|
Ancien chef de l'Etat
nigérian, le général Olusegun Obasanjo,
61 ans, qui a annoncé sa candidature à la
présidentielle de 1999 sous l'étiquette du
Parti démocratique du peuple (PDP), est connu
comme "le sage" d'Otta, une vaste ferme au nord de Lagos
où il s'était retiré, en 1979, en
quittant l'uniforme et les affaires publiques.
Soldat, homme d'Etat et écrivain devenu paysan, le
général Obasanjo,il fut en 1979 le premier
dirigeant militaire en Afrique à transmettre
volontairement, à l'issue d'élections libres
et démocratiques, les rênes du pouvoir à
un président élu, le président Shehu
Shagari.
Numéro deux de l'administration militaire, il
succèda à la tête de l'Etat au
général Murtala Mohammed,
assassiné lors du coup d'Etat manqué du 13
février 1976.
Né en mars 1935 à Abeokuta, capitale de l'Etat
d'Ogun (sud-ouest), au c¦ur du pays Yorouba, l'une des trois
grandes ethnies qui, avec les Haoussa-Fulani du nord et les
Ibos, de l'est, composent le Nigeria, il mène une
carrière militaire prestigieuse. Il est le
commandant-adjoint d'une division d'élite de
commandos de marine, durant la sanglante guerre civile du
Biafra (1967/1970),
C'est lui qui obtiendra, en janvier 1970, la reddition des
forces sécessionnistes du pays Ibo, commandées
par le général Emeka Ojukwu.
En 1974, il suit en Angleterre, les cours de
l'Académie Royale de Défense.
De 1975 à 1976, il occupe le poste de chef de
l'état-major général. Il est, à
ce titre le numéro deux de l'administration du
general Murtala Mohammed, arrivé au pouvoir le
29 juillet 1975, après avoir renversé par un
coup d'Etat, sans effusion de sang, le
général Yakubu Gowon.
En 1979, après avoir quitté le pouvoir, il se
retire dans sa ferme d'Otta où il se forgera une
image de soldat-paysan. Il y développe un
élevage moderne de volailles, tout en restant fort
actif sur la scène internationale et dans la vie
politique et sociale de son pays où il fait figure de
sage.
A la suite de l'annulation de l'élection
présidentielle du 12 juin 1993, par l'ancienne
administration militaire du général Ibrahim
Babangida, la ferme d'Otta deviendra pour beaucoup
d'hommes politiques et de chefs de l'armée un
véritable lieu de pélerinage.
Le général Obasanjo ne ménagera pas ses
critiques virulentes envers les militaires qui s'accrochent
au pouvoir en dépit, selon lui, de la volonté
du peuple. Il se fera l'avocat, notamment durant la crise de
l'été 1993, des forces ¦uvrant au retour d'un
pouvoir civil au Nigeria.
Il a rempli de multiples missions au sein d'organismes
internationaux tels que l'ONU, l'UNESCO, l'Organisation
Mondiale de la Santé et le Commonwealth et au cours
de nombreuses missions de médiation dans des pays
africains en conflit, notamment au Zimbabwe, en Namibie, au
Soudan, en Angola et en Afrique du Sud.
Condamné à 15 ans de prison en 1995 pour son
implication présumée dans le coup d'Etat
avorté du mois de mars de la même année
contre le régime du général Sani
Abacha, il avait été libéré
en juin 1998.
A l'époque de sa condamnation, le
général Obasanjo était le
président du Forum des dirigeants africains
(Africa leadership forum), créé en 1988,
et dont l'objectif est d'¦uvrer à
l'amélioration de la qualité et de la
performance des dirigeants en Afrique.
Quelques zones d'ombre
Quoique respecté pour sa transition civile
réussie, le général Obasanjo a aussi
ses détracteurs, qui mettent notamment en cause son
passif en matière de droits de l'Homme lors de son
mandat de 1976 à 1979, et qui l'accuse d'avoir
influencer le résultat de l'élection de 1979
en faveur de Shagari.
Cette fraude a été perçue comme une
trahison par les Yoroubas, l'ethnie dominante du sud-ouest
du pays dont il fait partie, et ils ne lui ont jamais
pardonné.
En annonçant sa candidature à
l'élection présidentielle, Obasanjo a
déclaré qu'il s'agissait là d'une
"idée fallacieuse". "Je pense sincèrement
qu'aucune région ne peut faire quoi que ce soit sans
le soutien du reste du pays", a-t-il ajouté.Il a
dû également admettre qu'il comptait parmi ses
supporters des personnes qui avait soutenu son
geôlier, le général Sani Abacha. "Il
faut être réaliste au Nigeria. L'utopie n'est
pas de ce monde", s'est-il justifié.
Quant au programme politique du PDP, il reste vague et
Obasanjo n'a donné que peu indications sur ses
intentions, soulignant seulement son engagement pour la
démocratie, les droits de l'Homme, les droits des
femmes et la décentralisation. Ses appels politiques
n'ont pour l'instant guère ému ses
détracteurs dans le sud du Nigeria.
|