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Moustapha
Niasse |
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Ce natif de la petite bourgade de Keur Madiabel (au centre sud du
pays dans la région de Kaolack) où il est né le
4 novembre 1939, qui se veut le candidat de l'espoir, est un pur
produit du système Ps (Parti socialiste) qu'il combat
aujourd'hui mais dont il a été membre jusqu'en juin
1999. Ses quarante années d'appartenance à la famille
socialiste, en commençant par l'ancêtre du PS actuel, le
Bloc démocratique sénégalais (Bds), en passant
par l'Union progressiste sénégalais (Ups), et ses onze
années passées à la tête de la diplomatie
sénégalaise lui ont donné l'occasion de nouer
des relations avec des personnalités de pays aussi
différents que le Nigeria, la Maroc, le Gabon, les monarchies
du Golfe.
Au moment de la formation de l'actuel gouvernement, après
les législatives de mai 1998, il avait demandé
lui-même à ne pas être reconduit à son
poste de ministre des Affaires étrangères. Quelques
mois plus tard, en juin 1999, il publie un violent
réquisitoire contre la politique économique, sociale et
culturelle du président Abdou Diouf et du Parti socialiste. Il
est immédiatement exclu du PS, alors qu'il dirigeait encore
une coordination départementale du PS à Nioro.
Dans ce réquisitoire intitulé "J'ai choisi
l'espoir", il écrivait : "Changer le
Sénégal est un impératif absolu", et
dénonçait le "clientélisme archaïque et
étriqué", les "privilégiés qui,
à l'ombre de l'Etat et du pouvoir politique, se livrent
à des pratiques malsaines d'enrichissement illicite au
détriment de la communauté nationale", et, plus dur
encore, "la mainmise de groupes d'intérêts mafieux
sur le pays".
Quelques temps plus tard, devant les Sénégalais de
l'étranger, à Paris, il n'hésitait pas à
prendre des accents populistes : "Pendant que les bouches pleines
mentent, inventent et manipulent, les ventres creux meurent",
déclarait-il, s'apitoyant sur "les vieilles mamans qui vont
acheter des os au marché pour donner le goût de la
viande au riz".
Après son baccalauréat obtenu au Lycée Faidherbe de Saint-Louis, un passage à l'Université de Dakar où il est catalogué comme un "bûcheur", tant des livres de droit que du Coran, Moustapha Niasse s'envole pour Paris, à l'Institut d'études du développement économique et social (Iedes).
Protégé de l'ancien président Senghor qui en fait son directeur de cabinet dès 1970, il coordonne en même temps le Service national de sécurité. Il a successivement occupé le poste de ministre de l'Urbanisme, de l'Habitat et de l'Environnement de mars à septembre 1979 pour enchaîner la même année avec le portefeuille des Affaires étrangères. Éphémère Premier ministre (un mois à peine) et à titre intérimaire de Abdou Diouf après la démission de Senghor le 31 décembre 1980, il est maintenu aux Affaires étrangères jusqu'en 1984. Année au cours de laquelle, précisément le 19 septembre, n'appréciant pas les critiques d'un certain Djibo Kâ, ministre de l'Information, porte-parole du gouvernement et enfant terrible du parti, Niasse, alors secrétaire politique du Ps, lui envoie ses poings à la figure...devant le président du parti, Abdou Diouf en pleine réunion du bureau politique. Ses relations plus que fraîches avec le Premier Secrétaire du Ps, Ousmane Tanor Dieng, considéré aujourd'hui comme l'enfant chéri d'Abdou Diouf, sont à la base de son départ de ce parti.
Pendant sa longue traversée du désert (de 1984 à 1993), il s'investit dans des activités privées notamment, en ouvrant un cabinet d'expertise et de consultation (Cabinet-Conseil international S.A.) dont le siège est à Fann Résidence, quartier où il habite lui-même à Dakar. Ses domaines d'activité sont aujourd'hui très élargis : pétrole brut, assurances, consultation financière et commerciale, activités maritimes, transport aérien entre autres. Quant on lui parle de sa fortune, ce talibé (disciple) Niassène qui avait renoncé à sa voiture officielle de ministre de la République, répond modestement que Dieu lui a seulement donné de quoi vivre.
Dans cette course à la présidence, il
bénéficie du soutien de plusieurs partis de
l'opposition, dont le parti Jëf-Jël, du jeune Talla Sylla.
Il espère engranger une bonne partie de l'électorat de
son ancien parti et aussi bénéficier de l'estime de
l'opposition traditionnelle.
Parmi ses derniers soutiens, à noter celui du Rassemblement
national démocratique (Rnd ), parti créé par le
Professeur Cheikh Anta Diop, aujourd'hui dirigé par le
Professeur Madior Diouf. Le Secrétaire général
du Rnd était un farouche partisan d'un ticket Djibo-Niasse
mais n'a réussi à convaincre ni l'un ni l'autre du bien
fondé d'une telle alliance.
Par ailleurs, deux ex-ministres socialistes, Falilou Kane et Joseph
Mathiam, ainsi que deux anciens députés, responsables
politiques de Casamance, ont décidé de le rejoindre. Au
total, il a obtenu le soutien de six partis politiques de
l'opposition.
Ce père de famille de six enfants compte aussi vraisemblablement sur la sympathie de familles maraboutiques dont la sienne. Son patronyme "Niasse" le rattache à l'une des grandes familles religieuses du Sénégal, "les Niassènes". Bien qu'issu d'une famille de la confrérie Tidiane, il revendique aussi une certaine amitié avec le khalife général des Mourides à Touba.
Il est incontestable que son entrée en "indépendant"
sur la scène politique va perturber la hiérarchie
traditionnelle des partis. Niasse en jouant à fond sur son
côté rassurant et sage, a su séduire pas mal de
déçus du PS, qui hésitaient pour autant à
s'engager aux côtés de l'imprévisible Wade. Autre
facteur déterminant, l'âge. Niasse a l'avenir devant
lui, Wade est en fin de carrière. Les professeurs
d'université, une centaine, qui ont créé
l'Alliance nationale des universitaires pour le progrès, un
groupe de soutien à Niasse, estiment qu'il "est le seul
à pouvoir assurer une alternance crédible, dans la
stabilité". "Le plus important pour nous, confie l'un
d'entre eux, c'est de mener avec Niasse une réflexion sur le
devenir du Sénégal". En ce sens, si Niasse veut
bien sûr s'affirmer comme un leader incontournable à
l'occasion de ce scrutin présidentiel, certains de ses
militants pensent déjà aux futures
législatives.
Moustapha Niasse a obtenu 16,77 % des suffrages au premier tour de
l'élection présidnetielle 2000.