Echec sur toute la ligne
Le général-président limoge le gouvernement
Sombre bilan pour celui qui devait "redresser" le pays :
la crise est politique, sociale, et économique

(novembre 1997)

La dissolution du gouvernement nigérien n'a guère surpris à Niamey marquée par une résurgence des problèmes socio-politiques: agitation au nord, grèves à répétition, pénurie alimentaire et défiance des politiciens après les deux années au pouvoir du général Ibrahim Baré Maïnassara.
"La décision était des plus attendues" a déclaré M. Ibrahim Mayaki, secrétaire général de l'union des Syndicats des travailleurs du Niger (USTN), principale centrale sundicale du pays. "Nous avions envoyé, depuis longtemps, des signaux qui n'ont pas été pris en compte. Le tout maintenant n'est pas de dissoudre un gouvernement, il faut dans la pratique créer une situation qui puisse permettre à toutes les synergies de se retrouver pour que le pays redémarre", a ajouté le dirigeant syndical.
Dès la nomination en décembre 1996 du Premier ministre Cissé Amadou, technocrate formé dans les institutions internationales, la tension était devenue nettement perceptible.
Elle a rappelé aux Nigériens la cohabitation à couteaux tirés qui opposait en 1995 le président Mahamane Ousmane et son Premier ministre Hama Amadou et qui avait servi de prétexte aux militaires pour justifier leur coup d'Etat de janvier 1996.
A l'agitation orchestrée par une opposition politique déterminée à reconquérir le pouvoir, se sont ajoutées les grèves à répétition des fonctionnaires ou les mouvements étudiants qui paralysent le pays depuis plusieurs mois, alors que la situation économique continue de se détériorer.
Avant d'être remercié, le Premier ministre venait de faire état devant l'Assemblée nationale, des difficultés d'application de la Facilité d'Ajustement structurel renforcé (FASR) conclu en 1996 avec la Banque mondiale et le FMI, en raison de contre-performances fiscales.
Les institutions de Bretton Woods refusent de débloquer des crédits supplémentaires, a indiqué M. Cissé, alors que les députés dénonçaient "l'absence de coordination" et la "lutte des clans" au sein du gouvernement.

Dans un message adressé à la nation, le président Maïnassara a insisté sur "la montée du malaise" et des tensions qui ont "désorienté" l'ensemble des couches sociales du pays.
Les fonctionnaires accusent six à sept mois de salaires impayés et les étudiants totalisent 13 mois d'arriérés de bourse.Les écoles publiques du pays sont à nouveau fermées en raison d'une grève de trois jours des enseignants, tandis que l'unique université du Niger est paralysée depuis plus d'un mois par un mouvement des professeurs pour des raisons salariales.
Du fait de mauvaises récoltes qui ont engendré un déficit céréalier de 152.000 tonnes, la famine menace plus du quart de la population et des mouvements d'exode, pour fuir les zones sinistrées, sont signalés depuis trois semaines, alors que l'aide internationale n'arrive pas.
Dans le nord du pays, où la rebellion touarègue semblait conjurée, l'insécurité regagne du terrain, et des affrontements entre l'armée et des combattants touaregs alliés à des rebelles toubous ont fait une soixantaine de tués ces dernières semaines.
Pour le président Maïnassara ces problèmes ont été "générés" par "l'attentisme et les agissements" du gouvernement.
En déclarant que la dissolution doit "impulser un nouveau dynamisme" et "donner une chance de décrispation de la tension politique", le général Maïnassara ouvre une porte à l'opposition qui conteste toujours sa légitimité et réclame la dissolution de l'Assemblée nationale, élue en novembre 1996 lors d'un scrutin qu'elle avait boycotté.

M. Maïnassara a reconnu que la crise politique n'aura de remède que dans la participation de l'opposition au pouvoir et a lancé un appel à la classe politique pour qu'elle oriente "la réflexion sur les problèmes concrets, en laissant de côté les stratégies personnelles, les luttes de clans, les réflexes corporatistes et les jalousies stériles".

 

Retour au sommaire Niger