N° 225
du 15/03/2001

Economie


L'union monétaire de la CEDEAO
sera difficile, selon des experts du FMI

La création d'une zone monétaire par les pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sera difficile et ne doit pas être précipitée, selon un rapport d'experts du Fonds monétaire international (FMI).
Ce rapport n'engage toutefois pas le FMI en tant que tel et ne représente pas sa position officielle.
Six des 15 pays membres de la CEDEAO (Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria et Sierra Leone) se sont fixé en avril 2000 l'objectif de réaliser une zone monétaire d'ici le premier trimestre 2003.
Cette zone serait ensuite étendue aux 9 autres pays actuellement membres de la CEDEAO, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
A l'image des membres de l'Union économique et monétaire européenne au début des années 90, les pays concernés se sont fixé des "critères quantitatifs de convergence primordiaux", notamment une inflation inférieure à 10% en l'an 2000 et à 5% en 2003, et des déficits budgétaires limité à 4% des PIB en 2002. Parmi les objectifs à terme figure également une convergence avec la zone monétaire du franc CFA.
"Il y a de toute évidence une dimension politique non négligeable derrière cette initiative, mais il est important d'en examiner attentivement les coûts et les bénéfices économiques", estiment les auteurs du rapport, Paul Masson et Catherine Patillo.
La CEDEAO se superposerait à la zone économique et monétaire francophone (UEMOA - Union économique et monétaire ouest-africaine) qui réunit déjà le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo et dont les membres utilisent le Franc CFA.
"Si la zone CFA a permis à ses membres de maintenir une inflation basse, la croissance économique des pays de l'UEMOA n'a pas été régulièrement plus forte que celle d'autres pays de l'Afrique sub-saharienne et les échanges commerciaux entre ses membres restent relativement faibles", rappellent les auteurs du rapport.
Ils soulignent que le Nigeria se trouve, du fait de son importance économique et démographique, au centre de cette zone d'union monétaire de la CEDEAO. Mais celle-ci aura besoin d'une banque centrale ou d'une coopération étroite entre celles de ses membres.
Mais "le Nigeria a une tradition de forte inflation et sa monnaie n'est pas convertible", constate le rapport.
"Si le but principal de cette union est de favoriser la stabilité des taux de changes et de l'économie, il pourrait être préférable pour ses membres d'instituer des mécanismes de surveillance mutuelle et de maintenir leurs taux de change dans une fourchette, éventuellement très étroite, de fluctuation ou de choisir un lien avec une autre devise", estiment Paul Masson et Catherine Patillo.
"Un lien avec l'euro apporterait certains des avantages d'une monnaie commune sans devoir procéder aux adaptions institutionnelles nécessaires", juge le rapport.
Mais il ajoute qu'un lien avec un panier de devises serait peut-être préférable pour éviter les fluctuations importantes entre les devises internationales les unes par rapport aux autres.
"La question de savoir ou non si le Trésor français maintiendrait la convertibilité du franc CFA en euros se posera si une fusion avec la zone monétaire de la CEDEAO et celle de l'UEMOA est envisagée", indiquent les auteurs.
"Une union monétaire n'est ni nécessaire, ni suffisante pour réaliser certains objectifs d'intégration régionale et notamment le développement d'échanges commerciaux, comme le montrent les exemples contrastés de la zone nord-américaine de libre-échange (ALENA) et la zone CFA".
"Plutôt que de tenter de réaliser une union monétaire dans un délai très court, les pays de la région devraient consacrer leurs énergies à faire converger leurs taux d'inflation, leurs politiques budgétaires et les politiques structurelles nécessaires à une forte croissance", conclut le rapport en indiquant que cela peut aussi être réalisé avec des liens monétaires plus lâches qu'une union. (afp)


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