Le "particularisme" du modèle démocratique
sénégalais , qui réussissait à capter au
gouvernement des opposants fondamentalement hostiles à
l'égard du Parti socialiste du président Diouf est bien
mort. Ce nouveau gouvernement, formé le 4 juillet 1998,
à la suite des élections législatives de
mai, est un gouvernement à 95 % socialiste. Aucun membre du
Parti démocratique sénégalais (PDS)
d'Abdoulaye Wade, ni même des membres de la Ligue
Démocratique de M. Abdoulaye Bathily. Le seul "opposant", est
un dissident du PDS, Serigne Diop (ministre de la Justice),
leader d'une petite formation politique, le
PDS-Rénovation).
Le parti Renouveau démocratique, formé par Djibo
Ka, anciens ministre et ex-membre du PS, avait rejeté lui
aussi toute participation à un gouvernement d'ouverture, tel
que pratiqué depuis sept ans au Sénégal,
où le PS est au pouvoir depuis l'indépendance en
1960.
A noter le départ de l'ancien ministre d'Etat, ministre des
Affaires étrangères, Moustapha Niasse, qui avait
demandé à être déchargé de toute
charge ministérielle pour "convenances personnelles".
Le Premier ministre, Mamadou Lamine Loum, qui a négocié le rééchelonnement de la dette du Sénégal et obtenu des bailleurs de fonds un engagement de 1.200 milliards de Francs Cfa , aura bien du mal à resister à l'emprise du "dauphin" du président Abdou Diouf, Ousmane Tanor Dieng, premier secrétaire du Parti socialiste, qui a été confirmé dans ses fonctions de ministre d'Etat, ministre des Services et Affaires présidentiels.
"Ce n'est pas le Premier Ministre Mamadou Lamine Loum qui a formé ce gouvernement mais Ousmane Tanor Dieng qui a mis ses copains et copines", déclarait aussitôt après sa formation l'opposant Jean-Paul Dias, qui a d'ailleurs refusé le poste de ministre de la Ville.
Confirmant que son gouvernement serait un gouvernement de "combat"
dans l'optique de la présidentielle, le Premier ministre, a
déclaré : "Nous avons 18 mois pour terminer le
mandat du président Abdou Diouf. Il nous faut travailler sans
relâche, les nouveaux ministres ont été choisis
en fonction de leur aptitude à occuper leurs fonctions sans
transition".
Sa nomination a été accueillie avec réserve par
les syndicalistes proches de l'opposition qui le considèrent
comme "un champion des plans d'ajustement".
La formation de ce nouveau gouvernement fait suite aux
dernières législatives qui ont été
largement remportées par le Parti socialiste, mais qui a
enregistré une sérieuse baisse de son électorat.
Le PS a obtenu 93 des 140 sièges à la nouvelle
Assemblée nationale, contre 23 au PDS et 11 pour le Renouveau
démocratique de l'ancien ministre socialiste, Djibo Ka.
Les effets de la crise économique et des politiques
d'ajustement structurel (chômage, pauvreté, baisse du
pouvoir d'achat) ont été pour beaucoup dans
l'érosion de l'électorat du Parti socialiste aux
législatives du 24 mai dernier, même si ce parti les a
largement remportées grâce au système
électoral en vigueur. Ils expliquent également le refus
des partis de l'opposition de ne pas participer au gouvernement, pour
tirer parti de mauvais résultats éventuels.
A noter enfin que la création d'un ministère de l'Elevage répond à une promesse électorale des socialistes et à la nécessité de tenir compte de ce secteur important dans le centre-nord, où le parti Renouveau de Djibo Ka, a remporté les législatives.