(novembre 1997)
Arrêté le 10 octobre 1997, le président de la
Ligue nigérienne de défense des droits de l'homme
(LNDDH), M. Bangnou Bonkoukou a été condamné
jeudi 23 octobre par la justice de son pays a deux ans de prison
ferme pour "offense" au président de la
République.
La justice l'a reconnu coupable d'offense au président Ibrahim
Baré Maïnassara dans un entretien à un journal
burkinabè où il remettait en cause "la
légitimité" du président Maïnassara, et
l'accusait d'imposer "une dictature" au Niger.
Il a été condamné conformément à
l'article 54 de la nouvelle loi sur la liberté de la presse
promulguée en juillet dernier par le chef de l'Etat.
Selon cet article, l'offense au président de la
République ou à la personne qui exerce tout ou partie
de ses prérogative est punie d'un emprisonnement de 2 à
5 ans et d'une amende de 20.000 F CFA à 5 millions de F CFA
(50.000 FF).
M. Bonkoukou, est également imprimeur et militant du Mouvement
national pour la société de développement (MNDS
- ex-parti unique) et actuel chef de file de l'opposition
nigérienne.
Il est la deuxième victime de cette nouvelle loi après
la condamnation le 7 octobre à trois mois de prison ferme de
Moussa Tchangari, directeur de publication du journal
indépendant Alternative. (cf AFrique Express N°155)
Suite à ces condamnations, le département d'Etat
américain a rapidement demandé au gouvernement
nigérien de "libérer immédiatement" les
deux condamnés et de "prendre les mesures
nécessaires pour garantir la liberté d'expression pour
tous". "L'interprétation stricte de cette loi (sur la
presse) restreint gravement la liberté d'expression pour
tous les Nigériens", a estimé le porte-parole du
département d'Etat, James Rubin. Il a demandé à
Niamey "d'assurer le retour immédiat à un
gouvernement civil et démocratique et de respecter tous les
droits de sa population dans l'intérêt du Niger, de sa
prospérité économique et de son avenir".
Une critique mal apprécié par la présidence
nigérienne qui a dénoncé dans un
communiqué officiel "l'ingérence" des Etats-Unis
dans sa manière de conduire sa politique intérieure.
"Le gouvernement du Niger tient à rappeler au gouvernement
américain que le peuple nigérien n'entend recevoir ni
leçon, ni avis ni, à plus forte raison, le diktat d'une
puissance étrangère sur la manière de conduire
son processus démocratique", indique un communiqué
de la présidence.
Les autorités nigériennes ont fustigé
également "la politique de deux poids-deux mesures"
pratiquée par les Etats-Unis "au gré de ses
intérêts propres dans un total mépris des
priorités réelles de nos pays et en violation flagrante
des lois et de la morale internationales".
Enfin, le gouverment du Niger demande aux Etats-Unis de "mettre
immédiatement un terme à ses agissements attentatoires
à la Charte des Nations unies et au principe du droit de
chaque peuple à déterminer librement son destin".