- La capitale d'un Etat
pétrolier, Malabo, et ses 60.000 habitants,
totalement privés de courant depuis un mois:
l'exemple illustre jusqu'à la caricature la
situation catastrophique du secteur de
l'électricité en Afrique.
- Une majorité d'Africains n'ont pas
accès au réseau et pour les
"branchés" l'électricité reste une
denrée rare, souvent de mauvaise qualité,
au préjudice de l'économie.
- Si les abonnés de pays comme la Côte
d'Ivoire, le Gabon, le Zimbabwe, ou l'Afrique du Sud ne
subissent que de rares et courtes coupures, attribuables
à des phénomènes climatiques (orages
ou grosses chaleurs), le quotidien de nombreux Africains
est fait de délestages réguliers, de
coupures intempestives et parfois interminables, de
dangereuses surtensions.
- En cause, des moyens de production insuffisants ou en
déliquescence, des réseaux de distribution
vétustes, les difficultés
financières des sociétés nationales
d'électricité, dues autant à des
gestions catastrophiques qu'à de nombreux
impayés et à des fraudes.
- La Société tchadienne d'eau et
d'électricité (STEE) ne dispose
actuellement que de quatre générateurs en
état, d'une capacité totale insuffisante de
18 mégawatts. Conséquence: des
délestages tournants, qui n'empêchent pas la
STEE de facturer le kilowatt/heure 280 FCFA (0,43 EUR),
faisant de l'électricité nationale l'une
des plus chères au monde.
- Dans certains pays, la production repose sur des
centrales hydro-électriques installées sur
les principaux fleuves, dont le débit varie selon
la météo. Ces dernières
années, des sécheresses ont affecté
la production au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie...
- Au Cameroun, la saison sèche occasionne
actuellement par des délestages et des coupures
impromptues dans plusieurs villes dont Yaoundé et
Douala, la capitale économique.
- La société publique
d'électricité nigériane NEPA produit
aujourd'hui 3.000 mégawatts en moyenne, largement
insuffisants pour les 120 millions de Nigérians.
En comparaison, la société sud-africaine
ESKOM produit 40.000 mégawatts pour une population
trois fois moindre.
- La République démocratique du Congo,
très mal desservie, possède pourtant
à Inga (300 km en aval de Kinshasa), le
deuxième plus important barrage du continent
après Assouan (Egypte).
- L'ouvrage pourrait fournir toute l'Afrique centrale,
"jusqu'à l'Egypte", dit-on. Faute d'entretien, il
ne fonctionne qu'à 30% de son potentiel.
- Les guerres civiles ont également
endommagé les réseaux de production et de
distribution en Angola, au Congo-Brazzaville, en
Guinée-Bissau, où le dernier
générateur électrique a rendu
l'âme le 1er novembre 2000.
- Les réseaux de distribution sont
également en piteux état.
- Si les usagers sénégalais,
nigériens, togolais, béninois,
burkinabés, et algériens sont moins
touchés que certains "frères" africains,
délestages et coupures leur sont toutefois
familiers.
- Outre le désagrément des abonnés
et les dégâts causés aux appareils
électriques par les surtensions, cette
distribution anarchique pénalise lourdement
l'activité économique africaine.
- Une importante pénurie avait ainsi contraint
le Kenya à rationner l'électricité,
de mai 1999 à janvier 2001, à 32 heures
hebdomadaires pour les industries.
- Au Togo, certaines entreprises ont dû fermer.
Les industriels camerounais ont récemment
tapé du poing sur la table en réclamant des
réparations évaluées à
plusieurs milliards de francs CFA à la
société d'électricité.
- Les pêcheurs du village comorien d'Iconi (5 km
au sud de Moroni) ont déversé en mars
plusieurs dizaines de kilos de poissons avariés
dans la cour de la société
d'électricité: leurs chambres froides ne
l'étaient plus depuis dix jours.
- Partout, le règne de la débrouille:
dérivations sauvages tarifées au voisinage
dans les bidonvilles de Luanda, commerce de néons
rechargeables, lampes à pétrole et bougies
pour les "marchands de lumière" camerounais.
- La situation catastrophique au Nigeria en a fait le
pays doté du plus grand parc de
générateurs privés du monde.
-
- Et la solution miracle des bailleurs de fonds, la
privatisation des sociétés
d'électricité, n'a pas toujours les effets
escomptés.
- Si la situation s'est nettement
améliorée au Gabon et en Côte
d'Ivoire, les prestations de la société
camerounaise AES-Sonel, privatisée en juillet
2001, a conduit les Camerounais à surnommer Mark
Miller, son directeur, "Dark" Miller. Les habitants de
Rabat ont récemment protesté contre des
"factures trop élevées" de la
société privatisée.
- Le Kenya se tourne lui vers la géothermie dans
la Vallée du Rift, pour tenter de résoudre
ses problèmes de production. Les ONG camerounaises
militent elles en faveur du développement de
l'énergie solaire.
-
- Le Cameroun, un cas d'école
-
- La pénurie d'électricité dont
souffrent depuis plusieurs mois les grandes villes du
Cameroun serait liée à l'absence de
stratégie de l'Etat camerounais et au processus de
privatisation du secteur de l'énergie, selon une
étude ministérielle. Cette étude,
réalisée en décembre 2001 par le
ministère du Développement industriel et
Commercial, met en lumière des erreurs de calcul
au moment de la privatisation, en juillet 2001, de la
Société nationale
d'électricité (Sonel).
- "Les capacités opérationnelles ont
été surestimées à 60% et,
(...) la demande effective d'énergie du secteur
public minorée d'au moins trois points", indique
ce rapport, resté jusqu'à présent
confidentiel.
- "Le modèle de privatisation des services
publics à caractère industriel et
commercial adopté par le Cameroun, sous
l'égide des institutions de Bretton Woods, pose de
sérieux problèmes, tant sur le champ de la
politique économique que sous l'angle de la
théorie économique proprement dite", note
ce document.
- Le rapport relève par ailleurs l'absence
d'investissements dans ce secteur depuis 1990: rien n'a
été fait afin de "renforcer de
manière substantielle la capacité de
production pour satisfaire la demande croissante
d'énergie", estimée à 8%
supplémentaires par an.
- La production d'électricité au Cameroun
n'atteint que "40% de la puissance totale
installée, ce qui révèle sans nul
doute des défaillances techniques" dans les
principales centrales hydro-électriques du pays,
indique la même source.
- La société privée AES-Sonel, qui
a repris les activités de la Sonel sous forme
d'une concession de 20 ans, se trouve depuis plusieurs
semaines au milieu d'une tourmente médiatique.
- La presse camerounaise a notamment accusé le
groupe américain AES, détenteur de 51% du
capital de la Sonel, d'avoir bloqué tous les
investissements de sa filiale camerounaise et
d'être responsable des fréquents
délestages qui affectent les grands centres
urbains.
- AES-Sonel a expliqué de son côté
avoir été pénalisée par une
sécheresse exceptionnelle qui perturbe la
production de ses barrages hydro-électriques.
L'Etat camerounais a toutefois annoncé, le 3
avril, la mise en place d'un comité chargé
d'examiner le respect des engagements de la
société américaine.
- AES-Sonel avait également dû, fin mars,
démentir des informations de presse selon
lesquelles ses investissements au Cameroun étaient
gelés en raison des graves difficultés
financières rencontrées par sa maison
mère, le groupe américain AES.
- Une publication camerounaise, La Nouvelle Expression,
a rapporté l'envoi par la présidence
camerounaise à AES d'un "préavis de
résiliation de contrat (...) pour non respect du
cahier des charges", mais ni la présidence
camerounaise, ni AES, n'ont souhaité confirmer ou
démentir cette information.
- Aux termes du contrat signé en juillet 2001,
l'Etat camerounais a cédé à
l'opérateur américain 56% du capital de la
Sonel, et ses activité ont été mises
en concession pour une durée de 20 ans. Le
patrimoine de la société lors de la
privatisation reste propriété de l'Etat.
(avec AFP)
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