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«L’alternance
piégée», «Le rêve brisé»,
«Le Sénégal entre deux naufrages»... Les librairies
dakaroises offrent un choix de titres plus critiques les uns que les autres
envers le régime du président Wade, au pouvoir depuis bientôt
quatre ans. Le dernier en date, un ouvrage de quelque 220 pages publié fin janvier, est intitulé «Me Wade et l’alternance: le rêve brisé du Sopi» (le «sopi», qui signifie «changement» en wolof, désignant l’alternance politique de mars 2000). Face aux méthodes de l’actuel régime, l’auteur, Mody Niang, un enseignant, fait part d’une déception d’autant plus «profonde» que, dit-il, il a toujours voté pour Abdoulaye Wade, «élection présidentielle de 1983 mise à part». «L’objectif de ce livre est de démontrer (...) que l’alternance a raté le coche et que nombre des engagements les plus importants faits avant le 19 mars 2000 sont restés en l’état», en dépit de «promesses» et autres «annonces spectacles», écrit-il. Cette alternance, intervenue avec l’accession au pouvoir du libéral Abdoulaye Wade, après 40 ans de régime socialiste incarné d’abord par Léopold Sédar Senghor, puis par Abdou Diouf, avait suscité d’immenses espoirs. Le slogan du «Sénégal qui gagne» était adapté autant à l’euphorie politique qu’aux exploits de l’équipe nationale de football durant le premier semestre 2002. Mais l’ambiance a changé, surtout depuis le naufrage du ferry Le Joola qui, selon un bilan officiel, a fait 1.863 morts le 26 septembre 2002 au large de la Gambie. L’été dernier, le journaliste Abdou Latif Coulibaly a provoqué un premier coup de tonnerre avec son livre «Wade, un opposant au pouvoir - L’alternance piégée?». Ses affirmations sur l’usage de certains fonds publics font l’objet d’enquêtes parlementaires et son ouvrage n’en finit pas de provoquer des remous politiques. Est ensuite arrivé un autre livre, signé de l’écrivain Almamy Mamadou Wane et édité en France, intitulé «Le Sénégal entre deux naufrages ? Le Joola et l’alternance». Partant du naufrage de septembre 2002, l’auteur dresse du pouvoir un tableau très sombre, en dénonçant les travers et vieilles habitudes de la «Françafrique». Selon la presse privée sénégalaise, qui voit déjà poindre un «procès de l’alternance», un ministre de M. Wade, mis en cause dans de supposés méandres politico-financiers reliant la France à son ancienne colonie, a porté plainte à Paris contre Mamadou Wane. Certains journaux ont aussi écrit que le président Wade lui-même avait porté plainte contre M. Wane pour diffamation. «C’est faux», a affirmé le porte-parole du chef de l’Etat, Souleymane Ndéné Ndiaye. Pour certains partisans du régime, la prolifération de ces pamphlets, librement vendus, atteste finalement de la bonne santé de la démocratie et des libertés publiques au Sénégal. Le président Wade, quant à lui, a annoncé le 31 décembre 2003, dans son message de Nouvel An, qu’un «ouvrage exhaustif sur les réalisations de l’alternance» paraîtrait le 19 mars prochain, jour anniversaire de sa victoire à la présidentielle de 2000. |
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