N° 244
du 06/02/2002

Economie


A Porto Alegre
Les pays du Sud revendiquent l'accès aux médicaments

Les pays du Sud ont revendiqué le "droit de vivre" et l'accès aux médicaments, et des ONG ont avancé des propositions en ce sens, lors de la seule conférence du Forum social consacrée à la santé.
Un constat a ouvert la discussion: 72% de la population mondiale vit dans des pays en voie de développement (PVD), qui représentent 7% des ventes de médicaments: un tiers de l'humanité n'a pas accès aux médicaments et dans certains pays d'Afrique et d'Asie, ce taux dépasse 50%.
Pour Michel Lotrowska, de Médecins sans frontières, les accusés sont les grands laboratoires pharmaceutiques qui délaissent la recherche sur les maladies touchant ces pays: "entre 1979 et 2002, seul 1% des nouvelles molécules (à la base de médicaments) concernent des maladies tropicales".
"Pour la malaria, la maladie du sommeil, nous utilisons des médicaments d'il y a quarante ans", a souligné M. Lotrowska, "et il n'existe pas de médicament pour la dengue, dont une épidémie sévit en ce moment à Rio de Janeiro".
Par ailleurs, la production de médicaments génériques &emdash;copie d'une molécule tombée dans le domaine public et vendue beaucoup moins cher&emdash; est considérablement entravée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), selon M. Lotrowska.
L'OMC impose aux pays qui veulent y adhérer la ratification d'un traité sur la propriété intellectuelle qui englobe les brevets (TRIPS). "Or, 99% des brevets mondiaux appartiennent à des individus ou des entreprises des pays riches", a-t-il relevé.
"Un médicament que Pfizer peut vendre 29 cents en Thaïlande et 27,60 dollars au Guatemala montre qu'il n'y a aucune transparence dans les prix. Le marché global n'est pas un marché libre mais un marché organisé pour le profit des multinationales", a estimé Adrian Lovitt, d'Oxfam.
Dans ce contexte, la possibilité de casser un brevet en cas d'urgence sanitaire comme pour la pandémie du sida en Afrique, obtenue au sommet de l'OMC à Doha (Qatar), fait figure de "victoire" pour les pays du Sud. "Il faut maintenant pousser les gouvernements à s'en saisir et s'occuper de l'importation de médicaments génériques dans les pays qui ne peuvent pas en produire", a ajouté M. Lovitt.
"Ce n'est pas qu'une question de conquérir un médicament, nous demandons le droit de base de continuer à vivre", a déclaré Mario Schaffer, représentant du Groupe pour la vie, une association brésilienne de lutte contre le sida. "Il faut définir quels médicaments sont nécessaires à la préservation de la vie et faire de leur accès un droit fondamental", a ajouté M. Schaffer, ce qui implique "d'empêcher certaines molécules d'être brevetées".
Petite lueur d'espoir, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait ajouter à sa liste de "médicaments essentiels" les rétroviraux, qui combattent le virus du sida.
Pour déjouer les stratégies des multinationales pharmaceutiques, M. Schaffer préconise aussi la création d'une "banque publique de comparaison des prix et d'un fonds mondial de recherche". Une idée qui a recueilli l'adhésion du représenant d'Oxfam. Ce dernier a également mis l'accent sur la "nécessaire augmentation des aides aux PVD" pour leur permetrre de développer non seulement des politiques sanitaires mais aussi les infrastructures et les industries afférentes. Enfin, M. Lovitt a plaidé pour l'annulation de la dette extérieure des PVD qui en règle générale dépensent plus pour rembourser leur dette que pour la santé. (avec AFP)


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