N° 224
du 28/02/2001

Economie


Alimentaire
Le DG de la FAO estime que le tout biologique
est une "utopie" pour lutter contre la faim

Jacques Diouf, le directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO),a estimé que le tout biologique est une "utopie" pour vaincre la faim dans le monde et, qu'à l'inverse, les OGM (organismes génétiquement modifiés) ne sont pas nécessaires pour y parvenir.
"Si l'agriculture biologique, c'est une agriculture qui ne fait appel ni aux engrais chimiques, ni aux pesticides, c'est de l'utopie", a déclaré M. Diouf dans une interview à l'AFP.
Mais, a-t-il ajouté, "pour faire face aux besoins des 800 millions de personnes qui souffrent de faim, on n'a pas besoin des OGM".
"Faire une agriculture pour produire les quantités de céréales nécessaires au monde sans mettre des engrais chimiques et sans mettre des pesticides ce n'est pas possible", affirme-t-il en prônant une "lutte biologique intégrée" afin de trouver "le juste équilibre qui soit en harmonie avec les règles de l'écosystème dans lequel nous vivons".
"Le problème qui se pose, selon lui, c'est quel niveau d'engrais, quel niveau de pesticides utiliser". A cet égard, il cite l'exemple de l'Indonésie où la quantité de pesticides à été réduite de 50% tout en augmentant de 15% la production de riz.
"Il y a eu et il y a encore des excès en matière d'utilisation d'engrais et de pesticides. Il y a des excès dans la manière d'alimenter les animaux et de prendre des herbivores pour en faire des carnivores, des cannibales", a-t-il regretté en évoquant les farines animales données aux bovins et qui ont abouti à la maladie de la vache folle.
 
Une centaine de pays
susceptibles d'être touchés par la maladie de la vache folle
 
Selon la FAO, une centaine de pays qui ont importé des bovins ou de la viande sur os d'Europe de l'Ouest, plus spécialement du Royaume Uni, pendant et après les années 80, peuvent être considérés à risque et devraient prendre des mesures destinées à une évaluation plus précise des dangers de propagation de la maladie.
"Les techniques d'aujourd'hui, les variétés d'aujourd'hui permettent de faire face aux besoins d'alimentation des personnes qui ont faim", explique encore M. Diouf exemples à l'appui. "En six ans, indique-t-il, le Vietnam est passé de la position d'importateur net de riz à celle de 2ème exportateur mondial de riz. En quelques années au Ghana, la consommation quotidienne est passée de 1.900 calories par jour et par habitant à 2.600 calories".
Reste que l'augmentation de 2 milliards des habitants de la planète d'ici 2030 (de 6 milliards aujourd'hui à 8 milliards) suppose "un accroissement de 60% de la production alimentaire dont 80% devra venir de l'intensification des cultures".
Convaincu que l'objectif d'une diminution de moitié de la faim dans le monde est à portée de main et possible d'ici 2030 si l'on veut s'en donner les moyens et même si c'est avec 15 ans de retard sur celui fixé par le Sommet mondial l'alimentation de 1996, le directeur général de la FAO entend "tirer la sonnette d'alarme" à l'occasion du "Sommet plus cinq ans" organisé en novembre à Rome et obtenir "une cohérence entre les objectifs fixés et les actions concrètes" sur le terrain. (avec AFP)


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