N° 220
du 29/12/2000

Sénégal


Conflit casamançais (Historique)

Le Mouvement des Forces démocratiques de Casamance (MFDC), formation régionaliste, est né en 1947, mais l'actuelle rébellion en Casamance, qui a fait en 18 ans des centaines de morts, a commencé le 26 décembre 1982 par la répression d'une marche de manifestants qui réclamaient l'indépendance de cette région agricole et touristique du sud du Sénégal. Réputée turbulente pendant les années d'occupation et de colonisation par les Portugais puis les Français, la Casamance semblait s'être assagie avec l'indépendance, acquise par le Sénégal en 1960.
Mais éloignée de Dakar, enclavée entre la Gambie et la Guinée-Bissau, la région a continué de se considérer comme négligée et injustement traitée par le pouvoir central.
Le 26 décembre 1982, armés de coupe-coupe, des manifestants envahissent Ziguinchor, chef-lieu de la Casamance. Les forces de l'ordre interviennent vigoureusement, procédant à plusieurs dizaines d'arrestations. Un an plus tard, de nouveaux affrontements éclatent, les indépendantistes passent à la lutte armée. Parmi les personnes arrêtées en décembre 1982 figurait l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, secrétaire général du MFDC, traduit en justice pour atteinte à la sûreté de l'Etat et depuis plusieurs années en résidence surveillée à Ziguinchor.
Depuis 18 ans, la Casamance a été le théâtre de violents affrontements, entrecoupés de plusieurs cessez-le-feu entre la branche militaire du MFDC et l'armée sénégalaise, qui maintient en permanence plus de 4.000 hommes dans la région.
Les cessez-le-feu n'ont jamais tenu et le MFDC s'est scindé en plusieurs branches (aile intérieure et aile extérieure, front sud et front nord...), rendant les discussions encore plus difficiles.
Des milliers de Casamançais se sont réfugiés en Gambie, des milliers de mines ont été enfouies dans le sol, les razzias, braquages de véhicules, incursions armées depuis les bases arrières de la rébellion installées en Guinée-Bissau, se sont multipliées.
A tel point que la majorité des Casamançais semblent sincèrement lassés par ce conflit qui empêche tout développement de leur région.
L'abbé Diamacoune affirme qu'il veut la paix, mais ne démord pas non plus de sa revendication d'indépendance, qu'il estime historiquement justifiée.
Tout en ayant changé de méthode par rapport à son prédécesseur Abdou Diouf pour aborder les négociations, qu'il a voulu plus directes, l'actuel président sénégalais Abdoulaye Wade n'a pas varié sur le fond et ne voudra pas entendre parler d'indépendance. Un mot qui devra encore une fois être mis entre parenthèses pour que les discussions puissent s'ouvrir.
Enserrée au nord par la Gambie et au sud par la Guinée-Bissau, baignée à l'ouest par l'océan atlantique, la Casamance (29.000 km2, 800.000 habitants) a été longtemps considérée comme le grenier du Sénégal. Les plages du Cap Skirring en font aussi une destination touristique dont le développement est cependant entravé par le conflit.
La revendication indépendantiste est notamment née de l'attribution de terres aux populations du nord du Sénégal au détriment des autochtones, principalement de l'ethnie Diola (moins de 30% de la population).
Les Diolas constituent une société animiste, sans caste, dont les traditions ont été bousculées par l'installation des gens du nord, qui ont brûlé les forêts pour cultiver l'arachide au détriment du riz, monopolisé le petit commerce, investi les complexes touristiques et imposé l'islam et la langue ouolof.

La position ambiguë de la Guinée-Bissau

La Guinée-Bissau, pays frontalier de la Casamance, a toujours joué un rôle très ambigu dans ce conflit. Base arrière des rebelles, fournisseur d'armes ou médiateur, ce pays est aujourd'hui encore "impliqué" dans la crise, et a été "invité" aux négociations de Ziguinchor.
C'est à Cacheu en Guinée-Bissau, considéré comme "pays garant", que furent signés en 1991 les premiers accords de paix entre le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, séparatiste) et le gouvernement sénégalais.
Ce qui n'a pas empêché le MFDC, bénéficiant de complicités au plus haut niveau de l'armée de Guinée-Bissau, de continuer à utiliser ce pays comme sa base arrière.
Le discours officiel a radicalement changé depuis l'arrivée au pouvoir en janvier 2000 d'un président élu, Kumba Yala, qui affirme sans cesse que son pays ne "servira plus de base arrière" à la rébellion.
Mais l'arrestation de plus d'une centaine de combattants du MFDC parmi les partisans du général rebelle Ansumane Mané lors d'un conflit politico-militaire à Bissau fin novembre, illustre la difficulté à faire appliquer ce discours. De même que le ralliement d'autres factions du MFDC aux forces loyalistes ayant sauvé le régime du président Yala.
Plusieurs raisons expliquent cela.
Les liens de parenté ancestraux entre populations des deux côtés de la frontière ont été renforcées lors de la lutte de libération nationale des Bissau-Guinéens, la Casamance ayant servi à l'époque de base arrière aux combattants du Parti africain de l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (PAIGC).
S'appuyant sur ces liens "historiques" et profitant de la proximité géographique, le MFDC a souvent obtenu en retour l'appui "intéressé" de Bissau.
De nombreux séparatistes casamançais auraient également la nationalité bissau-guinéenne, accordée par le PAIGC qui voulait s'assurer leur vote à la présidentielle de 1994.
L'imbrication entre les deux mouvements va encore plus loin.
Ainsi, sur fond d'accusations mutuelles de trafics d'armes vers la Casamance, éclate en juin 1998 la première crise politico-militaire en Guinée-Bissau, opposant le président Joao Bernardo Vieira à son chef d'Etat major des armées, le général Mané, qu'il venait de limoger. Ce dernier, à la tête d'une junte militaire appuyée par les éléments du MFDC, finit par vaincre l'ex-président qui avait, de son côté, bénéficié du soutien des armées guinéenne (Conakry) et sénégalaise.
Le scénario semblait se répéter lors de la deuxième crise déclenchée par le même général Mané, qui finit par trouver la mort le 30 novembre dernier.
Cette issue a été perçue par certains responsables politiques sénégalais, dont le président Abdoulaye Wade, comme une chance pour la résolution du conflit.
Pour conforter cette nouvelle donne, le 14 décembre, à la veille des négociations de Ziguinchor, le président bissau-guinéen Kumba Yala a réaffirmé que son pays ne permettrait à personne "de se servir de son territoire pour déstabiliser un pays voisin". "Si quelqu'un veut faire la guerre, il n'a qu'à la faire dans son pays, mais pas chez nous et utiliser notre territoire comme base arrière", a ajouté le président Yala dans une interview au journal indépendant sénégalais Sud Quotidien.
Le chef de l'Etat a en outre indiqué qu'il avait donné des "instructions fermes pour que le dispositif de sécurité à la frontière soit renforcé et qu'on traque sans merci tout homme détenteur d'arme à feu sans autorisation de l'Etat".


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