N° 251
du 18/06/2002

Sénégal


Elections locales
Avertissement au pouvoir et remontée de l’opposition

Laminée aux législatives d’avril 2001, après l’alternance au sommet du pouvoir en mars 2000, la nouvelle opposition sénégalaise a partiellement remonté son handicap aux élections régionales, municipales et rurales du 12 mai, sans toutefois ébranler la toute-puissance de la coalition au pouvoir.
Selon les données partielles, la “Cap 21”, coalition de partis de la mouvance présidentielle, a gagné ces élections dans neuf des onze régions du pays, ainsi que dans les principales villes, mais elle les a perdues dans plusieurs métropoles rurales au profit de l’opposition, regroupée au sein du Cadre permanent de Concertation (CPC).
Au décompte final, il est certain que la Cap 21 remportera la plus grande partie des 441 communautés rurales, municipalités, communes et conseils régionaux en compétition.
Mais l’opposition aura réussi à marquer des points et à éviter la monopolisation totale des pouvoirs, de la base au sommet, par les partisans du régime du président (libéral) Abdoulaye Wade.
Ce résultat, l’opposition le doit d’abord à son regroupement pour présenter une liste commune de candidature. Le CPC réunit notamment, dans une structure non formelle, le Parti socialiste (ancienne formation au pouvoir) et ses deux dissidents: l’Union pour le renouveau démocratique (URD) de Djibo Ka et l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse (ancien Premier ministre du président Wade, qu’il avait soutenu au deuxième tour de la présidentielle de 2000 au détriment du socialiste Abdou Diouf).
Outre cette unité, les opposants ont largement bénéficié du vote du monde rural, qui semble avoir voulu sanctionner le gouvernement après deux campagnes arachidières.
La commercialisation de l’arachide, principale source de revenu des paysans sénégalais, a connu de nombreux ratés, qui n’ont pas permis aux agriculteurs d’écouler leur production à cause d’une mauvaise organisation, d’un manque de financement et d’une privatisation mal maîtrisée. Résultat: plus de la moitié du million de tonnes produit n’a pu être commercialisée.
L’opposition a exploité à fond cette situation, ainsi que tous les retards enregistrés par le nouveau régime dans la satisfaction de la “demande sociale” (lutte contre le chômage, contre la pauvreté et la corruption, éducation, santé...).

Elle a enfin profité de la dissidence de certains partisans de la Cap 21, mécontents de n’avoir pas été investis.
La perte par la Cap 21 de plusieurs départements ruraux et une baisse sensible de ses scores dans les centres urbains, où elle avait largement gagné il y a un an, sont perçues par la presse comme “un avertissement” au nouveau régime, voire “un désaveu” ou “une sanction” de ses actions depuis son installation au pouvoir.

Le Rassemblement des écologistes du Sénégal (RES, les “Verts”) a gagné une cinquantaine de sièges d’élus locaux lors du scrutin du 12 mai dernier, dans plusieurs localités et notamment à Gorée et Ngor, deux îles au large de Dakar où il arrive en tête. Les mairies de ces deux îles devraient donc être dirigées par des “Verts”, ce qui constitue une première au Sénégal. El hadji Mamadou Kane, tête de la liste, a remporté le scrutin dans la petite île de Ngor avec 21 conseillers sur 30.
Selon Ousmane Sow Huchard, leader du RES, son parti va continuer à soutenir l’émergence de mouvements citoyens dans l’ensemble du pays.


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