Perturbations en vue

(janvier 1997)

Le président et son Premier ministre Amadou Cissé, ont sans doute quelques inquiétudes à avoir à l'approche du premier anniversaire du coup d'Etat qui avait porté au pouvoir le 27 janvier 1996, le général Ibrahim Baré Maïnassara. L'opposition reste puissante, motivée, unie et organisée. Mieux, de l'avis de beaucoup, les leaders sont parfois "bousculés" par leur base notamment l'ancien président Ousmane dans son fief à Zinder. Aucun de ces leaders, ni leurs "seconds couteaux" que sont les secrétaires généraux de leur partis, n'ont cédé aux appels des sirènes présidentielles. Même si les clivages entre eux restent nets, notamment entre le PNDS et la CDS, tous savent pertinemment que sans union ils n'ont aucune chance de faire vaciller le pouvoir. Ils semblent prêts et déterminés à un long combat qui ne fait que de commencer. Le pouvoir pourra-t-il mettre en prison la quasi totalité de la classe politique et continuer à se targuer d'être un "régime démocratique" vis à vis de ses bailleurs de fonds extérieurs ? C'est là tout l'enjeu de ce combat, et les opposants le savent bien. Paris, la Commission européenne, le FMI et le Club de Paris, ont pour l'instant "fermé les yeux" . Mais jusqu'à quand ? Jusqu'à quand aussi, ceux que l'on appelle les militants de base vont-ils rester "pacifiques" ? Les Nigériens qui ne sont pas de tradition violente, ont une certaine réputation de fierté. L'honneur bafoué est une dimension que ne semble pas prendre en compte le pouvoir. Depuis l'arrivée au pouvoir du général Baré des dizaines voire des centaines de personnes ont été un jour ou l'autre arrêtées. Cela laisse assurément des traces, même si ces arrestations n'ont pas eu jusqu'à présent de suites judiciaires.

Aujourd'hui, et c'est nouveau, le régime menace de faire jouer la justice. Mais il n'est même pas sûr qu'il la contrôle. Lors du tout dernier congrès du syndicat de la magistrature qui s'est tenu deux jours avant la manifestation de l'opposition, à peine un tiers des congressistes se sont affichés "pro-Baré" lors de différents votes. Mieux, c'est bien une ordonnance du Tribunal de grande instance de Niamey, qui a rejeté l'interdiction de manifester prise par le préfet de la capitale.

Officiers aux arrêts de rigueur

Même dans l'armée quelques signes avant-coureurs ne trompent pas. Selon des sources fiables, deux officiers sont actuellement aux arrêts de rigueur. Le commandant Chaïbou Moussa, ancien porte-parole des jeunes officiers à la Conférence nationale, devrait bientôt passé en conseil de discipline pour avoir "boudé" une réunion des cadres organisée par le général Baré Maïnassara à Agadez. Un autre officier, le commandant Maliki Boureina, très proche du MNSD, est lui aussi aux arrêts de rigueur. Maliki Boureina, mis en prison après la Conférence nationale, avait été rapidement libéré sous la pression des militaires de base, qui lui vouent beaucoup de respect. Une "troupe", qui, rappelons-le, est acquise à la cause du MNSD (l'ancien parti unique), à près de 80 %.

Enfin, Ibrahim Maïyaki , qui vient d'être reconduit pour quatre ans au secrétariat général de la principale centrale syndicale, l'Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), devrait lui aussi entrer dans la danse, après une période de "brouille" avec les partis politiques qu'il a dû affronter lorsque ces derniers étaient aux affaires. Outre ses convictions politiques - il est très proches du PNDS - Ibrahim Maïyaki a une bonne raison de réactiver la lutte : il est menacé "de l'intérieur" par une nouvelle centrale syndicale, la Confédération des travailleurs du Niger (CTN), qui vient d'être créée de toute évidence à l'instigation du pouvoir.
Aussi lors de son discours de politique générale au dernier congrès de l'USTN, Ibrahim Maïyaki a réaffirmé que sa centrale devait aussi combattre pour le respect des droits des citoyens. Une manière comme une autre de se donner le droit de "faire de la politique".

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