N° 271
du 03/06/2003

Sénégal


Décès de Sidy Badji,
un des leaders historiques de la rébellion casamançaise

Sidy Badji, un des chefs historiques de la rébellion indépendantiste en cours depuis plus de vingt ans en Casamance (sud), est décédé lundi 26 mai à son domicile de Ziguinchor, principale ville de la région.
Sidy Badji, âgé de 83 ans, était souffrant depuis plusieurs semaines. Il est considéré comme le fondateur du «maquis» casamançais et contestait l’autorité de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, actuel «président» du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste).
Sidy Badji, qui s’était autoproclamé secrétaire général «par intérim» du MFDC, s’était élevé à plusieurs reprises contre des décisions prises par l’abbé Diamacoune, notamment lorsque le président du MFDC avait rencontré, le 4 mai dernier à la présidence à Dakar, le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade.

Contrairement au prélat, Sidy Badji a toujours revendiqué sa participation active à la toute première manifestation des indépendantistes, en décembre 1982. Engagé sous les drapeaux de l’armée coloniale en 1941, l’ancien chef du maquis s’est «volontairement» ré-engagé dans l’armée jusqu’aux premières années de l’indépendance.
A sa libération en 1962, il a exercé divers petits métiers et revendiquait avoir milité, jusqu’en 1982, au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS) du président Wade, alors parti d’opposition.
Principal fondateur de l’aile armée du MFDC, avec un groupe de quatre autres personnes toutes disparues aujourd’hui, il est resté dans le maquis pendant huit ans et est rentré à Ziguinchor en 1992, à la faveur des premiers accords de paix, signés un an auparavant.
Depuis lors, il vivait à Ziguinchor et était sous la surveillance des forces de sécurité sénégalaises. Sidy Badji était marié et père de sept enfants.

«C’est une triste nouvelle qui a plongé tout le monde dans la consternation», a déclaré l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, soulignant le «poids important» de Sidy Badji «dans la région» de Casamance.

Obsèques «politiques» à Ziguinchor

Réunis à la levée du corps à l’hôpital régional de Ziguinchor, en présence des autorités administratives et de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, les fidèles de Sidy Badji, fondateur de l’aile armée de la rébellion, ont rendu hommage à leur ancien chef.
Soulignant la «valeur de l’homme qu’était Sidy Badji» qui l’a «formé dans le maquis», Abdoulaye Diédhiou, ancien combattant devenu «secrétaire à l’aile intérieure» du MFDC, a rendu hommage à l’octogénaire disparu.
M. Diédhiou a notamment rappelé les derniers moments de la vie de Sidy Badji, qui, a-t-il dit, avait réuni peu avant son décès, le 22 mai, ses fidèles pour leur recommander de rester «unis».
L’abbé Diamacoune a quant à lui formulé des prières pour le repos de l’âme du défunt.
Après cette cérémonie, le cortège s’est dirigé vers Diatock, village natal de Sidy Badji à une quarantaine de km au nord-ouest de Ziguinchor, où il a été inhumé par sa famille et ses proches.
Mais, le jour même des obsèques de Sidy Badji, un «communiqué» du MFDC, manuscrit et critiquant sévèrement l’Etat du Sénégal, a été remis à la presse locale à Ziguinchor réaffirmant «le droit immémorial de la Casamance à l’indépendance».
Signé de Salif Sadio, «chef d’Etat-major général du maquis», plusieurs fois annoncé mort, le communiqué a dénoncé notamment la rencontre du 4 mai entre le président sénégalais et l’abbé Diamacoune, considéré comme «un otage» du gouvernement sénégalais.


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