N° 220
du 29/12/2000

Sénégal


Le gouvernement ouvre des négociations
avec les indépendantistes casamançais

Le gouvernement sénégalais et la rébellion indépendantiste de Casamance ont officialisé samedi 16 décembre la relance de leurs discussions, au cours d'une cérémonie courte et solennelle qui n'a pas été suivie de négociations et qui a eu lieu à l'évêché de Ziguinchor, "capitale régionale" de Casamance.
Les véritables pourparlers sont remis à des rencontres ultérieures. Le canon n'a pas tonné dans la brousse environnante, les protagonistes se sont assis à une même table et les désirs de paix ont été réaffirmés par tous, autant d'éléments qui attestent de la bonne volonté de part et d'autre, ont relevé les observateurs.
La délégation de la rébellion était conduite par l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). La délégation du MFDC était forte de 12 personnes, représentant les ailes politique et militaire du mouvement. Aucun combattant du "front sud", le plus radical, n'était présent, mais un élément de "l'aile extérieure", Alexandre Djiba, porte-parole du MFDC, était à Ziguinchor, alors qu'il disait quelques jours plus tôt qu'il ne viendrait pas.
Après le mot de bienvenue de l'évêque, Maixent Couly, les chefs des délégations gambienne et bissau-guinéenne, observateurs aux discussions, ont pris la parole, suivis de l'abbé Diamacoune.

Le "cessez-le-feu", encore tabou

Vêtu d'une chasuble blanche, la voix assurée, souhaitant à tous la bienvenue en Casamance, "terre d'harmonie et de paix", il a réaffirmé son désir d'une paix "qui ne soit pas bricolée, ni bâtie sur les sables mouvants de l'irréalisme et de l'arbitraire". Mais il n'a pas clairement appelé ses maquisards à cesser le feu et à déposer les armes, deux des 11 points annoncés comme figurant à l'ordre du jour de la rencontre.
Il a qualifié la réunion de "simple cérémonie protocolaire", destinée à marquer "la reprise officielle des pourparlers" avec les autorités de Dakar.
Après 18 ans de conflit armé, un nouveau processus de discussions enclenché l'année dernière avait été stoppé par la défaite aux élections de mars 2000 du président Abdou Diouf, battu par Abdoulaye Wade, lequel a également fait de ce dossier une priorité.
L'abbé a aussi affirmé que si Dakar retirait ses "forces d'intervention" de Casamance, la paix reviendrait. Et il a estimé que "dans la recherche de la paix, la Gambie et la Guinée-Bissau, garants et médiateurs, la France, colonisateur, l'ONU et l'OUA (Organisation de l'unité africaine), vu leur devoir d'arbitrage, restent incontournables". "Le Sénégal ne doit pas être à la fois juge et partie", a-t-il ajouté. Depuis qu'il a repris le dossier en main, le président Wade estime que le problème doit être réglé par les Sénégalais et que le conflit ne doit pas être "internationalisé". Dans un discours lu par son ministre de l'Intérieur Mamadou Niang, chef de la délégation de Dakar, le président Wade a qualifié la journée d'"historique" et appelé chacun à ¦uvrer pour "une solution pacifique, juste et durable".
Tout le monde s'est ensuite séparé, sans communiqué conjoint, sans déclaration commune.
Le MFDC avait jusqu'à présent refusé que des négociations aient lieu au Sénégal et, avant de participer à des pourparlers, affirmait vouloir réunir en Gambie son "bureau national", afin d'harmoniser les positions du mouvement, ce qui devrait se faire début janvier. Le gouvernement sénégalais, de son côté, veut que la rébellion casamançaise "se réorganise" pour participer ensuite "d'un seul bloc" aux futures négociations de paix.

Pour l'heure, le mouvement casamançais reste encore incontrôlé. Depuis la cérémonie du 16 décembre, plusieurs attaques ont eu lieu durant les fêtes de Noël, période traditionnellement sanglante en Casamance, faisant six morts, dont cinq civils. L'abbé Diamacoune a reconnu que des attaques avaient été commises par des maquisards du MFDC, mais estimé que d'autres pouvaient être le fait de "bandits se couvrant du manteau du MFDC".
Une dizaine de véhicules ont encore été braqués et leurs passagers dépouillés de leurs biens samedi 30 décembre, à 43 km au nord-ouest de Ziguinchor, sur la route Bignona-Diouloulou, par des hommes armés de réclamant du MFDC. L'attaque, qui n'a pas fait de victime, s'est déroulée dans une zone dépendant du "front nord" et considérée comme pacifiée depuis 1983, après la signature d'un accord de cessez-le-feu.


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