le colonel Seydou, les griefs portés contre le gouvernement relèvent "d'un complot pour bloquer et empêcher" la tenue des législatives.
"Nous ne sommes pas des enfants de choeur, l'opposition doit poser les conditions de sa participation de manière raisonnable et acceptable", a-t-il estimé.
"Nous n'avons plus le droit de divertir le peuple nigérien, le temps presse et il a envie de sortir de cette situation honteuse" a-t-il ajouté, affirmant que les modifications apportées à la CENI ont été l'objet "d'une discussion" avec l'opposition et que de toute façon, "le chef de l'Etat est habilité à modifier certaines dispositions du code électoral".

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