N° 243
du 18/01/2002

Nigéria


Safiya Husaini
Condamnée à mort par lapidation

Safiya Husaini, une Nigériane de 35 ans condamnée à être lapidée à mort "pour adultère" par un tribunal islamique de Sokoto (nord), est en passe de devenir contre son gré la Nigériane la plus médiatisée de ce début d'année.
Son procès en appel a été ajourné au 18 mars, la jeune femme étant revenue sur ses premières déclarations selon lesquelles elle avait été violée. L'avocat de la jeune femme, Abdulkadir Imam, a argué que le père d'Adama, l'enfant de Safiya Husaini, était son dernier mari dont elle a divorcé il y a deux ans. Il a assuré que le père n'était pas l'homme que sa cliente avait précédemment nommé en l'accusant de l'avoir violée.
Safiya Husaini avait été condamnée à mort en octobre par le tribunal islamique de Sokoto, qui, constatant qu'elle avait donné naissance à une petite fille en février 2001 alors qu'elle était divorcée, l'avait déclarée coupable d'adultère.
En vertu de la charia, l'accusée a le droit de retirer toutes les déclarations faites précédemment à la cour sous la contrainte.
Toujours selon la charia, elle ne peut pas être jugée coupable d'adultère si elle accouche d'un enfant dont le père est son ex-mari, dans un délai pouvant aller jusqu'à sept ans après la dissolution du mariage.
Selon la charia, réintroduite en 2000 dans une douzaine d'Etats du nord du Nigeria, à majorité musulmane, une femme mariée une première fois, même si elle a ensuite divorcé, commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée. La grossesse est la seule preuve requise. Ces arguments avaient été retenus par le tribunal islamique en première instance.
A Sokoto, nombreux sont ceux qui ont approuvé le verdict du mois d'octobre, les autorités locales ayant tendance à aller dans le même sens afin de montrer leur engagement à faire appliquer le système islamique.
 
Cette affaire a provoqué un émoi important dans le monde. Mercredi, des centaines de personnes ayant manifesté devant l'ambassade du Nigeria à Rome.
Les 77 députés européens membres de l'Assemblée parlementaire UE-ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) ont demandé sa grâce dans une lettre adressée au président du Nigeria Olusegun Obasanjo.
"Nous souhaitons une décision de clémence des autorités nigérianes dans cette affaire, qui heurte particulièrement la conscience internationale", a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) s'est insurgé contre cette condamnation à mort et a appelé "tous ceux et celles pour qui le mot humanité a encore un sens à agir d'urgence".
La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme s'est aussi déclarée "particulièrement préoccupée" par le sort de Mme Husaini et a fait appel aux autorités nigérianes "pour le respect des droits humains".
Des militants du Parti communiste français se sont rassemblés devant l'ambassade du Nigeria à Paris pour protester contre cette condamnation à mort.
En Afrique, le président sénégalais, Abdoulaye Wade s'est engagé à intercéder au près de son homologue nigérian pour obtenir la clémence du tribunal.


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