N° 244
du 06/02/2002

Economie


Kofi Annan : à trop ignorer les pauvres...

Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan a mis en garde les chefs d'entreprises réunis au Forum économique mondial à New York sur le danger, pour l'économie mondiale, d'ignorer la pauvreté dans le monde.
"La désagréable vérité est que les marchés accordent une prime au succès et tendent à punir les pauvres pour le seul fait qu'ils sont pauvres," a déclaré Annan lors du discours de clôture du Forum.
Les investissements des entreprises doivent tenir compte des questions de pauvreté et de santé dans les pays les plus pauvres qui ont en outre besoin d'être aidés pour attirer ces investissements, a souligné Annan.
Les pays riches doivent en outre ouvrir aux pays en développement leurs marchés agricoles subventionnés. Tout en doublant leur aide au développement pour la faire passer de 50 à 100 milliards de dollars, alors que de nombreux pays n'atteignent pas le taux de 0,7% du Produit national brut (PNB) que l'Onu recommande de consacré à l'aide au développement.
Les Etats-Unis consacrent environ 0,1% de leur PNB de 10.000 milliards de dollars à l'aide au développement, soit une aide par tête inférieure à celle de la plupart des autres pays industrialisés.
"Toutes ces questions ne peuvent plus être réglées dans des réunions privées entre riches et puissants. Les pays en développement doivent avoir une participation aussi importante que les autres dans l'avenir de l'économie mondiale" a encore dit le SG de l'Onu.
Kofi Annan s'est aussi efforcé de rapprocher le fossé qui sépare le Forum de New York du Forum social mondial de Porto Alegre, au Brésil. Plusieurs responsables de l'Onu, comme Juan Somavia, à la tête de l'Organisation internationale de travail et Mary Robinson, Haut commissaire pour les Droits de l'Homme, ont d'ailleurs assisté aux deux manifestations.
La réunion de Porto Alegre, a souligné Annan, est conçue comme une critique du Forum de New York en partant de l'hypothèse que le monde des affaires n'est intéressé que par le profit. "Je pense que cette perception est erronée et que la mondialisation, loin d'être la cause de la pauvreté et des autres maux sociaux, offre le meilleur espoir de les surmonter" a-t-il estimé,ajoutant : "Mais c'est à vous de prouver que c'est faux."
Sinon, a-t-il estimé, les pays pauvres pourraient s'enfoncer dans la guerre et menacer la stabilité mondiale et, de ce fait, la santé de l'économie mondiale.
"Laissés à leur pauvreté, ces pays ont les plus grandes chances de tomber ou de retomber dans le conflit et l'anarchie, une menace pour leurs voisins et une menace potentielle pour la sécurité mondiale comme les événements du 11 septembre nous l'ont brutalement rappelé" a-til encore déclaré.
Alors qu'un milliard d'habitants de la planète vit avec moins d'un dollar par jour, l'aide au développement doit être accompagnée par le commerce ainsi que par un allégement de la dette, a ajouté Annan, en soulignant que seulement une poignée de pays en développement attiraient les investisseurs étrangers.
Quant aux groupes pharmaceutiques, ils feraient bien de s'intéresser aux produits à bas coûts, nécessaires à la prévention des maladies, a-t-il dit relevant lui aussi qu'entre 1975 et 1997, seulement 13 des 1.233 médicaments brevetés étaient destinés aux maladies tropicales.
"L'investissement dans la santé des pauvres est un tremplin pour la croissance économique, avec un retour sur investissement multiplié par six," a affirmé Annan. Si en plus la charité devient rentable... (avec Reuters)


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