|
Le gouvernement
sénégalais et la rébellion
indépendantiste de Casamance ont officialisé
samedi 16 décembre la relance de leurs discussions,
au cours d'une cérémonie courte et solennelle
qui n'a pas été suivie de négociations
et qui a eu lieu à l'évêché de
Ziguinchor, "capitale régionale" de Casamance.
Les véritables pourparlers sont remis à des
rencontres ultérieures. Le canon n'a pas tonné
dans la brousse environnante, les protagonistes se sont
assis à une même table et les désirs de
paix ont été réaffirmés par
tous, autant d'éléments qui attestent de la
bonne volonté de part et d'autre, ont relevé
les observateurs.
La délégation de la rébellion
était conduite par l'abbé Augustin
Diamacoune Senghor, secrétaire
général du Mouvement des forces
démocratiques de Casamance (MFDC). La
délégation du MFDC était forte de 12
personnes, représentant les ailes politique et
militaire du mouvement. Aucun combattant du "front sud", le
plus radical, n'était présent, mais un
élément de "l'aile extérieure",
Alexandre Djiba, porte-parole du MFDC, était
à Ziguinchor, alors qu'il disait quelques jours plus
tôt qu'il ne viendrait pas.
Après le mot de bienvenue de l'évêque,
Maixent Couly, les chefs des
délégations gambienne et
bissau-guinéenne, observateurs aux discussions, ont
pris la parole, suivis de l'abbé Diamacoune.
Le "cessez-le-feu", encore tabou
Vêtu d'une chasuble blanche, la voix
assurée, souhaitant à tous la bienvenue en
Casamance, "terre d'harmonie et de paix", il a
réaffirmé son désir d'une paix "qui ne
soit pas bricolée, ni bâtie sur les sables
mouvants de l'irréalisme et de l'arbitraire". Mais il
n'a pas clairement appelé ses maquisards à
cesser le feu et à déposer les armes, deux des
11 points annoncés comme figurant à l'ordre du
jour de la rencontre.
Il a qualifié la réunion de "simple
cérémonie protocolaire", destinée
à marquer "la reprise officielle des pourparlers"
avec les autorités de Dakar.
Après 18 ans de conflit armé, un nouveau
processus de discussions enclenché l'année
dernière avait été stoppé par la
défaite aux élections de mars 2000 du
président Abdou Diouf, battu par Abdoulaye
Wade, lequel a également fait de ce dossier une
priorité.
L'abbé a aussi affirmé que si Dakar retirait
ses "forces d'intervention" de Casamance, la paix
reviendrait. Et il a estimé que "dans la recherche de
la paix, la Gambie et la Guinée-Bissau, garants et
médiateurs, la France, colonisateur, l'ONU et l'OUA
(Organisation de l'unité africaine), vu leur devoir
d'arbitrage, restent incontournables". "Le
Sénégal ne doit pas être à la
fois juge et partie", a-t-il ajouté. Depuis qu'il a
repris le dossier en main, le président Wade estime
que le problème doit être réglé
par les Sénégalais et que le conflit ne doit
pas être "internationalisé". Dans un discours
lu par son ministre de l'Intérieur Mamadou
Niang, chef de la délégation de Dakar, le
président Wade a qualifié la journée
d'"historique" et appelé chacun à ¦uvrer pour
"une solution pacifique, juste et durable".
Tout le monde s'est ensuite séparé, sans
communiqué conjoint, sans déclaration commune.
Le MFDC avait jusqu'à présent refusé
que des négociations aient lieu au
Sénégal et, avant de participer à des
pourparlers, affirmait vouloir réunir en Gambie son
"bureau national", afin d'harmoniser les positions du
mouvement, ce qui devrait se faire début janvier. Le
gouvernement sénégalais, de son
côté, veut que la rébellion
casamançaise "se réorganise" pour participer
ensuite "d'un seul bloc" aux futures négociations de
paix.
Pour l'heure, le mouvement casamançais reste
encore incontrôlé. Depuis la
cérémonie du 16 décembre, plusieurs
attaques ont eu lieu durant les fêtes de Noël,
période traditionnellement sanglante en Casamance,
faisant six morts, dont cinq civils. L'abbé
Diamacoune a reconnu que des attaques avaient
été commises par des maquisards du MFDC, mais
estimé que d'autres pouvaient être le fait de
"bandits se couvrant du manteau du MFDC".
Une dizaine de véhicules ont encore été
braqués et leurs passagers dépouillés
de leurs biens samedi 30 décembre, à 43 km au
nord-ouest de Ziguinchor, sur la route Bignona-Diouloulou,
par des hommes armés de réclamant du MFDC.
L'attaque, qui n'a pas fait de victime, s'est
déroulée dans une zone dépendant du
"front nord" et considérée comme
pacifiée depuis 1983, après la signature d'un
accord de cessez-le-feu.
|