Gros plan sur les partis et alliances politiques au Niger
après le coup d'Etat du 9 avril 1999

 

Les partis d'opposition au président Baré (tué lors du coup d'Etat, au pouvoir entre janvier 1996 et avril 1999)

 

Le FRDD, Front de restauration de la démocratie, créé pour lutter contre le régime de Baré, regroupe huit partis politiques :

- la Convention Démocratique et Sociale (CDS-Rahama)
"Rahama" signifie la "miséricorde".
Parti présidé par l'ancien président civil, Mahamane Ousmane (haoussa, dont le fief est Zinder), qui fut renversé par le général Baré en 1996. La CDS s'appuie sur l'idée que les haoussas sont majoritaires dans le pays, mais se trouve en bute à une armée majoritairement "Djerma". Les officiers relativement jeunes qui viennent de prendre le pouvoir n'aimeraient guère le penchant prononcé pour une certaine rigueur morale fondée sur l'Islam qui sert de fil conducteur au programme de Mahamane Ousmane.

Le secrétaire général de la CDS est Namata Adamou.

 

- le Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara).
"Nassara" signifie la "victoire".
Le président du MNSD est le colonel en retraite, Tandja Mamadou (haoussa, de père mauritanien. Originaire de Diffa, son fief électoral est malgré tout dans l'Ouest du pays). Le secrétaire général est l'ancien Premier ministre Hama Amadou (d'ethnie Djerma-peulh, qui aujourd'hui "tient" électoralement parlant la capitale Niamey) et le secrétaire général-adjoint, Ali Sabo (haoussa)

Fondé sur l'ancien parti unique créé en 1989 par l'ancien président Ali Seibou, le MNSD a cette particularité de regrouper un vaste éventail de courants politiques, qui en comparaison avec la France, irait de la droite à l'extrême gauche. L'ancien communiste Ali Sabo côtoie ainsi Hama Hamadou qui ne manque pas d'amis dans les milieux de la droite française.

- le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Taraya).
"Taraya" signifie "l'union".

Présidé par Mahamadou Issoufou (haoussa, dont le fief est à Tahoua), ancien Premier ministre puis ancien président de l'Assemblée nationale. Le vice-présidnet est Mohamed Bazoum et le secrétaire géneral, Foumakoye Gado.

Le PNDS s'apparente au parti de l'élite intellectuelle, à tendance "gauchisante". C'est un parti d'hommes de conviction, très peu de ses militants ont fait défection pendant la période Baré. Jusqu'à l'arrivée de Baré au pouvoir, ce parti était très proche des socialistes français. Aujourd'hui, c'est une autre affaireŝ

- le PPN-Rda. Parti progressiste nigérien-Rassemblement démocratique africain.
Le parti "historique" du Niger, créé en 1946 par Hamani Diori (le premier président du pays en 1960), puis dissout par le coup d'Etat de Seyni Kountché en avril 1974. Le PPN-RDA est dirigé actuellement par le fils d'Hamani Diori, Abdoulaye Diori, mais a été scindé en deux tendances, dont l'une est dirigée par Idé Oumarou, ancien secrétaire général de l'OUA, qui avait rejoint le clan Baré et était directeur de cabinet du défunt président.

- l'ORDN-Tamamuwa, de Mahamane Sani Adamou (petit parti fondé dans la clandestinité dans les années 80 par un groupe d'étudiants gauchistes et officialisé par son congrès constitutif en 1992. Proche du PNDS)

- l'UDFP-Sawaba d'Issoufou Assoumane

- le PSDN-Alheri de Gagara Grema

- l'UDP-Amintchi de Bello Tiousso Garba

 

L'Alliance des Forces Démocratiques et Sociales (AFDS) regroupe trois partis dont le plus important est l'Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP) de Moumouni Djermakoye Adamou, qui après s'être rallié au président Baré, était retourné dans l'opposition en mai 1998.

Le PNA, Parti nigérien pour l'autogestion, de Sanoussi Jackou, parti créé en janvier 1996, est aussi membre de l'AFDS. Sanoussi Jackou a eu un parcours particulièrement mouvant puisqu'il est passé de la vice-présidence de la CDS à la mouvance présidentielle sous Baré, avant de rejoindre l'opposition, lui aussi en mai 1998.

 

La Convergence pour la République (CPR), créée en septembre 1998, regroupait une quinzaine de petits partis pour former la mouvance présidentielle soutenant le président Baré.

Le parti le plus important de la CPR est le Rassemblement pour la démocratie et le progrès, (RDP), dirigé par Hamid Algabit, pourtant un ancien membre de la CDS. Bien que fragile puisque créé de toutes pièces en février 1996, pour soutenir Baré, ce parti ne devrait pas forcément disparaître du jeu politique. Par contre, il faut s'attendre à une sévère lutte entre ses différents leaders pour en prendre la direction. La guerre des chefs a déjà commencé dès le lendemain de la mort de Baré, la tendance conduite par l'ancien Premier ministre Amadou Cissé (originaire de Tilaberi) ayant rejeté l'idée de demander une commission d'enquête sur la mort du président. Un troisième larron, l'actuel secrétaire général du RDP, le colonel Abdourahamane Seydou (lui aussi, un transfuge du MNSD), pourrait tirer son épingle du jeu mais on le dit "désargenté" par rapport à Algabit et Cissé.

 

Le 13e homme du pouvoir

Surnommé le "treizième homme" parce qu'il était déjà dans le coup d'Etat de Baré en 1996, qui avait créé un Conseil de salut national de douze membres, l'homme d'affaire Tahirou Albarka, qui était considéré comme très proche du défunt président, semble à nouveau avoir su tirer son épingle du jeu, et demeurer incontournable.

Surnommé également le "colonel de Gueriel", car il ne dédaigne pas porter l'uniforme dans la propriété de son village dénommé Gueriel, Tahirou Albarka a fait partie de la délégation nigérienne, conduite par le Premier ministre Ibrahim Assan Mayaki, qui s'est rendue à Tripoli pour "une mission d'explication", quatre jours seulement après le coup d'Etat du 9 avril. Quelques semaines plus tôt, il était également dans l'avion présidentiel qui emmenait le président Baré à Cuba. D'ethnie sonrhaï, originaire de Tara, il possède entre autres affaires la plus grande et la plus moderne imprimerie du pays, et a raflé sous le régime Baré bon nombre de marchés publics. On le dit aujourd'hui assez proche du commandant Wanké et du ministre de l'Intérieur, le Lieutenant-Colonel Moumouni Boureima.

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