Table
ronde ministérielle des Assemblées annuelles
Afrique a grand besoin d'infrastructures pour l'intégration et la
croissance
Ouagadougou, 17 mai 2006 Les ministres africains, dirigeants
d'institutions financières multilatérales, organismes donateurs
et représentants de la société civile ont posé,
mardi, un regard sans complaisance sur l'état des économies
africaines où ils ont constaté quil sera difficile pour
le continent datteindre un niveau de développement significatif
sans une infrastructure régionale pleinement développé
et intégrée.
Tel est le message central qui sest dégagé du séminaire
de haut niveau organisé conjointement à Ouagadougou, mardi,
par le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission
économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA) sur le thème:
" Développement de l'infrastructure et intégration
régionale: la problématique, les opportunités et les
défis ", dans le cadre des activités de la CEA et
des Assemblées annuelles 2006 de la Banque.
Le Premier Ministre du Burkina Faso, M. Ernest Paramanga Yonli, dans son
allocution d'ouverture, a souligné l'importance du thème du
symposium . "L'intégration économique du continent
nécessite une infrastructure de transports, de communications et
d'énergie moderne et régionale, capable de créer des
emplois, d'accroître le revenu et de faciliter la libre circulation
des personnes et des biens", a-t-il souligné.
Observant que les coûts des communications téléphoniques
et des transports aériens et maritimes sont deux à trois fois
plus élevés en Afrique que dans dautres régions
du monde, M. Yonli, a ajouté que l'infrastructure reste le "maillon
manquant" crucial de la stratégie de développement
en Afrique.
La voie de la Renaissance africaine passe d'abord et avant tout par l'Afrique
elle-même, et obligatoirement par la mise en uvre de projets
présentant un grand potentiel d'intégration, a-t-il indiqué,
citant comme modèle concret d'intégration régionale,
le projet gazier d'Afrique de l'Ouest auquel participent le Bénin,
le Ghana, le Nigeria, le Togo et éventuellement la Côte d'Ivoire
et le Sénégal, dans un partenariat public/privé.
Le secrétaire exécutif de la CEA, M. Abdoulie Janneh, a quant
à lui estimé que les pays africains ne pourront participer
effectivement au processus de mondialisation que si l'accent est mis sur
le renforcement de l'intégration régionale, le développement
d'un réseau de transports intégré, une fourniture fiable
d'énergie et une utilisation accrue des technologies de l'information
et des communications.
S'appuyant sur les estimations de la Commission Afrique, selon lesquelles
le développement de l'infrastructure en Afrique coûtera 20
milliards de dollars par an, M. Janneh a rappelé que la Banque mondiale,
l'Union européenne, la BAD et les autres agences multilatérales
devraient accroître les financements destinés au développement
de l'infrastructure en Afrique, alors que les pays du continent se tournent
vers des moyens alternatifs pour financer le développement de leurs
infrastructures.
Le président de la BAD, M. Donald Kaberuka, quant à lui a
rappelé que la Banque a consacré plus de 30 % de l'ensemble
de ses engagements au développement de l'infrastructure au cours
des quatre dernières décennies.
Le Groupe de la Banque a investi plus d'un milliard de dollars, soit 39
% de ses engagements, dans les pays membres régionaux, en 2004. Par
ailleurs, dans le domaine de l'infrastructure, la Banque est prête
à jouer un rôle plus important dans le cadre du NEPAD.
M. Kaberuka a également estimé que des efforts devraient être
consentis pour démanteler les barrières physiques qui entravent
la circulation des personnes sur le continent. Rappelant que les problèmes
de trafic de drogue et de blanchiment d'argent, généralement
associés à la libre circulation, peuvent trouver des solutions.
"Le temps est venu d'abolir les visas. Le temps est venu de permettre
aux Africains de se déplacer librement en Afrique", a-t-il déclaré.
C'est le Ministre sud-africain des finances, M. Trevor Manuel, qui a prononcé
le discours programme. Dans son allocution, il a souligné que le
niveau des investissements en matière dinfrastructure était
très faible pour permettre la réalisation des objectifs de
développement de l'Afrique. Il faut, selon lui, restructurer l'orientation
coloniale de la majeure partie de l'infrastructure du continent pour accroître
les échanges entre les pays d'Afrique. Sans une infrastructure adéquate
et appropriée, il sera très difficile pour les pays africains
d'atteindre les objectifs de développement du millénaire (ODM),
a souligné M. Manuel. L'infrastructure, a-t-il ajouté, est
un domaine d'intérêt régional collectif.
Dans sa réponse, le Président de la Banque, M. Kaberuka, a
souligné que "l'infrastructure est bonne pour les affaires,
et bonne pour la réduction de la pauvreté, mais ne peut se
faire sans une bonne planification".
Les participants ont appris qu'au niveau du continent, le niveau actuel
des dépenses dans l'infrastructure est d'environ 2 % du PIB alors
que l'Afrique devrait consacrer 9 % de son PIB à la construction
et à l'entretien de l'infrastructure dont elle a besoin pour son
développement. |