N° 235
du 17/09/2001

Economie


Afrique sub-saharienne
Les plus pauvres toujours plus pauvres

La CNUCED se place en opposition
avec le libéralisme à tous crins, proposé depuis des années
par le FMI et la Banque mondiale aux pays africains
Le débat est lancé avant les prochaines discussions au sein de l'OMC

Le revenu par habitant en Afrique sub-saharienne en 2000 a été de 10% inférieur à celui de 1980, a relevé la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), dans un rapport publié le 11 septembre à Genève.

Vingt-huit millions d'Africains lutteront contre de graves pénuries alimentaires en 2001, note la CNUCED, soit les 20% les plus pauvres de la population africaine qui ont été les plus durement frappés par deux décennies marquées par une faible croissance, leurs revenus ayant chuté de 2% par an.
Par Afrique sub-saharienne, la CNUCED désigne, dans son Rapport sur le développement économique en Afrique, l'ensemble des pays africains autres que l'Afrique du sud et les pays d'Afrique du nord (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie).
Le taux de croissance annuel moyen du PIB en Afrique devrait à peine dépasser les 3% pour la prochaine décennie contre 2,3% entre 1990 et 1999.
"Les résultats de l'économie africaine sont bien loin de l'objectif de croissance de 6%, fixé il y a dix ans par l'ONU pour augmenter le revenu par habitant et éradiquer la pauvreté", a noté Rubens Ricupero, secrétaire général de la CNUCED.
Parmi les principales causes de la marginalisation de la région figurent, selon la CNUCED, la diminution de l'Aide publique au développement (APD), la dégradation des termes de l'échange, l'accroissement de la dette et l'inefficacité des politiques d'ajustement.
Pour que les objectifs de réduction de la pauvreté ne soient pas des promesses vaines, il faudrait augmenter l'APD de 10 milliards de dollars par an, pendant une dizaine d'années, a recommandé la CNUCED.
 
Les échanges et les investissements ne sont pas prêts
de remplacer l'aide au développement

"Si nous voulons réduire la dépendance des pays africains à l'égard de l'aide, nous devons commencer par augmenter celle-ci dès maintenant car dans le court terme, nous ne voyons pas d'autres possibilités de ressources comme les investissements directs étrangers ou le commerce", a commenté Rubens Ricupero.

A la mi-juillet, la CNUCED avait noté que le volume global de l'investissement étranger direct (IED) en Afrique avait baissé de plus de 13% en 2000 par rapport à l'année précédente, atteignant 9,1 milliards de dollars (contre 10,5 mds USD en 1999).
Les prix des exportations de la région ont en outre diminué par rapport aux exportations du reste du monde. Si les termes de l'échange s'étaient maintenus au niveau de 1980, la part de l'Afrique sub-saharienne dans les exportations mondiales aurait doublé par rapport au montant actuel.
En outre, selon une simulation de la CNUCED, dans les pays africains non exportateurs de pétrole, le PIB par habitant aurait ainsi atteint 478 dollars en 1997, contre 323 dollars dans la réalité, et il serait aujourd'hui de 50% supérieur à son niveau effectif.
La libéralisation rapide du commerce en Afrique n'a pas permis aux producteurs africains de bénéficier d'un meilleur accès aux marchés, relève également la CNUCED. "Les pays africains sont confrontés à des barrières douanières aussi bien pour leurs exportations vers les pays industriels, qu'en termes de compétition déloyale en raison des subventions massives accordées aux producteurs agricoles des pays avancés", a déclaré M. Ricupero.
Celui-ci s'est prononcé pour aller plus loin dans l'allégement de la dette prévu dans le cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE, ou HIPC en anglais), lancée en 1999 par le FMI et la Banque mondiale.
La CNUCED préconise une suspension du remboursement de la dette sans accumulation supplémentaire d'intérêt pour les pays très endettés, en attendant une évaluation de la viabilité de leur dette par un organisme indépendant. Au terme de cette évaluation, réclamée par la CNUCED depuis 1998, les créanciers s'engageraient à annuler les dettes considérées comme non recouvrables.

La CNUCED en faveur d'un protectionnisme provisoire en Afrique

 
"Il faut revoir les accords pour que les pays africains puissent assumer exceptionnellement une politique interventionniste de protection provisoire (de leurs économies) et réduire leur dépendance vis-à-vis de l'extérieur dans les produits de base", a plaidé Detlef Kotte, économiste de la CNUCED, en présentant ce même rapport à Paris.
Il s'agit de "laisser le temps à certains industriels de se développer avant d'être mis en concurrence" avec des entreprises étrangères, a-t-il expliqué, en rappelant que tous les pays industrialisés étaient passés par une phase de protection de leur économie avant de passer à l'intégration internationale.
"Les intérêts des pays africains ont jusqu'ici étaient complètement négligés dans le contexte de l'OMC", a-t-il ajouté, estimant que lors du dernier cycle de négociations, les pays africains ont signé des accords qu'ils n'ont pas les moyens d'appliquer.
Pour M. Kotte, les pays africains ont fait "l'erreur d'accepter une réduction du rôle de l'Etat". "Les forces du marché ont une importance très grande, c'est sûr. Mais il y a aussi un rôle pour l'Etat si on veut arriver à une croissance accélérée" en Afrique, a-t-il insisté.
Un bon sujet de discussions pour le prochains cycle de négociations multilatérales prévu en novembre à Doha (Qatar) dans le cadre de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).
D'ores et déjà, les pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) ont annoncé qu'ils demanderaient un "traitement spécial et différentiel" pour les pays en développement.


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