N° 240
du 30/11/2001

Economie


Diamants de guerre
Quelques avancées en vue d'un système de certification

Une conférence qui s'est tenue à Gaborone au Botswana sur la lutte contre le commerce illicite des "diamants de la guerre" s'est achevée le 30 novembre avec un accord sur la teneur d'un système de certification internationale des pierres, avec l'objectif d'une mise en place d'ici fin 2002.
Six ministres et des représentants de pays producteurs, importateurs ou exportateurs ont convenu dans le communiqué final que le contenu technique de leurs travaux à huis clos "fournit une bonne base pour le système envisagé" de certification de l'origine légale des diamants en circulation.
Les participants de la réunion, dans la cadre du processus dit "de Kimberley" - forum international mandaté pour mettre un terme au trafic de diamants alimentant conflits et rébellions - ont appelé les pays qui le peuvent à appliquer d'ores et déjà les modalités du système de certification, sur lesquelles l'accord est intervenu.
Les ministres n'ont pas dévoilé le détail de ces modalités techniques, mais la présidence de la réunion a évoqué l'usage de containers et scellés successifs obligatoires, pour éviter la "contamination" de diamants légalement exportés par des pierres illicites.
La déclaration de Gaborone encourage les autres pays à le faire d'ici juin 2002. Ils affirment leur "intention" d'avoir le système de certification "pleinement en application d'ici la fin 2002".
Les participants s'engagent à soumettre "immédiatement" un rapport sur leur travaux aux Nations Unies et recommandent à l'ONU d'agir pour entériner et "soutenir la mise en application du système international de certification".
Selon la ministre sud-africaine des Affaires minérales, Phumzile Mlambo-Ngcuka, l'Assemblée générale de l'ONU devrait ratifier le document issu de Gaborone assez rapidement.
Ministres et délégués à Gaborone ont toutefois souligné que plusieurs questions restaient à résoudre avant qu'un système international de certification soit opérationnel, en particulier celle des sanctions contre un Etat contrevenant, et celle du financement d'un mécanisme de contrôle.
La déclaration reconnaît aussi qu'"un système de certification des diamants bruts ne sera crédible que si tous les participants ont établi des systèmes internes de contrôle destinés à éliminer le commerce des diamants de guerre sur leur propre territoire".
Mme Mlambo-Ngcuka a aussi noté le besoin de s'assurer que les mécanismes de contrôle soient "compatibles avec les lois internationales gouvernant le commerce" et respectent "les notions de souveraineté d'Etat, d'égalité et de respect mutuel".
 
Un collectif d'organisations non-gouvernementales associées au "processus de Kimberley", présentes aux travaux de Gaborone, a rappelé que "tout accord devra être légalement contraignant, et pour cela le processus de certification devrait faire l'objet d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU". "Nous exhortons tous les membres du processus de Kimberley à poursuivre cet objectif avec la même urgence que celle manifestée par la communauté internationale en vue d'une résolution du Conseil de sécurité sur le financement du terrorisme", a déclaré le collectif, qui comprend les ONG Global Witness, Fatal Transactions, et Partnership Africa Canada.
Le ministre sierra-léonais des Affaires minérales, Alhadji Muhammad a souligné l'urgence d'un système de certification en place, soulignant qu'en dépit d'une certification en place dans son pays, il demeure "des brèches" dans lesquelles "le commerce illicite de diamants continue. Il est important de fermer ces brèches avant qu'il n'alimente une nouvelle guerre".
Le département d'Etat américain s'est félicité des résultats de la rencontre de Gaborone, saluant "une série de pas significatifs". La Chambre des représentants vient d'adopter un projet de loi donnant pouvoir au président américain pour imposer des sanctions contre des pays manquant à leurs obligations de contrôle de la provenance des diamants.
Les ministres chargés des Affaires minérales d'Afrique du Sud, du Botswana, d'Angola, de République démocratique du Congo, de Sierra Leone et de Tanzanie étaient présents à Gaborone.


Retour au sommaire ECONOMIE

Retour au sommaire ARCHIVE
Retour en haut de page