- La CNUCED se place en opposition
avec le libéralisme à tous crins,
proposé depuis des années
par le FMI et la Banque mondiale aux pays africains
Le débat est lancé avant les prochaines
discussions au sein de l'OMC
Le revenu par habitant
en Afrique sub-saharienne en 2000 a été de
10% inférieur à celui de 1980, a
relevé la Conférence des Nations unies pour
le commerce et le développement (CNUCED), dans un
rapport publié le 11 septembre à
Genève.
- Vingt-huit millions d'Africains lutteront contre de
graves pénuries alimentaires en 2001, note la
CNUCED, soit les 20% les plus pauvres de la population
africaine qui ont été les plus durement
frappés par deux décennies marquées
par une faible croissance, leurs revenus ayant
chuté de 2% par an.
- Par Afrique sub-saharienne, la CNUCED désigne,
dans son Rapport sur le développement
économique en Afrique, l'ensemble des pays
africains autres que l'Afrique du sud et les pays
d'Afrique du nord (Algérie, Egypte, Libye, Maroc
et Tunisie).
- Le taux de croissance annuel moyen du PIB en Afrique
devrait à peine dépasser les 3% pour la
prochaine décennie contre 2,3% entre 1990 et 1999.
- "Les résultats de l'économie africaine
sont bien loin de l'objectif de croissance de 6%,
fixé il y a dix ans par l'ONU pour augmenter le
revenu par habitant et éradiquer la
pauvreté", a noté Rubens Ricupero,
secrétaire général de la
CNUCED.
- Parmi les principales causes de la marginalisation de
la région figurent, selon la CNUCED, la diminution
de l'Aide publique au développement
(APD), la dégradation des termes de
l'échange, l'accroissement de la dette et
l'inefficacité des politiques d'ajustement.
- Pour que les objectifs de réduction de la
pauvreté ne soient pas des promesses vaines, il
faudrait augmenter l'APD de 10 milliards de dollars par
an, pendant une dizaine d'années, a
recommandé la CNUCED.
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- Les échanges et les investissements
ne sont pas prêts
de remplacer l'aide au développement
"Si nous voulons réduire la dépendance
des pays africains à l'égard de l'aide,
nous devons commencer par augmenter celle-ci dès
maintenant car dans le court terme, nous ne voyons pas
d'autres possibilités de ressources comme les
investissements directs étrangers ou le commerce",
a commenté Rubens Ricupero.
- A la mi-juillet, la CNUCED avait noté que le
volume global de l'investissement étranger
direct (IED) en Afrique avait baissé de
plus de 13% en 2000 par rapport à l'année
précédente, atteignant 9,1 milliards de
dollars (contre 10,5 mds USD en 1999).
- Les prix des exportations de la région ont en
outre diminué par rapport aux exportations du
reste du monde. Si les termes de l'échange
s'étaient maintenus au niveau de 1980, la part de
l'Afrique sub-saharienne dans les exportations mondiales
aurait doublé par rapport au montant actuel.
- En outre, selon une simulation de la CNUCED, dans les
pays africains non exportateurs de pétrole, le PIB
par habitant aurait ainsi atteint 478 dollars en 1997,
contre 323 dollars dans la réalité, et il
serait aujourd'hui de 50% supérieur à son
niveau effectif.
- La libéralisation rapide du commerce en
Afrique n'a pas permis aux producteurs africains de
bénéficier d'un meilleur accès aux
marchés, relève également la CNUCED.
"Les pays africains sont confrontés à des
barrières douanières aussi bien pour leurs
exportations vers les pays industriels, qu'en termes de
compétition déloyale en raison des
subventions massives accordées aux producteurs
agricoles des pays avancés", a
déclaré M. Ricupero.
- Celui-ci s'est prononcé pour aller plus loin
dans l'allégement de la dette prévu dans le
cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres
très endettés (PPTE, ou HIPC en anglais),
lancée en 1999 par le FMI et la Banque mondiale.
- La CNUCED préconise une suspension du
remboursement de la dette sans accumulation
supplémentaire d'intérêt pour les
pays très endettés, en attendant une
évaluation de la viabilité de leur dette
par un organisme indépendant. Au terme de cette
évaluation, réclamée par la CNUCED
depuis 1998, les créanciers s'engageraient
à annuler les dettes considérées
comme non recouvrables.
La CNUCED en faveur d'un protectionnisme
provisoire en Afrique
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- "Il faut revoir les accords pour que les pays
africains puissent assumer exceptionnellement une
politique interventionniste de protection provisoire (de
leurs économies) et réduire leur
dépendance vis-à-vis de l'extérieur
dans les produits de base", a plaidé Detlef
Kotte, économiste de la CNUCED, en
présentant ce même rapport à Paris.
- Il s'agit de "laisser le temps à certains
industriels de se développer avant d'être
mis en concurrence" avec des entreprises
étrangères, a-t-il expliqué, en
rappelant que tous les pays industrialisés
étaient passés par une phase de protection
de leur économie avant de passer à
l'intégration internationale.
- "Les intérêts des pays africains ont
jusqu'ici étaient complètement
négligés dans le contexte de l'OMC", a-t-il
ajouté, estimant que lors du dernier cycle de
négociations, les pays africains ont signé
des accords qu'ils n'ont pas les moyens d'appliquer.
- Pour M. Kotte, les pays africains ont fait "l'erreur
d'accepter une réduction du rôle de l'Etat".
"Les forces du marché ont une importance
très grande, c'est sûr. Mais il y a aussi un
rôle pour l'Etat si on veut arriver à une
croissance accélérée" en Afrique,
a-t-il insisté.
- Un bon sujet de discussions pour le prochains cycle
de négociations multilatérales prévu
en novembre à Doha (Qatar) dans le cadre de
l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).
- D'ores et déjà, les pays de la
Communauté de développement d'Afrique
australe (SADC) ont annoncé qu'ils demanderaient
un "traitement spécial et différentiel"
pour les pays en développement.
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