Élections législatives sans l'opposition žet sans commentaire

Le chef de l'Etat, le général Ibrahim Baré Maïnassara, a maintenu et organisé le 23 novembre 1996 les élections législatives auxquelles ont refusé de participer les principaux partis d'opposition.
212 candidats, indépendants ou représentant une dizaine de petites formations, étaient en lice pour briguer les 83 sièges du futur parlement.
L'Assemblée nationale du Niger avait été dissoute après le coup d'Etat militaire qui a renversé en janvier dernier les institutions démocratiques mises en place en 1993.

L'opposition privée de parole

Dans les derniers jours précédents le scrutin, le ministère de l'Intérieur avait multiplié à la radio comme à la télévision, les communiqués mettant en garde contre toute déclaration de l'opposition susceptible de pousser les électeurs à "s'abstenir" ou "d'influencer" leur vote.
Le ministère avait également interdit à la presse privée locale et aux correspondants des médias étrangers de donner la parole aux responsables de l'opposition, craignant sans doute qu'un écho trop important ne soit donné aux politiciens qui ne participaient pas à la campagne officielle. Seule la BBC, dans son service en langue haoussa a réussi à "braver" cette interdiction, permettant aux trois poids lourds de l'opposition d'appeler au boycott. Seuls aussi les "observateurs" étrangers, soigneusement triés par le pouvoir, ont pu s'exprimer sur les ondes des radios internationales dès la clôture des opérations de vote, pour s'enthousiasmer du taux de participation Cela étant, le pouvoir pourra-t-il museler indéfiniment la quasi-totalité des principaux partis politiques qui se sont regroupés en un Front de restauration et de défense de la démocratie (FRDD)  ?
Le FRDD regroupe notamment la Convention Démocratique et Sociale (CDS) de l'ancien président Mahamane Ousmane, le Mouvement National pour la Société de Développement (MNSD) de Mamadou Tandja et de l'ancien Premier ministre Hama Amadou, et le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS) de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Mahamadou Issoufou.
Rejetant les risques de marginalisation dont ont souvent été victimes les oppositions de pays voisins ayant boycotté des scrutins (Ghana, Burkina Faso, Togo, Côte d'Ivoire), l'ancien Premier ministre Hama Amadou estimait récemment que "cinq ans dans l'opposition ne suffisent pas à enterrer un homme politique".

Hamid Algabid, Premier ministre ?

Hamid Algabid, candidat très certainement malheureux au poste de secrétaire général de l'ONU pour lequel il postule depuis plusieurs mois sans grande audience internationale, pourrait bien être le futur Premier ministre nigérien. De bonne sources à Niamey indiquaient d'ailleurs que l'actuel chef de du gouvernement, Boukari Adji, avait voulu remettre sa démission avant les élections législatives.
Le cas de figure le plus probable pourrait être Moumouni Djermakoye Adamou, le leader de l'Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP) comme président de l'Assemblée nationale. Un poste que devrait lui "offrir" le président Ibrahim Barré Maïnassara pour le remercier d'avoir envoyé son parti aux législatives. Dès l'annonce du "résultat" de l'élection présidentielle contestée, Moumouni Djermakoye avait déjà été l'un des premiers à prendre acte de la victoire de Barré Maïnassara. Deux "gestes" qui valent bien un retour d'ascenseur, d'autant que Djermakoye a déjà été dans le passé président de l'Assemblée nationale.
Et dans ce cas de figure, pour respecter un traditionnel équilibre ethnique au sein des hautes sphères de l'Etat, Djermakoye étant originaire de l'Ouest, le président Barré Maïnassara pourrait nommer Premier ministre Hamid Algabid, qui lui est originaire du Centre-Est du pays. Il est né à Tanout, localité situé entre Zinder et Agadez. Hamid Algabid a déjà été Premier ministre. C'était il y a bien longtemps, de novembre 1983 à 1988, sous le régime du président Seny Kountche.
Seul problème pour l'instant, le calendrier. La succession de Boutros Boutros Ghali n'étant pas encore tranchée, Hamid Algabid s'estime toujours en course, au cas où. Le 12 novembre, un émissaire nigérien, Joseph Diatta, avait même fait le voyage à Yaoundé pour rencontrer, le président camerounais Paul Biya, président en exercice de l'OUA. Mais le nom du candidat du Niger ne semble guère avoir retenu l'attention des membres du Conseil de sécurité de l'ONU. Et s'il insistait trop, Hamid Algabid, pourrait bien se "griller" dans son propre pays, l'opposition ayant alors beau jeu de dénigrer un Premier ministre "rejeté" par la communauté internationale.

Les "armes" de l'opposition

L'opposition a semble-t-il fait preuve d'une certaine "sagesse" en n'appelant pas au boycott actif pour empêcher le déroulement du scrutin législatif. A cela deux raisons. Tout d'abord, le général Ibrahim Baré Maïnassara a déjà fait montre dans les derniers mois qu'il n'hésitait pas à emprisonner ou placer en résidence surveillée ses détracteurs trop virulents. Enfin, l'opposition doit tabler sur l'avenir immédiat qui attend la population nigérienne, c'est à dire l'application stricte des conditions d'octroi du prêt d'ajustement structurel. Si le Niger a déjà touché une partie de cette cagnotte, il va falloir au futur gouvernement "appliquer" les mesures au programme. A savoir, la fin du monopole de l'ONPPC (Office national des produits pharmaceutiques et chimiques) et de la SONIDEP (pétrole), la réduction de la masse salariale de la fonction publique, l'augmentation des tarifs de l'eau et de l'électricité, et la privatisation de sociétés d'Etat comme la SNE (Société nationale des Eaux) , la NIGELEC (électricité), la SONIDEP, la SONITEL. Beaucoup de grincements de dents en perspective et déjà certains opposants se plaisent à rêver de futurs accords de Paris, à la "gabonaise", mais qui ne seraient pas négociés à Paris.

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