N° 238
du 31/10/2001

Sénégal


Casamance
Un entretien avec Alexandre Djiba,
le porte-parole du Mouvement des forces démocratiques
de Casamance (MFDC, indépendantiste)

Dans l'entretien qu'il nous a accordé en Gambie où il réside, Alexandre Djiba rappelle que l'Abbé Diamacoune Senghor n'a plus de mandat pour discuter avec le gouvernement sénégalais, et estime que les négociations avec Dakar sont dans l'impasse.
Bien que le MFDC ait élu au poste de secrétaire général Jean-Marie François Biagui qui vit en France, le gouvernement sénégalais semble effectivement vouloir remettre en scelle l'Abbé Diamacoune Senghor qui n'est plus que "président d'honneur" du MFDC.
Dakar s'appuierait aussi sur le frère de l'abbé, Bertrand Diamacoune, qui lui aussi s'active beaucoup pour tenter de redonner du "poids" au chef historique des rebelles casamançais.
Pour Alexandre Djiba, au sein du MFDC, seule est habilitée à négocier, la "commission de négociations", élue lors de la tenue du Bureau national élargi du MFDC, les 5 et 6 août 2001. Alexandre Djiba déclare même qu'il lui revient "de piloter la relance" des négociations, puisqu'il préside en principe cette Commission.
Globalement, Alexandre Djiba estime que le président Wade tente de semer le désordre dans la branche politique du MFDC pour démontrer à terme "à la France et à l'Europe", précise-t-il, qu'elle n'existe plus, pour ensuite pouvoir "négocier" avec la seule branche militaire. "Négocier" ou "combattre", ajoute-t-il.
Enfin, quant à la localisation de futures négociations, Alexandre Djiba reste farouchement opposé à ce qu'elles se tiennent en territoire sénégalais. "Il est très important pour nous qu'elles se tiennent hors de la Casamance et même hors du Sénégal", nous a -t-il déclaré.

Interview

Afrique Express : Pourquoi et comment ont eu lieu les changements au sein de la direction du MFDC ?

Alexandre Djiba : Il faut remonter au congrès de 1999. L'objectif était de corriger les erreurs de façon à créer les conditions nécessaires à la relance des négociations avec le Gouvernement du Sénégal.
C'est par consensus que nous avons fait évoluer nos structures y compris pour la suppression du poste de Secrétaire général adjoint.

Qui - ou quelle structure - est habilité aujourd'hui dans le MFDC à négocier avec le gouvernement sénégalais ?
Une Commission de négociations a été élue à l'issue de la réunion du Bureau national élargi des 5 au 9 août 2001. Il me revient de piloter la relance.

Qu'y a-t-il de nouveau entre l'accord que le MFDC a signé avec le régime du président Abdou Diouf en décembre 1999 et celui signé le 16 décembre 2000 avec le gouvernement du président Abdoulaye Wade ?
Le 16 décembre 2000, il n'y a pas eu d'accord signé avec le Gouvernement d'Abdoulaye Wade. Il était question d'une simple cérémonie protocolaire à Ziguinchor voulue par Abdoulaye Wade pour marquer la volonté de son gouvernement de négocier avec le MFDC une sortie de crise. Aujourd'hui, vous devez considérer qu'il n'y a aucune avancée, sinon blocage.

A l'heure actuelle, le gouvernement sénégalais semble vouloir relancer des discussions avec l'abbé Diamacoune sur la base de l'accord de décembre 2000 et des onze points contenu dans cet accord. Qu'en pensez-vous ?
C'est sur la base des accords signés avec l'Abbé Diamacoune Senghor les 16 et 23 Mars 2001 à Ziguinchor, fondés sur le document de onze points du 25 novembre 2000, que Wade semblerait vouloir relancer les négociations.
Le problème est que l'Abbé Diamacoune Senghor a perdu tout mandat de négociations depuis la réunion du Bureau national des 6 et 7 décembre 1999.
En réalité, l'achoppement avec Wade repose plus qu'il ne veut l'avouer sur la question de la Gambie et de la Guinée Bissau comme pays garants.

Comment expliquez-vous la relative recrudescence des incidents qui sont attribués à des membres du MFDC en ce moment en Casamance ?
Il y a effectivement recrudescence des incidents en Casamance. C'est à mon sens la surenchère de la coalition Diamacoune Wade d'une part, la tentative de marginalisation de l'autorité du MFDC, d'autre part.
Merci


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