N° 219
du 15/12/2000

Economie


Jubilee 2000-Afrique
Des ONG préconisent
l'annulation "pure et simple" de la dette du tiers-monde

L'annulation de la dette de l'Afrique et des pays pauvres est une question de justice et de dignité pour soustraire des millions de gens de la "globalisation de la pauvreté", ont affirmé plusieurs ONG réunies à Dakar.
Le combat pour l'annulation de la dette africaine est un "combat pour la vie et contre l'arrogance des pays créanciers d'Occident", a estimé l'universitaire ghanéen Owu Kwesi, président de Jubilee 2000-Afrique, un "mouvement global de résistance" qui lutte pour l'annulation de la dette.
"Le Mali consacre quatre fois plus de moyens financiers à payer le service de sa dette que pour fournir de l'eau potable à ses populations", a indiqué M. Kwesi lors d'une conférence organisée par le Conseil des ONG pour l'action et le développement (CONGAD, basée à Dakar), Jubilee 2000-Afrique, Forum du Tiers-monde et la Coalition pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM).
Estimée à plus de 500 milliards de dollars dont 50 milliards pour l'Afrique, la dette du tiers monde inhibe les efforts de développement des pays endettés et compromet leur avenir, ont-ils estimé. Ainsi en 1999 certains pays ont remboursé 115 milliards de dollars au titre du service de la dette, soit "plus qu'ils reçoivent" sous forme d'aide.
Pour assainir leurs finances publiques, certains pays sont contraints de recourir à des moratoires vis-à-vis de leurs créanciers.
"La dette est un facteur de paupérisation absolue", a renchérit l'universitaire sénégalais Buuba Diop, président du CONGAD, qui en appelle à une prise de conscience "élevée et partagée" entre populations du nord et du sud, "victimes de la mondialisation sans âme".
Selon lui, il faut bannir le paternalisme dans les relations Nord-Sud et montrer les méfaits de l'injustice engendrée par la dette.
Le FMI et la Banque mondiale "traversent une crise de légitimité", affirme pour sa part Eric Toussaint, membre de la CADTM, soulignant que "les différents mouvements de désobéissance civiles" observées à Seattle Washington, Prague ou récemment à Nice (France) traduisent un "nouvel élan de solidarité mondiale".
Le mouvement Jubilé 2000 va lancer une nouvelle campagne - "Laissez tomber la dette" pour faire pression sur les pays membres du G7, qui doivent se réunir en Italie en juillet prochain, afin qu'ils abandonnent eux aussi leurs droits sur la dette des pays pauvres.
En 1999, les leaders du G8 avaient promis à Cologne d'effacer pour environ 100 milliards de dollars de dettes des pays les plus pauvres, mais seuls 15 milliards auront été effectivement annulés à la fin 2000, selon des estimations concordantes.
Jubilé 2000 souhaite que les 300 milliards de dollars de dettes dus par 52 pays les plus pauvres soient complètement annulés.


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