- Le Forum social qui
s'est tenu à Porto Alegre au Brésil a
donné un nouveau souffle à la campagne
contre la mondialisation libérale, alors que l'on
pouvait craindre que ce mouvement ne soit
définitivement enterré après les
attentants du 11 septembre dernier aux Etats-Unis.
- A New York comme à Porto Alegre, les
Etats-Unis ont été d'ailleurs la cible
principale des critiques, y compris de la part des
partenaires traditionnels de l'Amérique qui
commencent, comme l'ancien ministre français de
l'Economie, à remettre en question la toute
puissance des USA dans les institutions internationales
comme le FMI. Dominique Strauss-Kahn, aujourd'hui
député socialiste français, a ainsi
estimé à New York que le fonctionnement du
FMI et de la Banque mondiale était "un réel
problème". Si le temps de la réforme est
arrivé il reste à savoir "qui prend la
décision" de faire évoluer l'architecture
financière mondiale, a-t-il noté.
- Outre le poids des USA dans les deux organisations
financières internationales, le refus
américain d'augmenter l'aide au
développement a également été
sur la sellette. Alors que le même Dominique
Strauss-Kahn estimait que les pays "riches" doivent
"faire un énorme effort dans cette direction par
le biais de dons ou d'annulation de dettes", le
secrétaire américain au Trésor,
Paul O'Neill, est resté figé sur
cette question, estimant qu'il serait plus efficace
d'aider les pays pauvres à mieux gérer
l'aide qu'ils reçoivent déjà.
L'idée, a-t-il dit, est de faire des pays en
développement, "les moteurs de la croissance
économique et pas seulement l'objet de notre
pitié."
- Reste que la question de la pauvreté dans le
monde, avec son cortège de conséquences, a
occupé les esprits des grands argentiers,
davantage que lors des précédents sommets
de Davos. Pour Hubert Védrine, le ministre
français des Affaires étrangères, il
y avait cette année dans l'air du Forum mondial de
New York "comme une mauvaise conscience chez les pays
riches" après les attentats du 11 septembre.
-
- Un "manifeste pour un monde sans
guerre".
-
- Chacun de leur côté, les dirigeants
politiques et économiques au forum
économique mondial à New York, et les
avocats des exclus au contre-forum de Porto Alegre, ont
le plus souvent abordé les mêmes
thèmes, comme la pauvreté ou la
mondialisation, sans jamais exprimer la même vision
du monde.
- A Porto Alegre, les Etats-Unis, porte-drapeau du
libéralisme ont bien évidemment
été une cible privilégiée
présentés eux aussi comme une "force du
mal", cet état maléfique contre lequel le
président Bush croit devoir partir en croisade. Et
même la manière avec laquelle les Etats-Unis
mènent leur lutte contre le terrorisme
façon "redresseur de tord" a été
dénoncée à Porto Alegre, notamment
dans un "manifeste pour un monde sans guerre"
adopté à l'issue d'un cycle de
conférences.
- "Les attentats terroristes du 11 septembre ont eu
pour réponse l'instauration de la terreur comme
forme de relations entre les pays, qui s'est
substituée au droit international", ont
dénoncé le gouvernement de l'Etat de Rio
grande do Sul, le Conseil latino-américain de
sciences sociales (CLACSO) et la Centrale unique
des travailleurs (CUT). "Les Etats-Unis &emdash;
principal protagoniste impliqué directement ou
indirectement dans quasiment tous les conflits
armés existants &emdash; ont commencé
à imposer leur volonté par la force, par
les bombardements, les menaces, en assumant le rôle
de juge et de policier du monde", ont souligné les
signataires.
- Ce texte a été
précédé des interventions de trois
prix Nobel de la paix, Rigoberta Menchu (1992), Adolfo
Perez Esquivel (1980) et le Dr Morten Rostrup de
Médecins Sans Frontières qui a reçu
collectivement le prix (1999). L'Indienne
guatémaltèque a estimé que la guerre
contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis a
fait tomber "un nouveau rideau de silence sur les
problèmes fondamentaux" auxquels les pays
devraient s'intéresser. "Aujourd'hui, les
organisations qui pourraient garantir une
médiation ont été affaiblies",
a-t-elle dit en référence aux Nations
unies, estimant par ailleurs que les
événements du 11 septembre ont abouti
"à une redistribution des pouvoirs à
l'échelle mondiale qui ne s'est pas
forcément faite au bénéfice de la
population".
- Le seul écho venu de New York dénotant
une meilleur compréhension du problème a
été le constat émis par le
secrétaire d'Etat américain Colin Powell
pour qui "le terrorisme se développe là
où règnent la pauvreté et le
désespoir", ajoutant même : "Nous devons
nous lancer à l'assaut de la pauvreté et du
désespoir".
- Enfin, les Etats-Unis ont aussi subi une volée
de bois vert de la part des participants au Forum
parlementaire mondial (FPM) qui se tenait en marge du
Forum de Porto Alegre. Les parlementaires ont
adopté une dizaine de résolutions soit
à l'unanimité, soit par un "très
large consensus" (qui reste le mode de fonctionnement du
Forum), critiquant vivement les déclarations de
Georges W. Bush et de ses secrétaires Rumsfeld et
Powell qui ont récemment désigné
l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord comme les
prochaines cibles dans la lutte contre le terrorisme.
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