Le Parti socialiste en pleine crise interne, célèbre ses cinquante ans

 

Le Parti socialiste (PS), au pouvoir au Sénégal depuis l'indépendance, a fêté son cinquantenaire alors que des dissensions internes secouent et la base et le sommet du parti. Créé en octobre 1948 à Thiès, le parti était alors conduit par Léopold Sédar Senghor qui dirigea le pays de 1960 à 1980 avant de céder le pouvoir et le parti à Abdou Diouf, actuel président de la République et président du parti.
Ces dissension internes, combinées aux attaques de l'opposition dans la perspective des élections présidentielles de l'an 2000 (cf. Afrique Express N° 176 p. 6), menacent à terme de déstabiliser un parti socialiste dirigé depuis trois ans par son premier secrétaire, Ousmane Tanor Dieng. Entre 1983 et 1993 le parti est passé de 111 à 84 députés à l'Assemblée nationale qui en comptait 120 et en 1998, il a remporté 93 des 140 sièges de députés, mais son électorat a fortement baissé.
Placé sous le signe du souvenir des anciens du Parti, ce cinquantenaire que le PS avait voulu grandiose et fastueux, a été terni par de virulentes contestations au sein de sa direction.
Ainsi, Abdourahim Agne, pourtant porte-parole du PS et président du groupe parlementaire socialiste, a vivement critiqué la direction du parti, dénonçant les méthodes "trop rigides d'un centralisme démocratique hérité d'une autre période". Reprenant des critiques sur le refus de courants au sein du PS, qui avaient entraîné le départ de l'ancien ministre Djibo Ka, Abdourahim Agne a réclamé l'ouverture "d'espaces de débats" pour ces divers courants. Il a regretté que ces courants, qui existent à l'état "confidentiel et latent", ne puissent s'exprimer ouvertement.
Djibo Ka, l'un des anciens barons du PS, qui s'était vu refuser la création au sein du parti d'un courant rénovateur, s'était résolu à fonder l'Union pour le Renouveau démocratique (URD), devenu la seconde force de l'opposition après le PDS de Me Abdoulaye Wade.
Devant le Congrès du PS en mars dernier, le président Abdou Diouf avait rejeté la création de tels courants, donnant raison au principal rival de Djibo Ka, Ousmane Tanor Dieng.
Ce technocrate, qui occupe le poste-clé de ministre d'Etat à la Présidence de la République, est devenu au fil des ans le puissant, mais contesté, maître du sérail socialiste.
Tanor Dieng doit son ascension à sa fidélité au président Diouf, qui, face à la fronde des Rénovateurs, avait rendu un "vibrant hommage" à celui qui apparaît comme son "dauphin".

Ce congrès avait marqué la rupture définitive avec les Rénovateurs, qui viennent de proposer un programme alternatif de gouvernement, dans la perspective de l'élection présidentielle. Au lendemain des législatives de mai, Moustapha Niasse, ancien ministre des Affaires étrangères et autre ténor du PS, avait refusé d'être reconduit dans le gouvernement. Sans quitter le parti, M. Niasse, qui, comme Djibo Ka, fait partie "des militants de première heure", n'a pas manqué de critiquer les démarches du PS, notamment à l'occasion de la dernière réforme constitutionnelle qui supprime la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.
Des remous ont également gagné le bureau politique du PS, où sévirait, selon un journal dakarois, une "fronde des cagoulards", qui, sous couvert de l'anonymat, utilisent la presse pour critiquer le leadership du PS, tout en y sauvegardant leur position.

Signe des temps, le PS n'est même plus capable d'attirer au gouvernement les opposants comme ce fut le cas de nombreuses fois dans le passé. La classe politique sénégalaise, toutes tendances confondues, vient de rejeter les dernières propositions de Me Abdoulaye Wade, de constituer un gouvernement d'Union nationale de transition et de dissoudre l'Assemblée nationale. Les partis d'opposition ont tous rejeté cette proposition, qui signifierait le énième retour de Me Wade au gouvernement, alors que la priorité pour eux devrait être "le combat pour l'alternance." Même au PS des voix ses sont élevées contre cette forme de cohabitation, bien particulière au Sénégal.

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