N° 263
du 29/01/2003

Nigéria


La rédactrice de l’article sur Miss Monde et Mahomet
craint pour sa vie

La journaliste nigériane, dont l’article sur le prophète Mahomet et Miss Monde avait déclenché des émeutes mortelles au Nigeria, craint de devoir rester cachée tout le reste de sa vie. Le gouvernement de l’Etat de Zamfara (nord) a lancé fin novembre dernier une fatwa (édit religieux) appelant au meurtre de la jeune journaliste, à la suite de cet article publié par le quotidien This Day le 16 de ce même mois.
La jeune journaliste, Isioma Daniel, 21 ans, a affirmé dans un entretien diffusé par la BBC qu’elle se cachait maintenant dans un pays inconnu, sans garde du corps.
“C’est très difficile, car je ne suis pas avec ma famille, je n’ai pas d’amis, et je suis dans un endroit où je n’étais jamais allée auparavant”, a-t-elle déclaré.
Isioma Daniel essaie désormais d’organiser sa vie loin du Nigeria.
“Je dois faire des projets pour l’avenir. J’ai seulement 21 ans”, a-t-elle dit. “J’espère que je serai capable d’écrire un livre... J’ai devant moi une longue route qui m’attend”, a-t-elle ajouté.
Elle a affirmé par ailleurs que son sentiment de culpabilité face à l’explosion de violence provoquée par son article s’était rapidement transformé en colère contre les fanatiques qui utilisaient un article de presse pour excuser le meurtre.
Le concours Miss Monde 2002 avait été programmé le 7 décembre à Abuja, la capitale nigériane, mais il avait été transféré en Grande-Bretagne après de violentes émeutes survenues dans la ville de Kaduna, au nord du pays qui avaient fait près de 220 morts.
La journaliste avait mis le feu aux poudres en critiquant les détracteurs du concours Miss Monde et en écrivant que le prophète Mahomet ne se serait pas plaint du concours et aurait même choisi l’une des candidates pour se marier.
“D’abord, je me suis sentie très coupable, mais ensuite j’ai pensé: c’est ridicule”, a-t-elle dit. “Il n’y a pas de raison que quelqu’un écrive quelque chose et que vous pensiez immédiatement que cela vous donne le droit de sortir et de tuer des gens innocents”.
Les émeutiers ont utilisé cet article “comme une excuse pour décharger leur colère, leur frustation vis-à-vis des autres aspects de leur vie. Et malheureusment, je leur ai donné une excuse. Ce n’était pas une réaction normale”, a-t-elle encore indiqué.


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