Les premiers résultats partiels donnaient le
général président en troisième ou
quatrième position, derrière Mahamane Ousmane et Tandja
Mamadou, des résultats issus des départements de
Zinder, Agadez, Diffa, Maradi et Tahoua, soit près des 3/5
ème des électeursț
Irritée de la diffusion de ces résultats partiels, la
junte a aussitôt suspendu la Commission électorale
nationale indépendante (CENI), pour la remplacer par une autre
commission où les militaires auraient les coudés
franches, les partis de l'opposition ayant refusé d'y faire
siéger leur représentants.
Dans le même temps, la junte replaçait en résidence surveillée les quatre candidats qui affrontaient le général Baré dans ce scrutin. Pour faire bonne mesure, les communications téléphoniques ont même été suspendues une nuit, au soir du 8 juillet, avant d'être rétablies partiellement le 9, puisqu'il était impossible de joindre au téléphone les principaux leaders de l'opposition. Dans ce contexte, il y avait fort à parier, au moment où nous mettions sous presse, que les résultats officiels ne seraient pas défavorables au général Baré.
Depuis son indépendante le 3 août 1960, sous la présidence de Diori Hamani, le Niger en est déjà a son deuxième coup d'Etat. En avril 1974, le général Seyni Kountché s'emparait du pouvoir après un coup d'Etat militaire. A sa mort, en novembre 1987, le général Ali Saïbou lui a succédé à la tête de l'Etat jusqu'en avril 1993, date de l'entrée en vigueur d'institutions démocratiques. Mahamane Ousmane remportait alors les premières élections présidentielles pluralistes.
Le colonel Maïnassara (qui signifie "le victorieux", en
langue haoussa), mettait fin à trois ans de démocratie
le 27 janvier dernier, au motif que le pays était
paralysé par un conflit constitutionnel entre le
président Mahamane Ousmane et le Premier ministre issu de
l'opposition, Hama Amadou.
Ibrahim Baré Maïnassara ("IBM", comme on l'appelle
maintenant), a eu tôt fait de sa faire promouvoir
"général" avant de quitter l'armée, comme le
requiert la nouvelle Constitution, avant de se porter candidat
à cette élection présidentielle.
Ses atouts ? Le soutien quasi-officiel de l'ensemble des chefs
d'Etat de la région ouest-africaine.
Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré lui a
"prêté" un hélicoptère pour sa campagne
électorale. C'est de cet hélicoptère que la
"candidat indépendant" a fait larguer des spécimens de
ses bulletins de vote au dessus de Niamey, histoire d'entraîner
les électeurs à faire le "bon choix".
A charge de revanche sans doute, la communauté urbaine de
Niamey vient d'attribuer à la SONABEL (la compagnie
d'électricité du Burkina Faso) un important contrat de
400 millions de FCFA pour la réparation des feux de
signalisation de Niamey. Un marché très contesté
qui en a surpris plus à Niamey, où l'on se demande si
la compagnie nationale nigérienne d'électricité,
la NIGELEC, n'aurait pas été capable de réparer
toute seule ces feux rouges défaillantsț
Les moyens financiers sont venus aussi du général
Abacha du Nigeria, du Sénégal, de l'Organisation de la
Conférence Islamique ou encore de l'ex-général
Mathieu Kerekou, nouveau chef de l'Etat béninoisț
Une Commission nationale chargée d'établir l'état des lieux de la nation, sorte de cour des comptes, qui dresse chaque jour un bilan de ses travaux dans la presse gouvernementale. Une bonne manière de "tenir" les réfractaires au nouveau régime. La gestion de centaines de fonctionnaires comme les contrats passés entre l'administration et le secteur privé ont été passés au crible, et avec diligence. Les sommes en question vont de la petite monnaie au magot. Les "coupables" s'acquittent en général vite fait de leur dû, quand il le peuvent, sinon les dossiers sont transmis à la justice. D'autres sont "blanchis", lavés de tout soupçon, comme Namata Adamou, le secrétaire général de la CDS Rahama, le parti du président Ousmane, mais qui fut aussi longtemps à la tête de la SONIDEP, la société des hydrocarbures nigériens.
En effectuant le pèlerinage de l'Oumra, le "petit
pèlerinage de Médine", le général, en
pleine campagne électorale, voulait apporter un démenti
aux rumeurs qui laissent croire qu'il est chrétien dans un
pays musulman à 99%. Son épouse ayant le "tord" de
porter un prénom chrétien : Clémence.
Aussi, fort de toutes ces armes, le général s'en est
allé affronté quatre candidats, désignés
eux par leur parti : Mahamane Ousmane de la Convention
Démocratique et Sociale (CDS), dernier président
élu en mars 1993, Mamadou Tandja, du Mouvement national pour
la société de développement (MNSD - parti unique
de 1989 à 1991), Moumouni Djermakoye de l'Alliance
nigérienne pour la démocratie et le progrès
(ANDP), ancien transfuge du MNSD et Mahamadou Issoufou (Premier
Ministre en 1993 et 1994), du Parti Nigérien pour la
Démocratie et le Socialisme (PNDS).
3,8 millions d'électeurs nigériens étaient
appelés à départager ces candidats, alors que,
selon la Commission électorale nationale Indépendante
(CENI), un report aurait été souhaitable pour s'assurer
du bon déroulement du scrutin dans ce pays d'1,2 million de
km2, dont les deux-tiers sont désertiques.
Classé par le Programme des Nations Unies pour le
Développement (PNUD) dernier pays du monde en matière
de développement humain, le Niger s'était vu
privé de toute aide internationale depuis le coup d'Etat de
janvier dernier.
Mais les bailleurs ont du s'accommoder du
"général-président" faute de laisser le pays
s'engluer quasiment dans la famine. La signature d'un accord avec le
Fonds Monétaire International, suivi d'une aide
française de 13 milliards de FCFA, sont autant d'assistances
dont Ibrahim Baré Maïnassara espérait bien
récolter les dividendes électoraux.
Le dynamisme du général-président en aura aussi
séduit plus d'un. Il faut lui reconnaître une
rapidité de décision étonnante sur le continent
africain. Il a su redonner vie à certaines régions
déshéritées du pays. Ainsi, le 21 juin, il
recevait en audience, Jean Christian Pinot, le directeur des affaires
internationales de la compagnie aérienne française de
charters, Nouvelles Frontières. trois jours plus tard, le 24
juin, on pouvait voir une pleine page de publicité dans le
journal gouvernemental Le Sahel, annonçant l'ouverture
de vols Niamey-Paris-Niamey à des prix promotionnels.
Mais le bouillonnant président fait aussi quelque bourdes, y
compris avec les bailleurs de fonds. Une rencontre entre des
représentants de ses quatre adversaires et les ambassadeurs
accrédités à Niamey, rencontre vivement
critiquée par le gouvernement, a semé le trouble chez
les diplomates. Le "collectif des bailleurs de fonds du Niger" a
même dû publier un communiqué de presse pour se
justifier et remettre le gouvernement à sa place.
Enfin, pressé d'endosser des habits civils, Ibrahim
Baré Maïnassara n'a pas autorisé les
Nigériens résidants à l'étranger à
voter. Un "manque" important puisque selon les chiffres
avancés lors de la conférence nationale, on compterait
10 millions de Nigériens à l'étranger, pour
à peine neuf millions à l'intérieur du pays.
Cette décision qui prive ces Nigériens de
l'extérieur d'un droit qu'ils avaient pourtant exercé
lors des précédents scrutins, témoigne de la
volonté de la junte de conduire les élections à
marche forcée.
Le gouvernement a par ailleurs procédé à une
soigneuse révision des listes électorales, et seuls
quelque 3,8 millions d'électeurs ont été
appelés aux urnes le 7 juillet, contre 4,4 millions lors du
dernier référendum constitutionnel le 12 mai. "Les
anciennes listes étaient gonflées" ont annoncé
les responsables de la CENI, sans autre explicationț