Il est le seul à avoir affronté Léopold Sédar Senghor dans une élection présidentielle en þ 1978 (! ) au cours de laquelle il a obtenu 17,32% des voix. En 1983, il en obtient 14,73% derrière Abdou Diouf avec qui c'est la première confrontation dans un scrutin présidentiel. En 1988, il progresse à 25% contre le même Diouf. Le Conseil constitutionnel le crédite de 32,5% en 1993. Après deux passages au gouvernement, Wade voit son parti reculer aux législatives de 1998, avec l'apparition d'un nouveau pôle d'opposition autour d'anciens ténors du parti socialiste (Djibo Ka à l'époque, puis Moustapha Niasse aujourd'hui). Cela ne l'empêche pas d'être à 74 ans, le principal adversaire de Diouf. Mais qu'on le loue ou qu'on le brocarde, personne ne remet en question son charisme, même ses adversaires. Quand son crâne chauve pointe à l'horizon dans les meetings, les jeunes entrent en transe. Son slogan "Sopi" qui signifie "le changement en langue wolof, fait toujours un tabac.
Paradoxe de l'homme, Wade qui se dit "libéral", dont les amis politiques étrangers font partie de la droite capitaliste, peu friands de justice sociale, recrute avant tout son électorat dans le "petit peuple", comme le note avec justesse Amath Dansokho, un des hommes de gauche qui soutiennent Wade aujourd'hui. "Ses sympathisants, son électorat, ce sont les gens pour qui nous nous battons", explique-t-il pour justifier son étrange "main dans la main", avec Wade, le libéral.
Le candidat de la Coalition "Alternance 2000" est né le 29 mai 1926, dans un petit village de Kébémer, entre Dakar, la capitale et Saint-Louis. Il accomplit une partie de ses études dans cette région, avant de rejoindre Dakar. Après un passage à l'école William Ponty, il deviendra instituteur, mais pour un an seulement. Il passe le bac, comme candidat libre, avant de se rendre à Paris pour poursuivre ses études, en Mathématiques. Après quelques années à Paris, il se découvre une passion pour Besançon, ville de la province française où il rencontre Viviane celle qui deviendra son épouse. Parallèlement à ses études, Me Wade s'éprend de la politique. Il a été le secrétaire général des étudiants du Rassemblement démocratique africain (Rda), avant de militer au Mouvement africain de libération nationale créé par un Voltaïque de l'époque et Burkinabé d'aujourd'hui, le Pr Joseph Ki Zerbo.
De retour au Sénégal, Me Wade sera tour à tour doyen de la Faculté des Sciences juridiques de l'Université de Dakar, expert international, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) créé en 1974 et patron de presse avec trois périodiques Le démocrate, Takussan et Sopi.
Soutenu par une coalition d'une dizaine de Partis politiques, dont trois étiquetés à gauche (*), il se présente pour la cinquième fois consécutive à l'élection présidentielle du 27 février 2000. Wade et ses alliés se sont donné un délai d'un an, pour entreprendre "les réformes nécessaires", dans le cadre d'un programme économique et social de transition.
Un référendum, prévu en novembre 2000, pour l'adoption d'une nouvelle Constitution, figure parmi les priorités du candidat, ainsi que la dissolution des institutions comme l'Assemblée nationale, le Sénat et l'organisation de nouvelles élections législatives, pour se conformer à la majorité issue de l'élection présidentielle. La Coalition "Alternance 2000" a fait le pari de passer d'un régime fortement "présidentiel" à un régime "parlementaire". Dans l'esprit de la Coalition 2000, instaurer un "régime parlementaire", c'est surtout redonner l'initiative des lois aux députés. Ils notent qu'à l'heure actuelle, toutes les lois sont initiées par la présidence. Ces partis s'interrogent aussi de quoi est "responsable" le Premier ministre, puisque c'est le président qui définit la politique gouvernementale. Ils souhaitent enfin que le gouvernement puisse procéder aux nominations civiles et militaires, qui restent aussi de l'initiative du président à l'heure actuelle.
Wade a par ailleurs déclaré qu'il était favorable à une amnistie générale à propos d'éventuels "crimes économiques ou détournements de fonds". "On efface tout mais après on frappe fort", a-t-il déclaré lors du Forum civil, où chaque candidat était interpellé sur son programme. A cette même occasion, il a déclaré qu'il rétablirait rapidement les relations diplomatique avec la Chine communiste.
Mais l'homme reste avant tout imprévisible. Son passé politique est marqué (entaché ?) par ses nombreuses aller et venue, entre l'opposition et le gouvernement, où il fut même un temps ministre d'Etat, sans portefeuille.
L'homme ne supporterait pas non plus la moindre contradiction, ce qui a fait peut-être que lui aussi, comme Diouf, a perdu en cours de route quelques uns de ses lieutenants, Serigne Diop, Jean Paul Dias et Ousmane Ngom, qui soutiennent la candidature de leur adversaire d'hier.
A l'inverse, Wade a été capable d'attirer à lui des gens comme Mustapha Fall, ancien cofondateur de l'AFP de Moustapha Niasse, et qui a rejoint la Coalition Alternance 2000. Mustapha Fall, originaire de la région de M'Backé-Touba, et qui un descendant du fondateur de la confrérie des Mourides, pourrait influencer le vote en faveur de Wade dans cette région. Question confrérie encore, Wade rappelle à qui veut l'entendre que son père était un des tailleurs du fondateur des Mourides, une fonction assez privilégiée, estime-t-on au Sénégal.
Il revendique par ailleurs aussi une "origine" casamançaise, de par sa grand mère maternelle, originaire du village de Woudoucar, dans le département de Sedhiou, propos qui font sourire, lorsqu'il laisse entendre que par ce fait, il est à même de résoudre la crise casamançaise.
Après ce scrutin, franchira-t-il à nouveau le Rubicon qui le sépare de Diouf, s'il est à nouveau battu ? L'intéressé assure qu'on ne l'y reprendra plus, tout en ne reniant pas du tout ses précédentes participations gouvernementales. Serait-il tenté de le faire, qu'il signerait sans doute définitivement la fin de sa carrière politique. A 73 ans, il joue, lui aussi, son dernier coup de dé. Ce qui explique peut-être que sa détermination à vaincre est un beaucoup plus forte que par le passé.
(*) La Coalition "Alternance 2000" regroupe, outre le Parti démocratique sénégalais (PDS) de Wade, le Parti de l'Indépendance et du Travail (PIT, d'Amath Dansokho), la Ligue démocratique/ Mouvement du parti du travail (LD/MPT d'Abdoulaye Bathily), l'Action pour le développement national (ADN, de Moustapha Diop), le Mouvement socialiste unifié, (MSU, de Mamadou Dia), And-Jef/Mouvement révolutionnaire pour la démocratie nouvelle (AND-JEF/MRDN de Landing Savane), l'UDF/Mbolomi de Mame Ongue Ndiyae (un parti centriste), l'UPS et le RPJS de Eli Madjodjo Fall, un professeur d'université, lui aussi, descendant du khalife général des Mourides. Les partis de gauche de cette coalition sont le PIT, la Ligue démocratique, AND-JEF et le MSU.
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