N° 218
du 30/11/2000

Economie


OGM
Le congrès mondial des consommateurs
appelle à un moratoire

Plus de 600 délégués de l'Organisation Internationale des Consommateurs (OIC), réunis en congrès à Durban (est), ont appelé à un moratoire international sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).
L'OIC, qui représente 263 organisations de défense des consommateurs, a conclu ces débats en notant une montée en puissance de ces mouvements dans le monde, de plus en plus aptes et résolus à "imposer le respect des droits des consommateurs".
"Nous étions une chenille, nous sommes en train de sortir du cocon et nous allons déployer nos ailes", a déclaré l'Australienne Louise Sylvan, élue à Durban nouvelle présidente de l'OIC.
Auparavant, l'OIC avait appelé gouvernements et institutions internationales "à imposer un moratoire sur la culture et la mise sur le marché de nouveaux aliments génétiquement modifiés, jusqu'à évaluation de l'impact social et de la sécurité".
Ces gouvernements doivent en outre "s'abstenir de toute tentative d'intimider d'autres gouvernements qui résisteraient ou interdiraient les produits OGM, sur la base de leur législation, ou de leur propre évaluation des risques et avantages".
L'OIC a concédé que l'usage de biotechnologies peut fournir d'importants avantages, mais elle souligne "les préoccupations qui demeurent sur l'impact environnemental, social et économique". Auparavant, des intervenants juristes, scientifiques ou représentants de consommateurs, ont rappelé que tous les acteurs ont un rôle à jouer dans la vigilance face aux OGM.
 
Selon les chiffres d'un institut spécialisé dans le recensement des OGM, les cultures de plantes génétiquement modifiées dans le monde (soja, maïs, coton et colza surtout) ont atteint 39,9 millions d'hectares en 1999, (44% de plus qu'en 1999). 72% de ce total est cultivé aux Etats Unis.
L'avocat brésilien Andrea Lazzarini, auteur dans son pays d'un procès contre le géant agro-chimique Monsanto, a jugé que la société civile peut aider à résister à la pression des multinationales: "l'une des meilleures stratégies reste pour les consommateurs de boycotter les produits à base d'OGM".
Pour le Dr Suman Sahai, de l'ONG indienne Gene Campaign, la science a aussi un rôle déterminant à jouer en argumentant pour une réglementation stricte. "Les preuves sont de plus en plus fortes que nos craintes de dégâts irréversibles, causés à l'environnement par la modification génétique des produits alimentaires, étaient bel et bien fondées", a déclaré le Dr Sahai.
 
Ce congrès de l'OIC a été le théâtre de virulentes attaques contre les pays riches au sujet des droits de propriété industrielle de médicaments, qui condamnent les populations malades de pays pauvres. Ancien consultant auprès de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Zafar Mirza a dénoncé les accords mondiaux sur les brevets de médicaments, qui restent sous contrôle des compagnies pharmaceutiques pendant 20 ans. "Sur les 20 dernières années, au moins 30 nouvelles maladies sont apparues comme Ebola, Hendra, et une nouvelle forme de choléra, pour lesquels de nouveaux médicaments restent à développer", a-t-il déclaré. S'ils sont brevetés selon les accords en vigueur, "les gens qui ne peuvent se les offrir ne survivront pas 20 ans, le temps que les prix baissent", a-t-il accusé.


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