N° 244
du 06/02/2002

Economie


A Porto Alegre ou New York, les Etats-Unis sur la sellette

Le Forum social qui s'est tenu à Porto Alegre au Brésil a donné un nouveau souffle à la campagne contre la mondialisation libérale, alors que l'on pouvait craindre que ce mouvement ne soit définitivement enterré après les attentants du 11 septembre dernier aux Etats-Unis.
A New York comme à Porto Alegre, les Etats-Unis ont été d'ailleurs la cible principale des critiques, y compris de la part des partenaires traditionnels de l'Amérique qui commencent, comme l'ancien ministre français de l'Economie, à remettre en question la toute puissance des USA dans les institutions internationales comme le FMI. Dominique Strauss-Kahn, aujourd'hui député socialiste français, a ainsi estimé à New York que le fonctionnement du FMI et de la Banque mondiale était "un réel problème". Si le temps de la réforme est arrivé il reste à savoir "qui prend la décision" de faire évoluer l'architecture financière mondiale, a-t-il noté.
Outre le poids des USA dans les deux organisations financières internationales, le refus américain d'augmenter l'aide au développement a également été sur la sellette. Alors que le même Dominique Strauss-Kahn estimait que les pays "riches" doivent "faire un énorme effort dans cette direction par le biais de dons ou d'annulation de dettes", le secrétaire américain au Trésor, Paul O'Neill, est resté figé sur cette question, estimant qu'il serait plus efficace d'aider les pays pauvres à mieux gérer l'aide qu'ils reçoivent déjà. L'idée, a-t-il dit, est de faire des pays en développement, "les moteurs de la croissance économique et pas seulement l'objet de notre pitié."
Reste que la question de la pauvreté dans le monde, avec son cortège de conséquences, a occupé les esprits des grands argentiers, davantage que lors des précédents sommets de Davos. Pour Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères, il y avait cette année dans l'air du Forum mondial de New York "comme une mauvaise conscience chez les pays riches" après les attentats du 11 septembre.
 
Un "manifeste pour un monde sans guerre".
 
Chacun de leur côté, les dirigeants politiques et économiques au forum économique mondial à New York, et les avocats des exclus au contre-forum de Porto Alegre, ont le plus souvent abordé les mêmes thèmes, comme la pauvreté ou la mondialisation, sans jamais exprimer la même vision du monde.
A Porto Alegre, les Etats-Unis, porte-drapeau du libéralisme ont bien évidemment été une cible privilégiée présentés eux aussi comme une "force du mal", cet état maléfique contre lequel le président Bush croit devoir partir en croisade. Et même la manière avec laquelle les Etats-Unis mènent leur lutte contre le terrorisme façon "redresseur de tord" a été dénoncée à Porto Alegre, notamment dans un "manifeste pour un monde sans guerre" adopté à l'issue d'un cycle de conférences.
"Les attentats terroristes du 11 septembre ont eu pour réponse l'instauration de la terreur comme forme de relations entre les pays, qui s'est substituée au droit international", ont dénoncé le gouvernement de l'Etat de Rio grande do Sul, le Conseil latino-américain de sciences sociales (CLACSO) et la Centrale unique des travailleurs (CUT). "Les Etats-Unis &emdash; principal protagoniste impliqué directement ou indirectement dans quasiment tous les conflits armés existants &emdash; ont commencé à imposer leur volonté par la force, par les bombardements, les menaces, en assumant le rôle de juge et de policier du monde", ont souligné les signataires.
Ce texte a été précédé des interventions de trois prix Nobel de la paix, Rigoberta Menchu (1992), Adolfo Perez Esquivel (1980) et le Dr Morten Rostrup de Médecins Sans Frontières qui a reçu collectivement le prix (1999). L'Indienne guatémaltèque a estimé que la guerre contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis a fait tomber "un nouveau rideau de silence sur les problèmes fondamentaux" auxquels les pays devraient s'intéresser. "Aujourd'hui, les organisations qui pourraient garantir une médiation ont été affaiblies", a-t-elle dit en référence aux Nations unies, estimant par ailleurs que les événements du 11 septembre ont abouti "à une redistribution des pouvoirs à l'échelle mondiale qui ne s'est pas forcément faite au bénéfice de la population".
Le seul écho venu de New York dénotant une meilleur compréhension du problème a été le constat émis par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell pour qui "le terrorisme se développe là où règnent la pauvreté et le désespoir", ajoutant même : "Nous devons nous lancer à l'assaut de la pauvreté et du désespoir".
Enfin, les Etats-Unis ont aussi subi une volée de bois vert de la part des participants au Forum parlementaire mondial (FPM) qui se tenait en marge du Forum de Porto Alegre. Les parlementaires ont adopté une dizaine de résolutions soit à l'unanimité, soit par un "très large consensus" (qui reste le mode de fonctionnement du Forum), critiquant vivement les déclarations de Georges W. Bush et de ses secrétaires Rumsfeld et Powell qui ont récemment désigné l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord comme les prochaines cibles dans la lutte contre le terrorisme.


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