N° 242
du 02/01/2002

Sénégal


Révision du procès de Mamadou Dia 38 ans après

La première audience de la Cour de Cassation du Sénégal pour la révision du procès de l'ancien président du Conseil de gouvernement Mamadou Dia s'est tenue le 18 décembre, 38 ans après sa condamnation à perpétuité pour tentative de coup d'Etat sous le régime de Léopold Sédar Senghor.
L'audience a été suspendue peu après son ouverture, pour permettre aux avocats de Mamadou Dia de prendre connaissance du dossier. Le procès a été renvoyé au 15 janvier.
La réouverture du plus grand procès politique du Sénégal avait été demandée en avril 2000 par le président Abdoulaye Wade, alors tout juste élu, puis confirmée en novembre dernier.
Mamadou Dia, 90 ans, fut président du Conseil de gouvernement de 1960 à 1962 sous le régime parlementaire instauré au Sénégal après l'indépendance.
Avant son arrestation et sa condamnation pour coup d'Etat, il était l'ami du président Senghor, dont il était l'adjoint au sein de l'Union progressiste sénégalaise (parti dominant de l'époque, devenu Parti socialiste par la suite).
Homme intransigeant sur les principes, il s'est toujours défendu d'avoir voulu tenter un coup de force, rappelant qu'à l'époque le parti exerçait une primauté sur l'Etat. "On ne fait pas un coup d'Etat quand on détient le pouvoir", n'a-t-il cessé de répéter.
Au nom de ce principe, Mamadou Dia avait tenté de s'opposer à l'adoption d'une motion de censure contre son gouvernement par l'Assemblée nationale et fut arrêté en 1962, jugé en 1963 et condamné à perpétuité.
Il restera douze ans en prison à Kédougou, dans l'est du Sénégal, refusant de demander la grâce au président Senghor, qui l'a finalement fait libérer en 1974.
Mamadou Dia, dont les codétenus - quatre de ses ministres - sont aujourd'hui décédés, a affirmé qu'il se "passerait volontiers" de la révision du procès de 1963.
Mamadou Dia s'était déclaré attristé par la maladie de Senghor avec qui, disait-il, il ne peut y "avoir de rupture sur le plan sentimental", puisqu'ils avaient mené ensemble pendant 17 ans "les mêmes combats" et "partagé les mêmes angoisses".
Mais sous la pression de ses amis et avocats, Mamadou Dia a finalement accepté la tenue du procès en cassation qui devrait aboutir à sa réhabilitation, le procureur de la république et le principal témoin de l'époque l'ayant blanchi dans de récentes déclarations publiques.
Depuis sa libération, le président Dia, ancien enseignant devenu économiste, partisan d'un socialisme autogestionnaire, a été de tous les combats de l'opposition pour un changement de régime sous Senghor et ensuite sous le président Abdou Diouf.
Malgré son handicap visuel, Mamadou Dia, qui s'est retiré de la vie politique active tout en restant le patriarche d'une petite formation politique, a joué un grand rôle dans le regroupement de l'opposition qui a permis de mettre fin au régime socialiste du président Diouf au profit de Wade.
Juste retour des choses, Abdoulaye Wade, avec qui les relations se sont cependant distendues après son accession au pouvoir, était un des avocats défenseurs de Mamadou Dia lors de son procès en 1963.


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