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Le Mouvement des Forces
démocratiques de Casamance (MFDC), formation
régionaliste, est né en 1947, mais l'actuelle
rébellion en Casamance, qui a fait en 18 ans des
centaines de morts, a commencé le 26 décembre
1982 par la répression d'une marche de manifestants
qui réclamaient l'indépendance de cette
région agricole et touristique du sud du
Sénégal. Réputée turbulente
pendant les années d'occupation et de colonisation
par les Portugais puis les Français, la Casamance
semblait s'être assagie avec l'indépendance,
acquise par le Sénégal en 1960.
Mais éloignée de Dakar, enclavée
entre la Gambie et la Guinée-Bissau, la région
a continué de se considérer comme
négligée et injustement traitée par le
pouvoir central.
Le 26 décembre 1982, armés de coupe-coupe,
des manifestants envahissent Ziguinchor, chef-lieu de la
Casamance. Les forces de l'ordre interviennent
vigoureusement, procédant à plusieurs dizaines
d'arrestations. Un an plus tard, de nouveaux affrontements
éclatent, les indépendantistes passent
à la lutte armée. Parmi les personnes
arrêtées en décembre 1982 figurait
l'abbé Augustin Diamacoune Senghor,
secrétaire général du MFDC, traduit en
justice pour atteinte à la sûreté de
l'Etat et depuis plusieurs années en résidence
surveillée à Ziguinchor.
Depuis 18 ans, la Casamance a été le
théâtre de violents affrontements,
entrecoupés de plusieurs cessez-le-feu entre la
branche militaire du MFDC et l'armée
sénégalaise, qui maintient en permanence plus
de 4.000 hommes dans la région.
Les cessez-le-feu n'ont jamais tenu et le MFDC s'est
scindé en plusieurs branches (aile intérieure
et aile extérieure, front sud et front nord...),
rendant les discussions encore plus difficiles.
Des milliers de Casamançais se sont
réfugiés en Gambie, des milliers de mines ont
été enfouies dans le sol, les razzias,
braquages de véhicules, incursions armées
depuis les bases arrières de la rébellion
installées en Guinée-Bissau, se sont
multipliées.
A tel point que la majorité des
Casamançais semblent sincèrement lassés
par ce conflit qui empêche tout développement
de leur région.
L'abbé Diamacoune affirme qu'il veut la paix,
mais ne démord pas non plus de sa revendication
d'indépendance, qu'il estime historiquement
justifiée.
Tout en ayant changé de méthode par
rapport à son prédécesseur Abdou Diouf
pour aborder les négociations, qu'il a voulu plus
directes, l'actuel président sénégalais
Abdoulaye Wade n'a pas varié sur le fond et ne
voudra pas entendre parler d'indépendance. Un mot qui
devra encore une fois être mis entre
parenthèses pour que les discussions puissent
s'ouvrir.
Enserrée au nord par la Gambie et au sud par la
Guinée-Bissau, baignée à l'ouest par
l'océan atlantique, la Casamance (29.000 km2, 800.000
habitants) a été longtemps
considérée comme le grenier du
Sénégal. Les plages du Cap Skirring en font
aussi une destination touristique dont le
développement est cependant entravé par le
conflit.
La revendication indépendantiste est notamment
née de l'attribution de terres aux populations du
nord du Sénégal au détriment des
autochtones, principalement de l'ethnie Diola (moins de 30%
de la population).
Les Diolas constituent une société
animiste, sans caste, dont les traditions ont
été bousculées par l'installation des
gens du nord, qui ont brûlé les forêts
pour cultiver l'arachide au détriment du riz,
monopolisé le petit commerce, investi les complexes
touristiques et imposé l'islam et la langue ouolof.
La position ambiguë de la
Guinée-Bissau
La Guinée-Bissau, pays frontalier de la Casamance,
a toujours joué un rôle très ambigu dans
ce conflit. Base arrière des rebelles, fournisseur
d'armes ou médiateur, ce pays est aujourd'hui encore
"impliqué" dans la crise, et a été
"invité" aux négociations de Ziguinchor.
C'est à Cacheu en Guinée-Bissau,
considéré comme "pays garant", que furent
signés en 1991 les premiers accords de paix entre le
Mouvement des forces démocratiques de Casamance
(MFDC, séparatiste) et le gouvernement
sénégalais.
Ce qui n'a pas empêché le MFDC,
bénéficiant de complicités au plus haut
niveau de l'armée de Guinée-Bissau, de
continuer à utiliser ce pays comme sa base
arrière.
Le discours officiel a radicalement changé depuis
l'arrivée au pouvoir en janvier 2000 d'un
président élu, Kumba Yala, qui affirme
sans cesse que son pays ne "servira plus de base
arrière" à la rébellion.
Mais l'arrestation de plus d'une centaine de combattants
du MFDC parmi les partisans du général
rebelle Ansumane Mané lors d'un conflit
politico-militaire à Bissau fin novembre, illustre la
difficulté à faire appliquer ce discours. De
même que le ralliement d'autres factions du MFDC aux
forces loyalistes ayant sauvé le régime du
président Yala.
Plusieurs raisons expliquent cela.
Les liens de parenté ancestraux entre populations
des deux côtés de la frontière ont
été renforcées lors de la lutte de
libération nationale des Bissau-Guinéens, la
Casamance ayant servi à l'époque de base
arrière aux combattants du Parti africain de
l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap
Vert (PAIGC).
S'appuyant sur ces liens "historiques" et profitant de
la proximité géographique, le MFDC a souvent
obtenu en retour l'appui "intéressé" de
Bissau.
De nombreux séparatistes casamançais
auraient également la nationalité
bissau-guinéenne, accordée par le PAIGC qui
voulait s'assurer leur vote à la
présidentielle de 1994.
L'imbrication entre les deux mouvements va encore plus
loin.
Ainsi, sur fond d'accusations mutuelles de trafics
d'armes vers la Casamance, éclate en juin 1998 la
première crise politico-militaire en
Guinée-Bissau, opposant le président Joao
Bernardo Vieira à son chef d'Etat major des
armées, le général Mané,
qu'il venait de limoger. Ce dernier, à la tête
d'une junte militaire appuyée par les
éléments du MFDC, finit par vaincre
l'ex-président qui avait, de son côté,
bénéficié du soutien des armées
guinéenne (Conakry) et sénégalaise.
Le scénario semblait se répéter
lors de la deuxième crise déclenchée
par le même général Mané, qui
finit par trouver la mort le 30 novembre dernier.
Cette issue a été perçue par
certains responsables politiques sénégalais,
dont le président Abdoulaye Wade, comme une chance
pour la résolution du conflit.
Pour conforter cette nouvelle donne, le 14
décembre, à la veille des négociations
de Ziguinchor, le président bissau-guinéen
Kumba Yala a réaffirmé que son pays ne
permettrait à personne "de se servir de son
territoire pour déstabiliser un pays voisin". "Si
quelqu'un veut faire la guerre, il n'a qu'à la faire
dans son pays, mais pas chez nous et utiliser notre
territoire comme base arrière", a ajouté le
président Yala dans une interview au journal
indépendant sénégalais Sud Quotidien.
Le chef de l'Etat a en outre indiqué qu'il avait
donné des "instructions fermes pour que le dispositif
de sécurité à la frontière soit
renforcé et qu'on traque sans merci tout homme
détenteur d'arme à feu sans autorisation de
l'Etat".
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