N° 286
du 20/01/2004

 

Economie

Les Etats de l’UEMOA s’inquiètent de la montée de l’euro
Les experts des pays exportateurs de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, 8 pays) s’inquiètent de la montée de l’euro face au dollar, qui pourrait à long terme provoquer d’importants manques à gagner sur les recettes d’exportations.

Si moins de la moitié des Etats de l’UEMOA sont directement exposés aux effets d’une plongée continue du billet vert, les Etats exportateurs de produits exprimés en dollars comme le café, le cacao, le pétrole et le coton peuvent eux redouter des chutes des recettes.
Les chefs d’Etat de l’UEMOA, qui ont tenu le 10 janvier leur sommet annuel à Niamey ne s’en sont toutefois guère alarmés, consacrant plutôt une large part de leurs travaux à «la politique intérieure».
Il est vrai qu’en raison de la parité fixe entre l’euro et le Fcfa (1 euro = 6,55957 FCFA) commun aux pays de l’UEMOA, la montée de la monnaie européenne n’est nullement une menace pour la zone.
En revanche, le Burkina ou le Mali, pays de l’hinterland durement touchés par la crise ivoirienne qui ont consolidé en 2003 leur croissance de 5,6% et 7,9%, misent beaucoup sur les exportations de coton.
Frappée par une grave récession (-2,2%) la Côte d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA avec 40% des richesses, espère remonter la pente grâce aux exportations de cacao et pétrole dont les productions ont augmenté de +5,1% et 63,8%.
«Mais la hausse de l’euro face au dollar risque de contrarier les exportations des produits de base qui sont malheureusement la principale ressource de l’UEMOA», a commenté Pierre Huret, conseiller à la présidence du Niger. «Cacao, coton sont exposés à subir une décote importante», explique-t-il.
«La chute du dollar n’est pas du tout intéressante: il faudrait que nous soyons très vigilants et prenions les mesures qui s’imposent», s’est inquièté pour sa part Jean-Baptiste Compaoré, le ministre burkinabè des Finances.
«Nous pouvons même perdre à long terme une certaine compétitivité de nos produits», a-t-il estimé, exhortant l’UEMOA «à vite diversifier» ses produits d’exportation et «à prospecter les marchés des pays à monnaie forte».
«Si une seconde dévaluation du CFA est exclue, nous sommes inquiets face à la baisse du dollar», a reconnu par ailleurs un responsable de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO).
D’autres experts préfèrent cependant ne pas céder à la panique et prédisent une remontée rapide des cours de la monnaie américaine.
«Ce sera éphémère: le dollar va vite remonter», a estimé en ce sens, Ablassé Ouédraodo, conseiller régional de la Banque africaine de développement (BAD).
Pour parer aux incertitudes des exportations et stimuler la consommation locale, les chefs d’Etat de l’UEMOA ont décidé à Niamey «d’accélérer» l’avènement du marché commun facilitant les échanges et d’encourager la création de petites industries afin d’exporter également des produits finis et non plus les seules matières premières.
En attendant, la chute du dollar a déjà des répercussions sur la vie quotidienne des Nigériens: ainsi, le prix de l’essence stagne depuis des mois, à la grande joie des chauffeurs de taxi.

Satisfaction quant à la «la marche vers l’intégration»

Dans le communiqué final sanctionnant leur 8ème sommet, qui coïncide avec le 10ème anniversaire de l’organisation, les huit chefs d’Etat de l’ UEMOA ont cependant affirmé leur «volonté d’accélérer le processus de convergence des politiques économiques» et de «consolider la valeur» de la monnaie commune aux huit Etats, le franc CFA.
«Dix ans, c’est court pour parfaire une intégration économique», a averti le président du Niger Mamadou Tandja, reconduit pour un an à la présidence tournante de l’UEMOA.
Pour lui, les pays de l’UEMOA doivent d’abord «entreprendre des actions immédiates utiles en faveur de la paix», faisant allusion à la crise qui secoue depuis seize mois la Côte d’Ivoire.
«L’intégration ne sera effective aux yeux des citoyens que lorsque ceux-ci pourront se déplacer sans tracasseries, sans pertes de temps et surcoûts», a ajouté M. Tandja, qui fait de ses priorités la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace UEMOA et la mise en œuvre d’un Programme économique régional (PER) destiné à atteindre un taux annuel moyen de croissance d’au moins 7%.
«Notre union est bien partie mais nous devons mettre en avant la solidarité pour que l’espace UEMOA soit exempt de conflits», a-t-il souhaité.
Pour le président sortant de la Commission de l’UEMOA, Moussa Touré, remplacé par le Malien Soumaïla Cissé, les huit Etats ont pu «bâtir les fondations d’une véritable intégration économique» depuis la création de l’UEMOA, le 10 janvier 1994 à Dakar, dans la foulée de la dévaluation de 50% du franc CFA, à l’époque aligné sur le franc français. M. Moussa a notamment cité l’union douanière en vigueur depuis janvier 2000, qui facilite la circulation «sans droits de douanes» des produits de l’agriculture, de l’élévage et de l’artisanant au sein de l’espace commun.
L’UEMOA a également mis en place un système de compensation financière de pertes de recettes douanières, qui a permis le versement aux Etats-membres de plus de 87 milliards de F.CFA de septembre 1998 à fin 2003, selon M. Touré.
De même, a-t-il rappelé, l’union a créé un tarif extérieur commun pour les produits importés de pays tiers, avec des droits et taxes d’entrée variant de 0 à 22%.
Enfin, les pays de l’Union ont «harmonisé» leurs règles de gestion financière publique, de fiscalités et de TVA et ont mis sur pied sur pied une Cour de justice depuis 1995 et d’une Cour des comptes en 1998.

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