N° 290
du 23/03/2004

Sénégal

Wade fête ses quatre ans de pouvoir sur des airs de campagne électorale
Sur des airs de campagne électorale fortement médiatisée, le président Abdoulaye Wade a fêté le 4e anniversaire de sa victoire historique à la présidentielle du 19 mars 2000, qui avait mis fin à 40 ans de régime socialiste. Me Wade, soutenu par une coalition de partis (coalition «Sopi», mot wolof signifiant «changement»), avait remporté le second tour de la présidentielle face au président sortant Abdou Diouf, candidat du Parti socialiste (PS).
Wade et ses partisans, harcelés par une opposition qui n’a de cesse de décrier leur «amateurisme» depuis qu’ils se sont installés au pouvoir, ont décidé de profiter de cet anniversaire pour contre-attaquer et occuper la Une des médias.
Au passage, M. Wade, qui aura 81 ans en 2007, et qui ne s’est toujours pas clairement prononcé sur son désir ou non de briguer un second mandat, s’est fait «investir» comme candidat à la présidentielle de 2007 par les élus locaux qu’il a rencontré à l’occasion de cette commémoration.
Menée par la «CAP 21» (Coalition des partis de la mouvance présidentielle), cette contre-offensive médiatique a été marquée par la publication, d’un «Livre blanc» sur les «réalisations de l’alternance».
C’est le Premier ministre Idrissa Seck qui a été chargé d’aller au charbon en présentant ce livre intitulé «L’Alternance - Le changement preuves en main».
«Je viens aujourd’hui déférer à une exigence de la gouvernance publique comme privée: celle de rendre compte et de répondre de ses actes», a-t-il expliqué, parlant de «changements constatés, preuves en main» et de «défis, nombreux, à relever».
Selon le Premier ministre, le Sénégal de 2004 «rayonne» grâce, notamment, à «la posture diplomatique exceptionnelle de son président, au talent de ses sportifs et pas seulement en football».
Le pays n’a «aucun prisonnier politique», «la liberté d’expression est totale», «au plan économique, la confiance revient» avec la maîtrise de l’inflation au taux de 0,9%, a-t-il dit.
En Casamance, province du sud du pays marquée depuis 1982 par un conflit indépendantiste armé, «le feu est éteint», a poursuivi Idrissa Seck. «Il ne nous reste plus qu’à verser de l’eau sur les quelques braises qui sommeillent pour qu’elles ne se réveillent plus», a-t-il estimé.
Par ailleurs, des progrès ont été enregistrés dans l’éducation; d’importants investissements faits en matière de santé (63 milliards de francs CFA, soit plus de 96 millions d’euros) ont permis d’améliorer l’accès aux soins, de prévenir et réduire la mortalité, en particulier pour les mères et les enfants, selon le bilan de «l’Alternance».
Investissements de 95 milliards de FCFA (près de 145 millions d’euros) pour les routes et les infrastructures, hausse du budget pour la sécurité et des biens, reprise en main de dossiers judiciaires remontant souvent à plusieurs années, création d’emplois... figurent parmi les «résultats» présentés.
«Aujourd’hui, les Sénégalais respirent l’ère du changement que j’avais promis et tout le monde peut constater (...) que le pays est en chantier et se construit selon un rythme accéléré et prometteur», déclare le président Wade en éditorial de ce «livre blanc».
«Dans la conception de cet ouvrage, nous avons voulu offrir le moins possible un espace à la polémique (...). C’est pourquoi nous avons choisi d’éviter la littérature des affirmations gratuites pour privilégier les chiffres qui, eux, sont difficilement contestables, puisque vérifiables en permanence», ajoute-t-il.
Ces chiffres doivent prochainement être mis en ligne, sur le site internet
http://www.alternance04.sn.
Ce nouveau «paradis» semble toutefois peu convaincre l’opposition, dont font partie d’anciens alliés du candidat Wade. Ce sont de «fausses statistiques ne reposant sur aucune donnée vérifiable», a accusé une responsable de l’Alliance des forces de progrès (AFP), le parti de l’ancien Premier ministre Moustapha Niasse, aujourd’hui bien ancré dans l’opposition.
Le Cadre permanent de concertation (CPC) de l’opposition a annoncé qu’il allait à son tour publier un ouvrage pour «marquer la différence».
Et même mêmes dans le camp présidentiel, des fissures sont apparues dans les rangs. Ainsi, les deux principaux partis de gauche au sein du gouvernement - la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT) et And-Jef/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ/PADS) - ne cachent plus leur appréhension et leur amertume sur la gestion de l’alternance, à laquelle «ils ont participé en tant qu’acteurs», ayant soutenu la candidature de M. Wade dès le 1er tour en 2000.
Il y a de «sérieuses divergences» entre la LD/MPT et le PDS du président Wade, a ainsi admis Mme Khady Wade, responsable de la LD/MPT qui, dans un entretien avec la radio privée Walf-FM, a déploré les «dérives monarchiques» du régime.

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