N° 177
du 12/11/1998

Nigeria


Le général Olusegun Obasanjo
Un militaire pas tout à fait comme les autresþ

Ancien chef de l'Etat nigérian, le général Olusegun Obasanjo, 61 ans, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle de 1999 sous l'étiquette du Parti démocratique du peuple (PDP), est connu comme "le sage" d'Otta, une vaste ferme au nord de Lagos où il s'était retiré, en 1979, en quittant l'uniforme et les affaires publiques.
Soldat, homme d'Etat et écrivain devenu paysan, le général Obasanjo,il fut en 1979 le premier dirigeant militaire en Afrique à transmettre volontairement, à l'issue d'élections libres et démocratiques, les rênes du pouvoir à un président élu, le président Shehu Shagari.
Numéro deux de l'administration militaire, il succèda à la tête de l'Etat au général Murtala Mohammed, assassiné lors du coup d'Etat manqué du 13 février 1976.
Né en mars 1935 à Abeokuta, capitale de l'Etat d'Ogun (sud-ouest), au c¦ur du pays Yorouba, l'une des trois grandes ethnies qui, avec les Haoussa-Fulani du nord et les Ibos, de l'est, composent le Nigeria, il mène une carrière militaire prestigieuse. Il est le commandant-adjoint d'une division d'élite de commandos de marine, durant la sanglante guerre civile du Biafra (1967/1970),
C'est lui qui obtiendra, en janvier 1970, la reddition des forces sécessionnistes du pays Ibo, commandées par le général Emeka Ojukwu.
En 1974, il suit en Angleterre, les cours de l'Académie Royale de Défense.
De 1975 à 1976, il occupe le poste de chef de l'état-major général. Il est, à ce titre le numéro deux de l'administration du general Murtala Mohammed, arrivé au pouvoir le 29 juillet 1975, après avoir renversé par un coup d'Etat, sans effusion de sang, le général Yakubu Gowon.
En 1979, après avoir quitté le pouvoir, il se retire dans sa ferme d'Otta où il se forgera une image de soldat-paysan. Il y développe un élevage moderne de volailles, tout en restant fort actif sur la scène internationale et dans la vie politique et sociale de son pays où il fait figure de sage.
A la suite de l'annulation de l'élection présidentielle du 12 juin 1993, par l'ancienne administration militaire du général Ibrahim Babangida, la ferme d'Otta deviendra pour beaucoup d'hommes politiques et de chefs de l'armée un véritable lieu de pélerinage.
Le général Obasanjo ne ménagera pas ses critiques virulentes envers les militaires qui s'accrochent au pouvoir en dépit, selon lui, de la volonté du peuple. Il se fera l'avocat, notamment durant la crise de l'été 1993, des forces ¦uvrant au retour d'un pouvoir civil au Nigeria.
Il a rempli de multiples missions au sein d'organismes internationaux tels que l'ONU, l'UNESCO, l'Organisation Mondiale de la Santé et le Commonwealth et au cours de nombreuses missions de médiation dans des pays africains en conflit, notamment au Zimbabwe, en Namibie, au Soudan, en Angola et en Afrique du Sud.
Condamné à 15 ans de prison en 1995 pour son implication présumée dans le coup d'Etat avorté du mois de mars de la même année contre le régime du général Sani Abacha, il avait été libéré en juin 1998.
A l'époque de sa condamnation, le général Obasanjo était le président du Forum des dirigeants africains (Africa leadership forum), créé en 1988, et dont l'objectif est d'¦uvrer à l'amélioration de la qualité et de la performance des dirigeants en Afrique.

Quelques zones d'ombre

Quoique respecté pour sa transition civile réussie, le général Obasanjo a aussi ses détracteurs, qui mettent notamment en cause son passif en matière de droits de l'Homme lors de son mandat de 1976 à 1979, et qui l'accuse d'avoir influencer le résultat de l'élection de 1979 en faveur de Shagari.
Cette fraude a été perçue comme une trahison par les Yoroubas, l'ethnie dominante du sud-ouest du pays dont il fait partie, et ils ne lui ont jamais pardonné.
En annonçant sa candidature à l'élection présidentielle, Obasanjo a déclaré qu'il s'agissait là d'une "idée fallacieuse". "Je pense sincèrement qu'aucune région ne peut faire quoi que ce soit sans le soutien du reste du pays", a-t-il ajouté.Il a dû également admettre qu'il comptait parmi ses supporters des personnes qui avait soutenu son geôlier, le général Sani Abacha. "Il faut être réaliste au Nigeria. L'utopie n'est pas de ce monde", s'est-il justifié.
Quant au programme politique du PDP, il reste vague et Obasanjo n'a donné que peu indications sur ses intentions, soulignant seulement son engagement pour la démocratie, les droits de l'Homme, les droits des femmes et la décentralisation. Ses appels politiques n'ont pour l'instant guère ému ses détracteurs dans le sud du Nigeria.


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