Djibo Leyti Kâ est un autre produit de la fabrique socialiste qui a remplacé Niasse au cabinet de Senghor en 1977, à l'âge de 29 ans. Son parcours de haut fonctionnaire après la Faculté de droit et de sciences économiques de l'Université de Dakar, l'Ecole nationale d'administration et de magistrature, entièrement voué à l'Etat, est une suite logique de son appartenance au Parti socialiste (Ps) : vice gouverneur de la région du fleuve (Saint-Louis), directeur-adjoint, puis directeur du cabinet de Léopold Sédar Senghor, ministre de l'Information, du Plan et de la coopération, de l'Education nationale, des Affaires étrangères, et enfin de l'Intérieur.
Aux côtés de Senghor , c'est un "touche à tout" : politique, sécurité, diplomatie. Il a accompagné le président dans presque tous ses déplacements à l'étranger. Ils se voient plusieurs fois par jour. Djibo est à la base de la promotion de plusieurs jeunes cadres dont ... Ousmane Tanor Dieng (l'actuel premier secrétaire du Parti socialiste), nommé conseiller diplomatique.
Djibo Kâ quittera le cabinet du président après le départ de Senghor. En dépit de son âge, il a été de tous les combats du Parti socialiste qui passe de la vie d'un parti unique obligé de se transformer, à celle d'une formation dans un contexte de multipartisme, de la rénovation du Ps au management du Club Nation et développement, une structure appendice du Ps créée en 1969. Mais ses problèmes avec les socialistes s'accentuent en 1993 lorsqu'il réclame ouvertement l'élection au suffrage universel direct de tous les responsables du parti.
Sa rupture avec le PS se fera en deux temps. Il tentera tout d'abord d'imposer l'existence d'un courant politique au sien du parti, le " courant du Renouveau". Cette initiative, rejetée catégoriquement par Ousmane Tanor Dieng, puis par le président Abdou Diouf, l'amène à créer sa propre formation politique en avril 1998, pour pouvoir présenter une liste indépendante aux législatives du 24 mai de cette même année. Il crée donc, avec trois formations politiques. une coalition dénommée l'Union pour le renouveau démocratique (URD), qui comprend, outre le Renouveau, le Mouvement de la gauche démocratique (dissident du Parti de l'indépendance et du travail) et deux petits partis (l'Union pour le socialiste et l'Alliance pour le progrès et la justice).
L'URD a été la grande révélation de ces législatives de 1998 en remportant 12 sièges à l'Assemblée nationale, et ce succès a sans doute convaincu Moustapha Niasse de s'engager dans la brèche ainsi ouverte.
Ce peul "ardo" (noble) qui est né le 21 février 1948
à Linguère dans la région administrative de
Louga, au nord du Sénégal est père de cinq
enfants. Il n'en est pas moins le plus jeune des quatre ténors
de cette élection, ce qui lui laisse encore d'autres occasions
électorales
Bon tribun, il ne manque pas de liberté de ton , mais aussi
d'impatience. Il constitue une menace certaine pour le Ps, notamment
dans le Fouta sa région naturelle. A contrario, ses
adversaires lui reprochent d'avoir introduit un mélange des
genres dangereux, en s'appuyant sur un vote "ethnique", ce que
l'intéressé rejette, bien évidemment.