N° 228
du 30/04/2001

Economie


Des pays africains
préfèrent plus d'aide à l'annulation totale de la dette

Plusieurs pays africains se sont prononcé à Washington en faveur d'une aide accrue des pays développés de préférence à l'annulation totale de leur dette.
"En tant que pays pauvre je serais très heureux de voir annuler ma dette à 100%, mais si l'annulation à 100% signifie la faillite de ces institutions (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international), ce serait tuer la poule aux oeufs d'or", a déclaré le ministre des Finances de Tanzanie, Basil Mramba, en marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale.
"Il faut être pragmatique et réaliste", a ajouté Ali Badjo Gamatie, le ministre des Finances du Niger, alors que "les esprits ne sont pas encore près à accepter un allègement de la dette à 100%", a renchéri Emile Doumba, ministre des finances du Gabon.
Pour Ali Badjo Gamatié, le message des manifestants et des ONG, qui réclament une annulation de 100% de la dette, est mal compris. "Quand ils disent qu'il faut annuler 100% de la dette, en réalité ils disent les ressources que les pays riches consacrent aux pays pauvres ne sont pas suffisantes", selon lui. D'ailleurs, "même si on annulait 100% de la dette le problème ne serait pas résolu", a-t-il estimé, soulignant notamment les énormes besoins en infrastructures pour développer les capacités commerciales de l'Afrique.
Sur le débat récurrent de favoriser le commerce plutôt que d'accroître l'aide, Basil Mramba a affirmé qu'il fallait les deux mais a estimé que "sur le moyen et long terme, le commerce jouera un rôle plus important que l'aide". Il s'agit d'ailleurs, selon lui, moins d'abaisser les barrières douanières que de donner à l'Afrique les moyens d'accéder aux marchés industrialisés.
"Même vendre le peu que nous avons pour le peu que l'on nous donne est un gros problème", a-t-il dit, faisant référence à la chute des prix des matières premières.
Pour autant, l'aide ne doit pas être abandonnée, a mis en garde Peter Kuyembeh, ministre des Finances de Sierra Leone.
"Si le commerce devait remplacer l'aide, tout le système d'aide serait perdu et seuls les plus forts survivraient", a-t-il déclaré.
Les ministres africains se sont en revanche réjouis des changements d'attitude des deux institutions de Bretton Woods, devenues plus flexibles et moins dogmatiques, selon eux.
 
Les coalitions nationales de Jubilé 2OO0 de trente pays d'Afrique, d'Europe, d'Asie et d'Amérique ont demandé de leur côté "l'annulation totale" de la dette des pays pauvres, à la fin d'une rencontre qui s'est tenue à Bamako, au Mali.
"La dette est devenue aujourd'hui une arme politique entre les mains des pays industrialisés pour imposer leur vision du monde aux pays en voie de développement", a déclaré Sada Diarra, ancien ministre malien et président de la Coalition malienne de Jubilé 2OOO.
Le collectif Jubilé 2000 regroupe plus d'un millier d'organisations caritatives dans le monde qui militent pour l'annulation de la dette des pays pauvres.
"Il faudra 106 ans à l'Afrique pour rembourser sa dette estimée à 235 milliards de dollars", ont estimé des memebres de cette conférence.


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