- Les experts des pays exportateurs de l’Union
économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, 8 pays)
s’inquiètent de la montée de l’euro face au
dollar, qui pourrait à long terme provoquer d’importants
manques à gagner sur les recettes d’exportations.
Si moins de la moitié
des Etats de l’UEMOA sont directement exposés
aux effets d’une plongée continue du billet vert, les Etats
exportateurs de produits exprimés en dollars comme le café,
le cacao, le pétrole et le coton peuvent eux redouter des chutes
des recettes.
Les chefs d’Etat de l’UEMOA, qui ont tenu le 10 janvier
leur sommet annuel à Niamey ne s’en sont toutefois guère
alarmés, consacrant plutôt une large part de leurs travaux
à «la politique intérieure».
Il est vrai qu’en raison de la parité fixe entre l’euro
et le Fcfa (1 euro = 6,55957 FCFA) commun aux pays de l’UEMOA,
la montée de la monnaie européenne n’est nullement
une menace pour la zone.
En revanche, le Burkina ou le Mali, pays de l’hinterland durement
touchés par la crise ivoirienne qui ont consolidé en 2003
leur croissance de 5,6% et 7,9%, misent beaucoup sur les exportations
de coton.
Frappée par une grave récession (-2,2%) la Côte
d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA avec 40% des richesses,
espère remonter la pente grâce aux exportations de cacao
et pétrole dont les productions ont augmenté de +5,1%
et 63,8%.
«Mais la hausse de l’euro face au dollar risque de contrarier
les exportations des produits de base qui sont malheureusement la principale
ressource de l’UEMOA», a commenté Pierre Huret, conseiller
à la présidence du Niger. «Cacao, coton sont exposés
à subir une décote importante», explique-t-il.
«La chute du dollar n’est pas du tout intéressante:
il faudrait que nous soyons très vigilants et prenions les mesures
qui s’imposent», s’est inquièté pour
sa part Jean-Baptiste Compaoré, le ministre
burkinabè des Finances.
«Nous pouvons même perdre à long terme une certaine
compétitivité de nos produits», a-t-il estimé,
exhortant l’UEMOA «à vite diversifier» ses
produits d’exportation et «à prospecter les marchés
des pays à monnaie forte».
«Si une seconde dévaluation du CFA est exclue, nous sommes
inquiets face à la baisse du dollar», a reconnu par ailleurs
un responsable de la Banque centrale des Etats de l’Afrique
de l’ouest (BCEAO).
D’autres experts préfèrent cependant ne pas céder
à la panique et prédisent une remontée rapide des
cours de la monnaie américaine.
«Ce sera éphémère: le dollar va vite remonter»,
a estimé en ce sens, Ablassé Ouédraodo,
conseiller régional de la Banque africaine de développement
(BAD).
Pour parer aux incertitudes des exportations et stimuler la consommation
locale, les chefs d’Etat de l’UEMOA ont décidé
à Niamey «d’accélérer» l’avènement
du marché commun facilitant les échanges et d’encourager
la création de petites industries afin d’exporter également
des produits finis et non plus les seules matières premières.
En attendant, la chute du dollar a déjà des répercussions
sur la vie quotidienne des Nigériens: ainsi, le prix de l’essence
stagne depuis des mois, à la grande joie des chauffeurs de taxi.
Satisfaction quant à la «la marche vers l’intégration»
Dans le communiqué final sanctionnant leur 8ème sommet,
qui coïncide avec le 10ème anniversaire de l’organisation,
les huit chefs d’Etat de l’ UEMOA ont cependant affirmé
leur «volonté d’accélérer le processus
de convergence des politiques économiques» et de «consolider
la valeur» de la monnaie commune aux huit Etats, le franc CFA.
«Dix ans, c’est court pour parfaire une intégration
économique», a averti le président du Niger
Mamadou Tandja, reconduit pour un an à la présidence
tournante de l’UEMOA.
Pour lui, les pays de l’UEMOA doivent d’abord «entreprendre
des actions immédiates utiles en faveur de la paix», faisant
allusion à la crise qui secoue depuis seize mois la Côte
d’Ivoire.
«L’intégration ne sera effective aux yeux des citoyens
que lorsque ceux-ci pourront se déplacer sans tracasseries, sans
pertes de temps et surcoûts», a ajouté M. Tandja,
qui fait de ses priorités la libre circulation des personnes
et des biens dans l’espace UEMOA et la mise en œuvre d’un
Programme économique régional (PER) destiné
à atteindre un taux annuel moyen de croissance d’au moins
7%.
«Notre union est bien partie mais nous devons mettre en avant
la solidarité pour que l’espace UEMOA soit exempt de conflits»,
a-t-il souhaité.
Pour le président sortant de la Commission de l’UEMOA,
Moussa Touré, remplacé par le
Malien Soumaïla Cissé, les huit Etats ont pu «bâtir
les fondations d’une véritable intégration économique»
depuis la création de l’UEMOA, le 10 janvier 1994 à
Dakar, dans la foulée de la dévaluation de 50% du franc
CFA, à l’époque aligné sur le franc français.
M. Moussa a notamment cité l’union douanière en
vigueur depuis janvier 2000, qui facilite la circulation «sans
droits de douanes» des produits de l’agriculture, de l’élévage
et de l’artisanant au sein de l’espace commun.
L’UEMOA a également mis en place un système de compensation
financière de pertes de recettes douanières, qui a permis
le versement aux Etats-membres de plus de 87 milliards de F.CFA de septembre
1998 à fin 2003, selon M. Touré.
De même, a-t-il rappelé, l’union a créé
un tarif extérieur commun pour les produits importés de
pays tiers, avec des droits et taxes d’entrée variant de
0 à 22%.
Enfin, les pays de l’Union ont «harmonisé»
leurs règles de gestion financière publique, de fiscalités
et de TVA et ont mis sur pied sur pied une Cour de justice depuis 1995
et d’une Cour des comptes en 1998.
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