- La 4e
conférence ministérielle de
l'Organisation mondiale du commerce
(OMC) qui s'est tenue
à Doha a abouti le 14 novembre, après cinq
jours de travaux qui ont réuni les
délégués des 142 pays membres,
à un accord sur le lancement d'un nouveau cycle de
négociations multilatérales.
- Le lancement d'un nouveau cycle de
négociations est "un signe de confiance dans ces
temps difficiles. Dans un monde trop souvent
divisé, nous avons réalisé quelque
chose d'important.", a déclaré à
l'issue de la conférence, le directeur
général de l'Organisation mondiale du
commerce (OMC), Mike Moore. Un optimisme mitigé,
qui est loin d'être partagé par tout le
monde.
- Le nouveau cycle de négociations, qui
traitera pour la première fois de l'environnement,
sera engagé en janvier prochain et devrait durer
trois ans.
- Un regard critique: Nous publions en deux parties
(la suite dans le numéro 240), le point de vue de
Raoul Marc Jennar,
chercheur auprès de
l'organisation "Oxfam
Solidarité" et de
l'Unité de Recherche, de Formation et
d'Information sur la Globalisation
(URFIG).
-
- La Déclaration de Doha
- Malgré des freins, l'organisation
commerciale du monde se poursuit
- De Marrakech à Doha, la volonté des
pays industrialisés d'imposer l'idéologie
ultra-libérale à l'ensemble de la
planète n'a pas fléchi. Depuis l 'adoption
en 1994, au terme de l'Uruguay round, d'un ensemble
d'accords administrés par l'Organisation Mondiale
du Commerce (OMC), cette idéologie n'a pourtant
guère tenu ses promesses pour tous ceux dont la
priorité est la lutte contre la pauvreté
par un meilleur partage des richesses produites, par une
réduction des inégalités, par la
prééminence des droits des peuples sur les
intérêts privés. Tous les indicateurs
économiques, année après
année, prouvent que le libre-échange
érigé en dogme profite aux seuls pays
industrialisés. L'absence de décision, lors
de la 3e conférence ministérielle de
Seattle, a marqué le début de la
résistance du Sud à cette volonté
impériale du Nord. Grâce à de
réels progrès des pays en
développement (PVD) au niveau de leur expertise et
de leur cohésion, la conférence qui vient
d'avoir lieu à Doha, si elle a relancé le
processus de commercialisation des biens et des
personnes, a toutefois limité les ambitions
annoncées par les pays industrialisés. Mais
le corpus de Marrakech n'a pas été remis en
cause. Et la courageuse résistance des PVD va
réclamer de nouveaux et très importants
efforts dans les deux années qui nous
séparent de la prochaine conférence
ministérielle vers laquelle certaines exigences
des pays riches ont été reportées.
-
- Doha fournit également une leçon
brutale aux Européens qui militent en faveur d'un
monde solidaire fondé sur le droit. L'hypocrisie
du double langage des gouvernements européens et
de la Commission de Bruxelles est devenue une
évidence planétaire.
- Le langage humaniste et solidaire destiné
à endormir les bonnes consciences en Europe et
à abuser certains gouvernements du Sud n'a jamais
trouvé sa concrétisation autour de la table
des négociations.
- A l'heure des choix, l'Union européenne est
aux côtés des Etats-Unis, pas des PVD : le
protectionnisme n'est acceptable que lorsqu'il
bénéficie aux pays riches.
- A cet égard, la responsabilité des 15
gouvernements européens et des partis politiques
qui les soutiennent est entière. Tous les
gouvernements européens sont, de Jospin a
Berlusconi, sur la même ligne dans leur soutien au
mandat donné a Pascal Lamy et la participation
gouvernementale, ici et là, de Communistes ou de
Verts, n'y change malheureusement rien.
- L'impuissance des citoyens à modifier pour
Doha le mandat déjà confié à
la Commission européenne pour Seattle par les 15
parlements nationaux et les 15 gouvernements doit faire
réfléchir sur les stratégies
à mettre en ouvre dans les mois à venir.
L'autosatisfaction exprimée après Doha, par
les gouvernements européens et les partis qui les
soutiennent fournit une claire indication du chemin
à parcourir.
-
- Le processus de décision : l'oligarchie
persiste
- Les PVD ont fourni des efforts considérables
pour préparer Doha, pour en analyser les enjeux et
pour formuler à la fois leurs points de vue et
leurs alternatives, bref pour jouer le jeu du
débat démocratique dont Américains
et Européens leur font la leçon à
satiété. Ceux-ci, par contre, ont mis tout
en ouvre pour que la conférence de Doha
débute sur la base de leurs attentes, en
maltraitant les règles de l'OMC. Les positions
formulées par les PVD, à l'occasion de
plusieurs sommets intergouvernementaux [des pays
africains, des pays du groupe
Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), des Pays les Moins
Avancés (PMA), du Groupe des 77] ou lors des
réunions organisées
régulièrement ou informellement par l'OMC,
ont été systématiquement
ignorées et même niées, les
média occidentaux, complices de leurs
gouvernements, participant à une véritable
occultation des opinions contraires au discours dominant
imposé par les pays riches. Les projets successifs
de déclaration ministérielle
préparés par la présidence du
Conseil général de l'OMC étaient
scandaleusement déséquilibrés, ne
faisant sur aucun point référence aux
positions exprimées par les PVD, en violation des
règles de l'OMC. A leur arrivée à
Doha, les délégations officielles ont
été contraintes de travailler sur un projet
de déclaration totalement favorable aux diktats
des pays industrialisés. Chacun sait qu'engager
une négociation sur les positions adverses, c'est
être acculé à une situation de
faiblesse.
-
- A Doha, l'organisation des travaux ne s'est jamais
faite dans le souci du respect des règles
fondamentales du débat démocratique, mais
toujours dans un contexte de rapports de force. Ceux-ci
ont d'ailleurs été lourdement
illustrés lors de contacts bilatéraux entre
pays riches et pays en développement, les
promesses alternant les menaces. Les personnes
désignées pour procéder à des
consultations au nom de la présidence ont
été choisies parmi les partisans des pays
riches et les matières retenues pour ces
consultations étaient celles qui
répondaient aux attentes de ces mêmes pays.
Les PVD ont dû se battre pour qu'un des leurs soit
désigné afin de procéder à
des consultations sur des matières qui leur
tenaient à cour. En dépit du fait que
l'éclatement des négociations en sept
groupes exigeait de chaque pays une
délégation suffisamment nombreuse pour
être représentée dans ces groupes,
ces diverses consultations, comme les réunions des
chefs de délégation, ont permis aux PVD de
faire entendre leur voix. C'est un progrès par
rapport à Seattle où les
délégations des PVD - pourtant majoritaires
- attendaient dans les couloirs que les pays
industrialisés aient atteint un accord entre eux.
Mais ceux-ci, sauf à courir le risque d'un nouveau
Seattle, ne pouvaient se permettre d'avancer dans la
négociation en tenant tous les PVD à
l'écart. On n'isole pas facilement un pays d'un
milliard d'habitants, comme l'Inde. On a donc eu recours
aux formes les plus diverses de manipulation.
-
- Lorsqu'il est apparu que les PVD étaient en
mesure de forcer les pays riches à des
concessions, on a repris les « consultations
informelles », technique d'usage courant à
Marrakech et à Seattle, comme dans le
fonctionnement quotidien de l'OMC et mieux connue sous
l'expression de « green room» par
référence à la couleur initiale du
bureau du Directeur général de l'OMC.
- A Doha, la « green room » était en
fait la « suite présidentielle n°
11.» C'est là que le camp occidental et ses
alliés réunissaient
séparément les délégations
les plus résistantes. Ce fut aussi un moyen
d'isoler la délégation indienne du reste
des négociations pendant une partie de la nuit
décisive du 13 au 14 novembre. Cette nuit marque
en effet le tournant de la conférence de Doha. Les
tractations, entre 21 H le mardi et 5 H le mercredi ont
pris une allure dramatique. Seulement vingt pays (sur
144, la Chine et Taiwan ayant été admis
pendant la conférence) ont eu le droit
d'accéder à la suite présidentielle
n° 11. D'autres qui souhaitaient participer se sont
vus interdire l'accès. Certains pays admis n'ont
pu être représentés que par leur seul
ministre, à l'exclusion de tout expert qui aurait
pu l'éclairer. Les animateurs de ces tractations
ont joué de la confusion entre les
différents états des textes en discussion.
L'adhésion au texte proposé était
marchandée contre des promesses d'assistance
technique ou d'aides financières directes ou des
menaces de retrait de ces aides. On a été
jusqu'à intimider et persécuter les
ministres les plus résistants. Le
secrétariat de l'OMC s'est fait le complice actif
de ces pratiques, négligeant totalement ses
devoirs au service de tous les Etats membres.
-
- C'est au terme de cette nuit que la coalition des
pays rassemblant les pays africains, les pays ACP et les
PMA fut disloquée, les pays ACP ayant obtenu la
dérogation nécessaire à
l'application du régime commercial spécial
prévu par l'Accord de Cotonou. Mais, en
dépit de ces man¦uvres dignes des pratiques
mafieuses - c'est comme cela, avec l'appui de nos
gouvernements, qu'on entend réguler le monde du
commerce - à quelques heures de la fin des
négociations prolongées d'un jour, une
dizaine de pays tenaient encore bon lorsque furent
réunis tous les chefs de délégation.
Ce dernier carré s'est effrité lorsqu'il
s'est agi d'assumer la responsabilité d'un nouveau
Seattle. Seule l'Inde a mené la bataille
jusqu'à son unique terme possible, obtenant,
à l'arraché, une interprétation
décisive sur l'ouverture différée de
négociations dans les matières dites de
Singapour (voir infra). Ce qui lui vaut le mépris
du journal français «Le Monde»
l'accusant d'avoir fait obstruction jusqu'au bout.
- Doha a offert un démenti flagrant à
cette affirmation récente (09.11.2001) du
Financial Times selon laquelle «le système
multilatéral basé sur des règles
donne aux pauvres et aux faibles les mêmes droits
qu'aux riches et aux puissants.» L'OMC n'est pas une
institution démocratique. Ses méthodes de
fonctionnement organisent des rapports de force et non
des rapports de droit. Sa réforme est plus
indispensable que jamais. L'expérience outrageante
subie par les PVD devrait inciter ceux-ci à en
faire la première de leurs exigences pour la
prochaine conférence ministérielle.
-
- Le contenu de la déclaration : tout,
sauf le développement
- Pour évaluer correctement la portée de
la «Déclaration de Doha», il faut se
rappeler qu'il existe deux types de négociations
à l'OMC. Il y a les matières qui, en vertu
des Accords de Marrakech, font l'objet de
négociations quasi permanentes : agriculture,
services et droit de propriété
intellectuelle. C'est « l'agenda incorporé.
» Conférence ministérielle ou pas,
nouveau cycle ou pas, les négociations sur ces
matières sont programmées et elles sont en
cours. Seule une décision formelle de la
conférence ministérielle peut y mettre fin,
en modifier la portée ou en préciser les
orientations. La « Déclaration de Doha »
fournit des orientations pour les négociations sur
ces trois dossiers.
-
- La notion de « nouveau cycle » n'a
dès lors trait qu'aux négociations sur
d'autres matières. On distinguera donc, dans le
programme de Doha, ce qui a trait à l'agenda
incorporé et ce qui a trait au nouveau cycle de
négociations.
-
- Lors d'un sommet USA-Union européenne, au
printemps dernier en Suède, les gouvernements de
cette communauté atlantique économique
avaient appelé à un « nouveau cycle
ambitieux » de négociations en vue de
privatiser de nouveaux secteurs de la vie en
société. Cette volonté d'un cycle
« ambitieux » était confirmée par
les 15 gouvernements européens le 29 octobre
dernier, à Luxembourg. Lors d'une réunion
informelle rassemblant une vingtaine de pays, il y a
quelques semaines à Singapour, en présence
de l'hostilité des PVD à un nouveau cycle
de négociations, la proposition avait
été faite de rebaptiser le projet « un
agenda pour le développement », sans rien
changer, bien entendu, au contenu des propositions
ultra-libérales. Le programme de Doha, qu'il
s'agisse de l'agenda incorporé ou du nouveau
cycle, n'est ni ambitieux, ni consacré au
développement. Ce programme est limité
à quelques attentes des pays riches sans aucune
ouverture de négociations sur les dossiers
avancés par les pays en développement. On
peut, comme l'écrit Chakravarti Raghavan, dans
SUNS (n° 5011, du 16 novembre 2001) parler d'un
cycle « Tout, sauf le développement. »
- Les articles 1 et 2 de la Déclaration
réaffirment la foi dans les vertus d'un
libre-échange absolu, véritable dogme dont
la mise en ouvre produirait automatiquement la croissance
et le développement. Des formulations lyriques
s'ensuivent concernant la lutte contre la
pauvreté, devenue, depuis peu, l'antienne des
institutions (Banque Mondiale, Fonds Monétaire
International et OMC) qui ont le plus contribué
à l'accroissement de cette pauvreté.
-
- L'agenda incorpore
- C'est au siège de l'OMC, à
Genève, que se poursuivent, en permanence, les
négociations sur les trois dossiers de cet agenda.
La « Déclaration de Doha » s'est
limitée à indiquer les orientations qui
devront être données à ces
négociations. Elle n'a remis en cause aucun des
accords concernés, contrairement à la
demande des PVD.
-
- Agriculture
- C'est le dossier qui concerne l'écrasante
majorité de la population de la planète :
les petits paysans. Ce dossier offre la plus
éclatante opportunité d'observer
l'hypocrisie de l'Union européenne et des USA.
Ensemble, ils accordent chaque année, sous des
formes diverses, 380 milliards de US $ en primes et en
subventions, tout en interdisant, par l'Accord Agricole,
aux pays du reste du monde de soutenir leur production et
leur exportation de denrées alimentaires (dans
l'hypothèse où ils auraient la
capacité de le faire) et de protéger leurs
marchés intérieurs contre cette concurrence
déloyale. Rien, à Doha, n'a
été accordé aux petits paysans.
- Ni dans le dossier agricole, ni dans celui de la
protection des ressources naturelles et des savoirs
indigènes (voir le dossier ADPIC). Rien. L'Union
européenne a pris le risque de faire
échouer la conférence de Doha pour
protéger l'agro-industrie européenne et son
modèle hyper-productiviste (dont on connaît
par ailleurs les performances : dioxine, vache folle,
fièvre aphteuse, pollutions massives). Les PVD
demandaient un traitement tarifaire
préférentiel et des mesures
spécifiques pour la petite agriculture sous la
forme d'un chapitre spécial dans l'accord
agricole. L'Union européenne a été
à la pointe de l'opposition à cette demande
résumée dans l'expression «
Development Box ».
-
- Le projet de déclaration mentionnait la
volonté de s'engager à « mener des
négociations globales visant à
réduire les subventions à l'exportation en
vue de leur retrait progressif ». L'Union
européenne, dont les aides sont d'une autre nature
que celles des USA, a fait introduire dans le texte une
précision indiquant qu'il s'agit de réduire
« toutes les formes » de subventions, mais elle
a obtenu aussi que la mention « en vue de leur
retrait progressif » soit sans effets par
l'introduction d'une indication : « sans
préjudice du résultat des
négociations ».
-
- Services
- La Déclaration de Doha confirme les
négociations en cours, les orientations prises et
les objectifs poursuivis. En dépit des craintes
exprimées par les citoyens, rien ne vient
formellement indiquer que la notion de services publics
soit protégée contre la volonté de
privatisation, si ce n'est un paragraphe 7 de la
Déclaration qui stipule : « Nous
réaffirmons le droit des Membres, au titre de
l'Accord général sur le commerce des
services, de réglementer la fourniture des
services et d'introduire de nouvelles
réglementations à cet égard. »
- D'aucuns affirment que cette disposition permettra
aux Etats de protéger le concept de services
publics, en particulier dans les domaines de
l'éducation et de la santé. On notera que
les négociations qui vont commencer sur
l'environnement (voir infra) impliquent les services
d'environnement dès lors directement
menacés de privatisation.
-
- Droits de propriété
intellectuelle (ADPIC)
- L'Accord sur les Droits de Propriété
Intellectuelle en rapport avec le Commerce
(ADPIC) - forme très élaborée
du droit de propriété - contrarie
l'application de droits fondamentaux : le droit
à la santé (A) et le droit des
peuples à la souveraineté sur leurs
ressources naturelles (B), droits par ailleurs
consacrés dans des instruments internationaux
adoptés et ratifiés par l'ensemble des
Etats. Cet ADPIC aborde d'autres domaines de la
propriété intellectuelle (C).
-
- A. En ce qui concerne le droit à la
santé et son mode opératoire le droit
à l'accès aux médicaments
essentiels, une Déclaration distincte a
été adoptée, suite aux efforts
persistants des PVD, résolument unis dans ce
combat présenté à juste titre comme
une « question de vie ou de mort ».
-
- En février 2000, devant le Parlement
européen, le Commissaire européen au
Commerce international affirmait, péremptoire, que
les droits de propriété intellectuelle (les
brevets) n'ont aucune incidence sur le prix des
médicaments. La Déclaration adoptée
à Doha constate exactement le contraire. On mesure
le chemin parcouru. Le texte de Doha sur « l'ADPIC
et la santé » représente une
remarquable avancée politique, mais il ne contient
aucune traduction juridique, ce que n'a pas manqué
de souligner, en toutes occasions, la
délégation américaine.
- Les problèmes posés par les brevets en
matière de santé publique et de lutte
contre les épidémies ont été
identifiés et reconnus. Les Etats ont
formulé le voeu que l'application de l 'ADPIC ne
contrarie pas le droit des Membres de l'OMC à
prendre des mesures appropriées pour permettre
l'accès aux médicaments essentiels. Ils ont
prolongé de dix ans le moratoire relatif à
l'entrée en vigueur de l'ADPIC pour les PMA. Mais
ils ont refusé de s'engager et de prendre des
décisions contraignantes. Ils n'ont pas remis en
cause le principe du brevet. Une négociation doit
avoir lieu, à Genève, sur la question de
l'importation des médicaments
génériques. Elle devra se terminer avant la
fin de 2002.
-
- B. En ce qui concerne le droit des peuples
à la souveraineté sur leurs ressources
naturelles et la lutte contre la biopiraterie et le
brevetage du vivant, l'article 19 de la
Déclaration donne « pour instruction au
Conseil des ADPIC, dans la poursuite de son programme de
travail, y compris au titre du réexamen de
l'article 27 :3 b), de l'examen de la mise en ouvre de
l'accord sur les APIC (.) d'examiner entre autres choses,
la relation entre l'accord sur les ADPIC et la Convention
sur la diversité biologique, la protection des
savoirs traditionnels et du folklore et autres faits
pertinents. » Même si cette formulation
n'ouvre pas la renégociation de l'ADPIC
demandée par les PVD, elle ne clôt pas la
discussion sur son article 27 : 3 b), comme le demandait
l'Union européenne.
-
- Les avancées observées sur l'ADPIC
(pour les médicaments) dans la Déclaration
de Doha ne doivent pas faire oublier que cet Accord n'est
pas ouvert à renégociation.
Conformément aux exigences des multinationales
pharmaceutiques et de l'agro-industrie, l'Union
européenne et les USA sont résolument
hostiles à une telle renégociation
demandée avec insistance par les PVD. Le plus dur
reste donc à faire.
-
- C. La Déclaration annonce l'ouverture
de négociations sur l'établissement d'un
système multilatéral de notification et
d'enregistrement des indications géographiques
pour les vins et spiritueux. Il s'agit d'une mise en
¦uvre de l'article 23 de l'ADPIC et non sa
révision.
-
- Le nouveau cycle
- Sous la conduite d'un comité ad hoc, des
négociations vont se dérouler entre le
01.01.2002 et le 01.01.2005. Une conférence
ministérielle se réunira pour enregistrer
les résultats. La conduite de ces
négociations, leur conclusion et l'entrée
en vigueur de leurs résultats seront
considérées comme un engagement unique
s'appliquant immédiatement et automatiquement
à tous les Membres.
- Ces négociations porteront sur les
matières suivantes :
-
- - l'accès aux marchés pour les
produits non agricoles :
- il s'agit des droits de douane et des tarifs sur les
produits industriels. Les PVD et en particulier le groupe
africain avaient demandé qu'il n'y ait pas de
négociation avant qu'une étude approfondie
soit menée sur l'impact de l'abaissement des
droits de douane et des crêtes tarifaires sur la
désindustrialisation des PVD. Ils n'ont pas
été entendus. Si on n'y prend garde, les
négociations sur ce dossier peuvent
déboucher sur une extension considérable du
libre-échange dans des domaines qui touchent au
développement durable.
-
- - le GATT 1994 (c'est-à-dire les accords
intervenus dans le cadre de l'ancien GATT jusque 1994)
:
- les négociations porteront sur des questions
de mise en ouvre des dispositions existantes en
particulier dans le domaine des subventions (par ex. les
pêcheries) ainsi que sur les procédures et
les disciplines relatives aux accords commerciaux
régionaux.
-
- - l'environnement :
- les négociations porteront sur la relation
entre les règles de l'OMC et les accords
internationaux en matière d'environnement, mais
ces négociations ne lieront pas les pays qui ne
sont pas signataires de ces accords. Les USA restent donc
libres d'agir comme bon leur semble et d'imposer aux
autres des règles qu'ils refusent pour
eux-mêmes.
- Bien plus grave, la formulation de cette disposition
indique une prééminence implicite des
règles de l'OMC sur toutes les autres
règles qui font le droit international et une
incitation à ne pas adhérer aux accords
environnementaux.
- La Déclaration annonce aussi que les
négociations en matière d'environnement
porteront sur « la réduction ou
l'élimination des obstacles tarifaires et non
tarifaires visant les biens et services environnementaux.
» La voie est tracée pour la privatisation
des services publics environnementaux (eau,
énergie, déchets,þ).
- Par contre, les prescriptions en matière
d'étiquetage à des fins environnementales
sont renvoyées à un groupe de travail. La
priorité pour un développement durable
n'est pas présentée comme une limite
à l'extension du libre-échange.
- la mise en ¦uvre.
- Il ne s'agit pas à proprement parler de
négociations sur de nouvelles matières,
mais bien sur les modalités d'application des
accords existants. C'est une demande formulée
massivement par les PVD qui avaient souhaité que
les travaux sur la mise en ouvre et son impact puissent
déboucher éventuellement sur une
révision des accords existants, ce qu'ils n 'ont
pas obtenu. Aucun progrès significatif en ce qui
concerne le respect, par les pays riches, de l'Accord sur
les textiles et les vêtements, ni sur les recours
abusifs par ces mêmes pays à des mesures
anti-dumping.
-
- - la réforme du mécanisme de
règlement des différends.
- C'est la seule négociation qui portera sur un
accord existant et sur le fonctionnement de l'OMC. A la
différence des autres matières du nouveau
cycle, ces négociations devront être
terminées en mai 2003. Sans préjuger de
l'orientation de ces négociations, on se
réjouira de la possibilité ainsi offerte de
revoir un mécanisme qui a suscité à
juste titre de très nombreuses critiques.
-
- On s'en rend compte, la portée du nouveau
cycle est fortement limitée. Il en irait autrement
si les matières dites de Singapour devaient
être intégrées dans la
négociation. Les pays industrialisés
voulaient que le nouveau cycle porte sur l'investissement
(pour remettre en selle l'Accord Multilatéral sur
l'Investissement rejeté en 1998), la concurrence,
les marchés publics et la facilitation des
échanges. Ces matières constituaient en
fait le cour du nouveau round voulu par les pays riches.
Les PVD unanimes - et avec plus d'insistance encore, les
PMA - avaient, à maintes reprises,
déclaré qu'ils n'étaient pas
prêts à ce grand bon en avant dans le
libre-échange faisant de la planète un
marché unique dominé par les
sociétés transnationales venues du Nord.
-
- Toute la bataille menée pendant la nuit du 13
au 14 novembre a porté sur ces paragraphes du
projet de Déclaration (20, 23, 26 et 27). Dans les
premiers jours de la conférence, les PVD avaient
obtenu qu'une décision sur ces matières
soit renvoyée à la 5e conférence
ministérielle, en 2003. Mais, sous la pression de
l'Union européenne, elles ont été
réinscrites dans le programme du nouveau round,
avec la seule différence, par rapport aux autres
matières du programme, que les négociations
commenceront « après la 5e conférence
ministérielle sur la base d'une décision
qui sera prise, par consensus explicite, à cette
session, sur les modalités de négociations.
»
-
- C'est la ténacité de l'Inde qui a
abouti à la présentation, avant l'adoption
de la Déclaration en séance
plénière, d'une interprétation de la
présidence formulée comme suit : « Je
voudrais noter que certaines délégations
ont demandé des clarifications en ce qui concerne
les paragraphes 20, 23, 26 et 27 du projet de
déclaration.
- Permettez-moi d'indiquer que, vu le nécessaire
respect de la référence, dans ces
paragraphes, à un « consensus explicite
» pour la décision qui doit être prise
lors de la 5e conférence ministérielle, mon
interprétation est qu'une décision devra
effectivement être prise, par un consensus
explicite, avant que puissent commencer les
négociations sur Commerce et Investissement,
Commerce et Concurrence, Transparence et Marchés
publics, Facilitation des Echanges.
- De mon point de vue, cela devrait donner à
chaque Membre le droit de prendre position sur les
modalités ce qui empêcherait les
négociations de débuter après la 5e
Conférence jusqu'à ce que ce Membre soit
prêt à prendre part à un consensus
explicite. »
-
- Ce qui signifie qu'en 2003, si un Membre n'est pas
disposé à participer au consensus, les
négociations sur ces quatre matières ne
pourront pas commencer. Les USA et l'Union
européenne vont certainement avancer que cette
interprétation de la présidence n'a pas la
valeur légale de la Déclaration.
- Il y a peut-être matière à
débat pour des juristes, encore que cette
précision de la présidence de la
conférence fasse partie intégrante de ses
travaux et que nul ne peut préjuger du
résultat final sur l'adoption de la
Déclaration de Doha si cette interprétation
de la présidence n'avait pas été
formulée avant cette adoption.
- Au-delà du débat juridique, il y a
incontestablement un engagement politique à ne
forcer la main d'aucun pays avant d'ouvrir les
négociations sur ces matières.
-
- Quant aux autres matières qui ne font pas
l'objet de négociations (commerce
électronique, petites économies, dette et
finances, transfert de technologie, coopération
technique et renforcement des capacités) elles
sont renvoyées à des groupes de travail au
sein de l'OMC. Les normes fondamentales du travail
internationalement reconnues demeurent de la
compétence exclusive de l'Organisation
Internationale du Travail.
-
- En conclusion, on notera que si le fonctionnement et
les règles de l'OMC restent très
préjudiciables aux PVD, ceux-ci ont
commencé à défendre leurs
intérêts. Des négociations vont se
poursuivre sur l'agenda incorporé et commencer sur
quelques matières nouvelles. Tout va se passer
désormais à Genève. Une longue et
dure bataille va devoir être menée pour que
le commerce soit au service des peuples et non plus les
peuples au service du commerce.
-
- Raoul Marc Jennar
- 21 novembre 2001
-
- URFIG: Site Web : www.urfig.org
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