Election présidentielle
Le général Baré s'est donné les armes de la victoire

Le scrutin présidentiel qui a eu lieu le dimanche 7 juillet 1996,
organisé moins de six mois après le coup d'Etat qui a porté Ibrahim Baré Maïnassara au pouvoir,
devrait selon toute vraisemblance le maintenir à la tête de l'Etat.


Les premiers résultats partiels donnaient le général président en troisième ou quatrième position, derrière Mahamane Ousmane et Tandja Mamadou, des résultats issus des départements de Zinder, Agadez, Diffa, Maradi et Tahoua, soit près des 3/5 ème des électeursț
Irritée de la diffusion de ces résultats partiels, la junte a aussitôt suspendu la Commission électorale nationale indépendante (CENI), pour la remplacer par une autre commission où les militaires auraient les coudés franches, les partis de l'opposition ayant refusé d'y faire siéger leur représentants.

Dans le même temps, la junte replaçait en résidence surveillée les quatre candidats qui affrontaient le général Baré dans ce scrutin. Pour faire bonne mesure, les communications téléphoniques ont même été suspendues une nuit, au soir du 8 juillet, avant d'être rétablies partiellement le 9, puisqu'il était impossible de joindre au téléphone les principaux leaders de l'opposition. Dans ce contexte, il y avait fort à parier, au moment où nous mettions sous presse, que les résultats officiels ne seraient pas défavorables au général Baré.

Depuis son indépendante le 3 août 1960, sous la présidence de Diori Hamani, le Niger en est déjà a son deuxième coup d'Etat. En avril 1974, le général Seyni Kountché s'emparait du pouvoir après un coup d'Etat militaire. A sa mort, en novembre 1987, le général Ali Saïbou lui a succédé à la tête de l'Etat jusqu'en avril 1993, date de l'entrée en vigueur d'institutions démocratiques. Mahamane Ousmane remportait alors les premières élections présidentielles pluralistes.

Le colonel Maïnassara (qui signifie "le victorieux", en langue haoussa), mettait fin à trois ans de démocratie le 27 janvier dernier, au motif que le pays était paralysé par un conflit constitutionnel entre le président Mahamane Ousmane et le Premier ministre issu de l'opposition, Hama Amadou.
Ibrahim Baré Maïnassara ("IBM", comme on l'appelle maintenant), a eu tôt fait de sa faire promouvoir "général" avant de quitter l'armée, comme le requiert la nouvelle Constitution, avant de se porter candidat à cette élection présidentielle.
Ses atouts ? Le soutien quasi-officiel de l'ensemble des chefs d'Etat de la région ouest-africaine.
Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré lui a "prêté" un hélicoptère pour sa campagne électorale. C'est de cet hélicoptère que la "candidat indépendant" a fait larguer des spécimens de ses bulletins de vote au dessus de Niamey, histoire d'entraîner les électeurs à faire le "bon choix".
A charge de revanche sans doute, la communauté urbaine de Niamey vient d'attribuer à la SONABEL (la compagnie d'électricité du Burkina Faso) un important contrat de 400 millions de FCFA pour la réparation des feux de signalisation de Niamey. Un marché très contesté qui en a surpris plus à Niamey, où l'on se demande si la compagnie nationale nigérienne d'électricité, la NIGELEC, n'aurait pas été capable de réparer toute seule ces feux rouges défaillantsț

Les moyens financiers sont venus aussi du général Abacha du Nigeria, du Sénégal, de l'Organisation de la Conférence Islamique ou encore de l'ex-général Mathieu Kerekou, nouveau chef de l'Etat béninoisț

Une imposante machine électorale, relayée par les militaires, préfets et autres sous-préfets.
Une haute cour de justice, crée à la hâte, sorte d'épée de Damoclès qui plane sur la tête des anciens responsables de l'Etat, l'ex-président Ousmane en premier lieu.

Une Commission nationale chargée d'établir l'état des lieux de la nation, sorte de cour des comptes, qui dresse chaque jour un bilan de ses travaux dans la presse gouvernementale. Une bonne manière de "tenir" les réfractaires au nouveau régime. La gestion de centaines de fonctionnaires comme les contrats passés entre l'administration et le secteur privé ont été passés au crible, et avec diligence. Les sommes en question vont de la petite monnaie au magot. Les "coupables" s'acquittent en général vite fait de leur dû, quand il le peuvent, sinon les dossiers sont transmis à la justice. D'autres sont "blanchis", lavés de tout soupçon, comme Namata Adamou, le secrétaire général de la CDS Rahama, le parti du président Ousmane, mais qui fut aussi longtemps à la tête de la SONIDEP, la société des hydrocarbures nigériens.

Dernière touche pour être parfait, IBM a effectué un pèlerinage éclair en Arabie Saoudite
deux jours avant le vote.

En effectuant le pèlerinage de l'Oumra, le "petit pèlerinage de Médine", le général, en pleine campagne électorale, voulait apporter un démenti aux rumeurs qui laissent croire qu'il est chrétien dans un pays musulman à 99%. Son épouse ayant le "tord" de porter un prénom chrétien : Clémence.
Aussi, fort de toutes ces armes, le général s'en est allé affronté quatre candidats, désignés eux par leur parti : Mahamane Ousmane de la Convention Démocratique et Sociale (CDS), dernier président élu en mars 1993, Mamadou Tandja, du Mouvement national pour la société de développement (MNSD - parti unique de 1989 à 1991), Moumouni Djermakoye de l'Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP), ancien transfuge du MNSD et Mahamadou Issoufou (Premier Ministre en 1993 et 1994), du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS).

Un président "dynamique"

3,8 millions d'électeurs nigériens étaient appelés à départager ces candidats, alors que, selon la Commission électorale nationale Indépendante (CENI), un report aurait été souhaitable pour s'assurer du bon déroulement du scrutin dans ce pays d'1,2 million de km2, dont les deux-tiers sont désertiques.
Classé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dernier pays du monde en matière de développement humain, le Niger s'était vu privé de toute aide internationale depuis le coup d'Etat de janvier dernier.
Mais les bailleurs ont du s'accommoder du "général-président" faute de laisser le pays s'engluer quasiment dans la famine. La signature d'un accord avec le Fonds Monétaire International, suivi d'une aide française de 13 milliards de FCFA, sont autant d'assistances dont Ibrahim Baré Maïnassara espérait bien récolter les dividendes électoraux.
Le dynamisme du général-président en aura aussi séduit plus d'un. Il faut lui reconnaître une rapidité de décision étonnante sur le continent africain. Il a su redonner vie à certaines régions déshéritées du pays. Ainsi, le 21 juin, il recevait en audience, Jean Christian Pinot, le directeur des affaires internationales de la compagnie aérienne française de charters, Nouvelles Frontières. trois jours plus tard, le 24 juin, on pouvait voir une pleine page de publicité dans le journal gouvernemental Le Sahel, annonçant l'ouverture de vols Niamey-Paris-Niamey à des prix promotionnels.
Mais le bouillonnant président fait aussi quelque bourdes, y compris avec les bailleurs de fonds. Une rencontre entre des représentants de ses quatre adversaires et les ambassadeurs accrédités à Niamey, rencontre vivement critiquée par le gouvernement, a semé le trouble chez les diplomates. Le "collectif des bailleurs de fonds du Niger" a même dû publier un communiqué de presse pour se justifier et remettre le gouvernement à sa place.

Des électeurs en nombre réduit

Enfin, pressé d'endosser des habits civils, Ibrahim Baré Maïnassara n'a pas autorisé les Nigériens résidants à l'étranger à voter. Un "manque" important puisque selon les chiffres avancés lors de la conférence nationale, on compterait 10 millions de Nigériens à l'étranger, pour à peine neuf millions à l'intérieur du pays.
Cette décision qui prive ces Nigériens de l'extérieur d'un droit qu'ils avaient pourtant exercé lors des précédents scrutins, témoigne de la volonté de la junte de conduire les élections à marche forcée.
Le gouvernement a par ailleurs procédé à une soigneuse révision des listes électorales, et seuls quelque 3,8 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes le 7 juillet, contre 4,4 millions lors du dernier référendum constitutionnel le 12 mai. "Les anciennes listes étaient gonflées" ont annoncé les responsables de la CENI, sans autre explicationț

 

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